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Articles

Affichage des articles du janvier, 2003
Les Vivants et les Dieux sur France Culture. Les Khazakhs syncrétisent le soufisme, le chamanisme, le divin de l'ancienne Perse. Voilà bien un pays d'exploration pour moi.

Mal

"Le Bien est ta coutume, ô mon Dieu, le Mal est ton décret."

Sohravardî, Le Livre des temples de la Lumière.

Les coeurs doux

"Il faut avoir l'esprit dur et le coeur doux. Sans compter les esprits mous au coeur sec, le monde n'est presque fait que d'esprits durs au coeur sec et de coeurs doux à l'esprit mou."

Jacques Maritain.

"La pitié traîne la jambe"

L'après-midi, à Bagatelle. Là, Charmille m'a raconté qu'on arrêtait, ces jours-ci, des étudiants qui avaient arboré des étoiles jaunes avec diverses inscriptions telles que "Idéaliste" et d'autres de même genre, afin d'aller se promener ainsi, démonstrativement sur les Champs-Elysées.

Ce sont des êtres qui ne savant pas encore que les temps de la discussion sont passés. Ils supposent aussi que l'adversaire a le sens de l'humour. Ils ressemblent à des enfants qui vont se baigner, ou agitent de petits fanions, dans des eaux où nagent des requins. Ils se rendent plus faciles à reconnaître."

"Ce que l'on appelle une "quart-de-juive." Pour cette raison, ses colocataires lui ont interdit d'utiliser l'abri de défense passive. Il est difficile de croire que le sens de la pureté raciale ait atteint un pareil raffinement chez les professeurs hambourgeois qui habitent cet immeuble - ils ont, par contre, un flair sinistrement p…

Le corps de l'écrivain

"Sa femme, plus intriguée, cherche à percer le secret de l'écrivain, son allure absente, son écoute subversive, son regard dangereux. C'est tout le problème du corps de l'écrivain dont nous avons souvent parlé, Sollers et moi. J'aime tellement écouter, voir et apprendre que je suis toujours un peu en retrait quels que soient mes emportements."

Marc-Edouard Nabe, Kamikaze, p. 3033.
Notes retrouvées qui avaient été écrites l'an dernier à l'occasion de l'exposition Paris-Barcelone


"Dali, dans sa période Derain est plutôt plat, sauf son beau portrait de Bunuel, digne d'un maître flamand. Avec le cubisme, enfin, on respire ! ça commence par un papier collé de Picasso, et puis ses paysages cubistes. A côté, Braque, Nature morte au violon. Peut-être vu ce qui les différenciait. Les formes de Picasso s'avancent hors de la toile, léger bombement, peinture convexe, celles de Braque, on a l'impression qu'elles se creusent en profondeur, peinture concave.

La dernière salle, la plus belle. Des études en noir et blanc de La guerre civile de Dali et de Guernica. Superbe portrait isolé, en noir et blanc, tête blanche sur fond noir, du cheval. Un cheval qui souffre le fait plus qu'un homme, c'est ce que Picasso a compris. Tout comme Le boeuf écorché de Rembrandt est l'absolu de la Crucifixion.

Naturellement, le musée ne vendait que des …

Eclaircie

Dans mon sac de livres, le libraire a glissé, au lieu des catalogues habituels, une plaquette de divers poètes édités par Gallimard entre 2000 et 2002. Petit printemps portatif. Je ne m'en suis aperçue qu'au retour. Sous une grosse bourrasque de neige, avec les trottoirs tout blancs et glissants, je marchais sans le savoir en portant ce petit printemps.


Eclaircie


La chambre des mystères est nue comme la main
Je me demande où dort le peuple des ombres
Même le soir rien n'est sombre
On n'a plus à attendre demain

Dans la rue je reconnais ton pas
Tu es la tout insensée qui danse
Avec des chaussures fleuries
Sur la jungle des trottoirs

Il se peut que je coure comme un fou
Aux quatre coins d'un monde surpeuplé
Où personne n'écoute personne
Ni le crescendo de ton rire

Je décide seul de la route
Je ne veux pas savoir où je vais
J'attends l'éclair noir qui porte la nuit
Je rêve d'une éclaircie fatale

Le jour pousse une pierre tombale
Ce n'est pas le bout…

Parce que l'homme n'est pas gentil avec Dieu

""Il n'y a pas de Bon Dieu", disent les naïfs. Si justement, il y en a un ! C'est justement dans ces circonstances qu'il est plus présent que jamais. C'est Bloy qui m'a fait comprendre ça. J'en suis maintenant persuadé. Je dirais même que Dieu est toujours absent quand tout va bien. Le drame, l'horreur, les accidents surtout qui déchirent la vie sont des manifestations de Dieu : il bouge le petit doigt. On sent sa présence. Il s'exprime, par la sanction ! Dieu est en colère contre l'impiété de l'homme et donc le punit en tapant là où ça fait mal, dans le tas d'innocents à coups de hasards... C'est dans ces moments-là qu'on est sûr que Dieu existe...

Pourquoi ces accidents horribles ? Parce que l'homme n'est pas gentil avec Dieu."

Marc-Edouard Nabe, Kamikaze, p. 2734.
"Rien que ça ! Avoir remarqué que le regard noir du cygne est hivernal et son bec ocre automnal, que les éléphants minaudent comme des montagnes pendant un tremblement de terre, que le tigre a des yeux de musulman âgé et le rhinocéros ceux d'un tsar détrôné, qu'une otarie en sautant a les mouvements d'un homme enfermé dans un sac (ou dans le même élan métaphorique contradictoire) ceux d'un monument en faute pris soudain d'une irrépressible gaieté ! - suffit largement à classer un écrivain, russe, futuriste ou pas."

Marc-Edouard Nabe, Kamikaze.

Mort cosmique

"Avant même que les infirmières refusent de faire la piqûre fatale à l'animal condamné (seuls les vétérinaires en ont le droit), les derniers soubresauts de vie secouent le pauvre chat. Et devant nous, les yeux grands ouverts, dans un dernier râle et une extrême saccade du ventre défoncé, il meurt. J'ai vraiment senti que lorsqu'un être vivant meurt, le monde meurt aussi avec lui, pendant un instant le reste de la vie s'arrête, comme dans un recueillement cosmique de tout ce qui va continuer à vivre... Puis ça repart, la machine terrestre se remet en route, peut-être pas de la même façon ?"

Marc-Edouard Nabe ; Kamikaze.