dimanche 31 mai 2015


Dans la vie on prend toujours le mauvais chemin au bon moment.
Dany Laferrière.

mardi 31 mars 2015


Une expression latine exprime à merveille le rapport secret que chacun d'entre nous doit avoir avec son Genius : ‘indulgent Genio’. Il faut consentir à son Genius, s'abandonner à lui, nous devons lui céder tout ce qu'il nous demande, parce que ses exigences sont les nôtres, son bonheur notre bonheur. Quand bien même ses prétentions – nos prétentions – pourraient sembler déraisonnables et capricieuses, il est bon de les accepter sans discuter. Si, pour écrire, vous avez besoin – s;'il'a besoin – de ce papier jaunâtre, de ce stylo spécial, s'il faut précisément cette lumière pâle qui tombe de votre gauche, il est inutile de se dire que tout stylo quel qu'il soit fera l'affaire et que tout papier comme toute lumière sont bons. S'il ne vaut pas la peine de vivre sans cette chemise de lin céleste (et par pitié, surtout pas la blanche avec son petit col d'employé), si on sent bien qu'on ne peut pas s'en sortir sans ces cigarettes longues au papier noir, il ne sert à rien de se répéter qu'il n'y a là que des manies et qu'il serait temps, finalement, d'y mettre bon ordre. 'Genius suum defraudare’, frauder son propre génie, signifie en latin : s'empoisonner la vie, se faire du tort. 'Géniales’, géniale, en revanche, cette vie qui éloigne le regard de la mort et répond sans ambages à l'élan du génie qui l'a engendrée. 
Giorgio Agamben, Profanations.

Le terme de religion ne dérive pas, selon une étymologie aussi fade qu'inexacte de ‘religare’ (ce qui lie l'humain et le divin), mais de 'relegere’, qui indique l'attitude de scrupule et d'attention qui doit présider à nos rapports avec les dieux, l'hésitation inquiète (l'acte de “relire”) face aux formes – et aux formules – qu'il faut observer pour respecter la séparation entre le sacré et le profane. 'Religio’ n'est pas ce qui unit les hommes et les dieux, mais ce qui veille à les maintenir séparés. Ce ne sont donc pas l'incrédulité et l'indifférence à l'égard des dieux qui s'opposent à la religion, mais bien plutôt la “négligence”, c'est-à-dire une conduite à la fois libre et “distraite” – c'est-à-dire déliée de la religion des normes – adoptée face aux choses et à leur usage, aux formes de la séparation et à leur signification. Profaner signifie : libérer la possibilité d'une forme particulière de négligence qui ignore la séparation ou, plutôt, qui en fait un usage particulier. Profanations, Giorgio Agamben.

lundi 30 mars 2015


Mais ce Dieu si intime et si personnel est aussi ce qui en nous est le plus impersonnel, la personnalisation de ce qui, en nous, nous dépasse et nous excède. “Genius est notre vie, en ce qu'elle ne trouve pas en nous son origine mais que nous trouvons la nôtre en elle.” S'il semble s'identifier à nous, ce n'est que pour se révéler tout de suite après comme plus que nous, pour nous montrer que nous sommes plus et moins que nous-mêmes. Comprendre la conception de l'homme renfermée dans Genius signifie comprendre que l'homme n'est pas seulement Moi et conscience individuelle, mais que, de sa naissance jusqu'à sa mort, il cohabite avec son élément impersonnel et préindividuel. C'est donc dire que l'homme est un seul être à deux phases qui résulte de la dialectique compliquée entre une partie qui n'est pas (encore) individuée et vécue et une partie déjà marquée par le destin et l'expérience individuelle. Mais cette partie impersonnelle et non individus n'est pas un passé chronologique que nous avons laissé derrière nous une bonne fois pour toutes et que nous pouvons, éventuellement, nous rappeler par la mémoire ; elle est toujours présente en nous et inséparable de nous, dans le bien comme dans le mal. 
Giorgio Agamben, Profanations.

samedi 28 mars 2015


Mon vieil ami L.G. m'a demandé d'être témoin à son mariage. L'employé de service appuie sur un bouton et on entend un enregistrement de la marche nuptiale d'un “Songe d'une nuit d'été” de F. Mendelssohn. Personne ne semble savoir qu'il s'agit dans la pièce de l'accouplement grotesque d'une femme démente et d'un âne. 
Journal extime, Michel Tournier.

dimanche 27 juillet 2014

Mr Rochester

Achevant Wide Sargasso Sea, je passe au livre suivant de ma ‘liste  de romans à lire ’ et vois que c'est Jane Eyre. On ne dira jamais assez que les livres, qu'ils soient sur les rayonnages d'une bibliothèque de bois ou dans un kindle, vivent leur vie, clignent de l'œil, se choisissent et se donnent la main en une ronde cohérente.
Jane Eyre est, par ailleurs, un de mes romans favoris depuis l'enfance, et Rochester mon 'Mr Darcy’ dès que j'ai eu l'âge de tomber amoureuse des héros dans les livres (ce qui pour moi vint assez tôt).

En haine des livres

Comme tous les ans, à chaque nettoyage de printemps, je mesure à quel point ma haine des livres en format papier est toujours là, intacte et bien vivace : ces capteurs de poussière, lourds, encombrants une fois lus, le contraire de la légèreté´des mots. 

jeudi 24 juillet 2014

Cantate du Café


En préparant mon café, que je bois maintenant, avec une goutte de crème, cette fois, je pensais à tous ces docteurs ou nutritionnistes imbéciles qui prétendent vous supprimer le café à la moindre occasion. Comment démarrer un matin sans café ? Même au Kurdistan, j'en emporte avec moi, sans cela, c'est comme passer une journée sans s'être douchée, peignée, habillée, la journée n'a pas vraiment démarré. Le bonheur du café des jours heureux qui commencent par des matins heureux, plein de promesses. Le réconfort du café les aubes où il faut se lever trop tôt, les yeux lourds, le corps qui frissonne et se rétracte et ne veut pas aller de l'avant, ce moment où l'on plonge son cœur et son âme dans le café chaud, comme dans le réconfort du sommeil, comme si l'on retournait au chaud dans ses draps. Et toutes ces aubes où après une nuit d'angoisse, d'insomnie, de chagrin où, au matin, il y a ce moment où le café chaud descend dans le corps, et ce n'est pas que le monde devient plus doux, que la peur ou la peine s'en vont, mais il y a là, ce plaisir, cette chaleur, cette vaillance, ce moment où, quoi que l'on voit mourir autour de soi et en soi, on se sent plus vivant que la vie, et si l'Ange de la Mort venait un matin, je lui dirais : “Attends, je finis mon café. Et à cet Ange, le café dirait : "This was not judgement day — only morning. Morning: excellent and fair.” Réconfort et bonheur du café qui n'existe que le matin car je ne supporte pas d'en boire dans la journée ; c'est donc un plaisir unique, un seul moment du jour dont la singularité ne crée pas de frustration comme un plaisir dont on se priverait le reste du temps, puisque je n'aime le café qu'au lever.

samedi 28 juin 2014

Je n'arrive pas à prendre au sérieux ceux qui utilisent la margarine en lieu et place du beurre.

Dans la vie on prend toujours le mauvais chemin au bon moment. Dany Laferrière.