Accéder au contenu principal

Articles

Affichage des articles du mars, 2003

L'arrêt de mort

"Car cette pensée, si elle m'a vaincu, n'a vaincu que par moi, et finalement elle a toujours elle a toujours été à ma mesure, je l'ai aimée et je n'ai aimé qu'elle, et tout ce qui est arrivé, je 'lai voulu, et n'ayant eu de regard que pour elle, où qu'elle ait été et où que j'ai pu être, dans l'absence, dans le malheur, dans la fatalité des choses vivantes, dans la fatigue du travail, dans des visages nés de ma curiosité, dans mes paroles fausses, dans mes serments menteurs, dans le silence et dans la nuit, je lui ai donné toute ma force, et elle m'a donné la toute la sienne, de sorte que cette force trop grande, incapable d'être ruinée par rien, nous voue peut-être à un malheur sans mesure, mais si cela est, ce malheur je le prends sur moi et je m'en réjouis sans mesure, et, à elle, je dis éternellement : "viens", et éternellement elle est là."


Tout le monde parle du blog Where is Raed ? en se demandant si c'est un hoax ou pas. Je n'en sais rien, mais si c'est le cas c'est sacrément bien imité. Le type a cette douceur gentille dans les échanges, même quand on l'agresse, cette politesse qui est assez typique. Il y a des détails aussi qui peuvent laisser supposer qu'au moins il sait ce qu'est vivre sous une dictature, ce mélange de tout et de n'importe quoi, où l'on peut faire des choses extrêmement gonflées et ne pas pouvoir vivre normalement les actes les plus anodins. A suivre...

En tous cas je l'envie un peu, comme tous les blogs qui peuvent, sous couvert d'anonymat, dire les lieux et les noms. ça c'est quelque chose qui m'est refusé. C'est amusant bien sûr, ce travestissement géographique, mais parfois frustrant. C'est comme lorsque l'on est amoureux sans pouvoir dire le nom. Des fois, dans ce cas, on prononce le nom, incidemment, négligemment. Mais ça c'…

Dharma

"Peut-être n'y a-t-il pas même un être sur mille qui sait ce qu'il doit faire, et cependant il faut agir pour s'accroître, se protéger. Ceux qui s'en remettent aux décrets du destin ou au hasard sont stupides. Il faut savoir agir. Si l'action n'est que le rite enjoint par le divin - daiva -, on dira que cela est dû au divin. Mais l'homme qui obtient un fruit de par son acte propre, tout le monde dira que cela vient de ses qualités d'homme. Mais il y a aussi des fruits qui se produisent spontanément."

Mahabharata, Livre III, 1-35.

Rideau

"Quant à sa peinture, elle serait mieux protégée dans la police que partout ailleurs car, pour sauvegarder votre univers intime, il est impératif que le monde dans lequel vous devez faire carrière n'ait aucun rapport réel avec vous."


"Les guerres occupent beaucoup les gens. En règle générale, les spectateurs sont les plus occupés. Certains s'occupent à prêter main-forte aux armées dans leurs opérations de meurtre et de massacre, de vol et de rapine. Aux autres reste le sang qui coule, avec l'unique alternative soit de s'y noyer soit de l'éponger."

Time

"Time is a test of trouble
But not a remedy -
If such it prove - it prove too
There was no malady."

"The Suburbs of a Secret
A Strategist should keep -
Better than on a Dream intrude
To scrutinize the Sleep -"
Le Premier Ministre de Serbie est mort aujourd'hui, assassiné dans un attentat. J'ignore tout de lui, mais ça me met toujours mal à l'aise, et même cela me chagrine quand un élu politique tombe sous les balles, sous une violence qui ne devrait concerner que les hommes en armes. C'est toujours là quelque chose d'essentiel qui recule. Cela me peine d'ailleurs plus pour un élu que si c'était un roi, par exemple. La sacralité des rois et ce qui les met aussi à la tête des armées rend plus supportable leur mort violente. Mais un élu, c'est différent, un homme de rien, sorti du rang et choisi, quelqu'un qui ne porte pas l'uniforme mais le complet-veston, c'est quelque chose d'essentiel qui est atteint : la civilité ; et je mets dans ce mot tous les sens possibles qu'on peut lui attribuer.

Temps et boussole

"Si tu oublies dans quelle direction coule le temps, l'amour te servira de boussole. Car le temps trahit toujours l'amour."


La voyageuse et l'école

"La voyageuse a un passeport qui est considéré à l'Est comme occidental et à l'Ouest comme oriental. Il inspire donc la méfiance aussi bien à l'Est qu'à l'Ouest. La voyageuse projette deux ombres, l'une à droite, l'autre à gauche."

"Quoi qu'il en soit, le résultat est là, et le but de son existence, qui n'est plus devant elle, doit à coup sûr être passé derrière elle dans le cours du temps. Alors elle commence à comprendre que le but n'était pas dans l'école, mais quelque part sur le chemin vers l'école, bien que la recherche parût inutile. Dans son esprit, cette recherche devient soudain de plus en plus désirable, et après coup elle revoit toutes les beautés du voyage. Elle conclut que l'important est arrivé non pas au terme de la route, mais bien avant, pendant le trajet lui-même, ce à quoi elle n'aurait jamais pensé si le voyage ne s'était pas révélé inutile."


Le véritable avenir

"Nikon Sévast :

- Le plus sûr chemin vers le véritable avenir (car il existe aussi un faux avenir) est d'aller dans la direction que tu redoutes le plus."


Méthode

"Pendant qu'on le fouettait, courbé au point que sa barbe touchait la neige, Méthode songeait qu'Homère et le prophète Elie étaient contemporains et que l'empire poétique d'Homère était plus grand que celui d'Alexandre de Macédoine, car il s'étendait du Pont jusqu'au-delà de Gibraltar."

Ennemi

"Considérez cela comme un grand et un suprême avertissement, mon maître ! Comme la plus profonde des sagesses. Nul contact entre les trois mondes : l'islam, le christianisme et le judaïsme ! Afin que nous n'ayons point affaire aux souterrains de ces mondes ! Car ceux qui se haïssent ne causent aucune difficulté ici-bas. Ils se ressemblent toujours. Les ennemis sont toujours identiques, ou le deviennent avec le temps, sinon ils ne seraient pas ennemis. Ceux qui sont vraiment différents les uns des autres représentent le plus grand danger. Ils s'efforcent de se connaître car les différences ne les dérangent pas. Ce sont les pires. A tous ceux qui nous accordent le droit d'être différents d'eux, et sans que cela trouble leur sommeil, nous réglerons leur compte en unissant nos forces avec celles de nos ennemis, et nous les détruirons des trois côtés à la fois..."


Le concerto pour flûte et harpe de Mozart... Si écouter J.S.Bach fait plutôt incliner à croire en Dieu, je veux dire même le seul temps d'une écoute, car il est difficile d'écouter la musique de Bach sans l'entendre adressée à un Dieu (Herr ! Herr!), la musique de Mozart fait plutôt penser qu'il n'y a rien de plus merveilleux que d'être humain et que Dieu ou pas, on s'en fout n'est-ce pas, siffloter joyeusement ou tristement, mais toujours mains dans les poches, irrévérencieux, I am Mozart, I go alone.

Liberté

"La liberté, ce n'est rien d'autre peut-être qu'une certaine ampleur de la respiration, la conscience continue d'un vaste espace autour de nous où peuvent s'épandre nos rêves, nos énergies et nos désirs, le droit d'être soi. Faut-il que des milliers d'hommes meurent pour sauver des choses si évidentes et si simples ?"

Jean Guéhenno, Journal des années noires.


Liberté

"Ils savaient qu'il n'est pas si simple de "vivre libre", qu'il ne suffit pas de le désirer, de le chanter. Ils savaient que la liberté est à chaque instant menacée par la mort, et qu'il faut, à chaque instant, pour vaincre la mort, être prêt à la mort. Car il n'y a que la mort qui équilibre la mort, il n'y a que la disponibilité à la mort qui puisse mettre en déroute la mort. Ils savaient que la liberté, cela va se chercher au fond de soi, que cela peut devenir une tension à éclater, par-delà les forces humaines, que c'est une chose qui se veut, qui veut être voulue, que ce n'est pas du tout une chose naturelle, enfin que, comme la non-liberté est dans notre vie la part de Dieu, la liberté est la part de l'homme, sa volonté et sa création."

Jean Guéhenno, Journal des années noires.