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Affichage des articles du décembre, 2003

Mais la vie continue

"Une folie effrontée, une folie de premier ordre, tous les deux, mais non sans éclat, non sans amour ni rêverie. Une confiance sauvage, une bonté à la bohémienne l'un pour l'autre, qui ne craignait rien et qui, en d'autres circonstances, aurait été appelée de jolis noms. Ils auraient pu garder leurs distances l'un envers l'autre et être restés, avec avantage, chacun de son côté, mais c'est ce qu'ils ne faisaient pas, leur passion était authentique comme un premier amour. Mais elle était risquée et pleine de tribulations."

Grâce à Isodensity découverte d'Arvo Pärt. Depuis plusieurs jours (Noël en fait) écoute en boucle de Summa, Orient et Occident, et le Miserere. Je ne croyais qu'on puisse écrire une musique d'une telle puissance religieuse au 20° siècle. C'est d'une beauté surnaturelle, très musique des sphères.
"Je veux sortir du compartiment pour me détendre les jambes, mais c'est impossible. C'est l'heure de la prière et les couloirs sont encombrés de passagers qui, agenouillés sur leurs tapis, s'inclinent en cadence. Le couloir est le seul lieu où ils peuvent prier. Le voyage en train leur pose néanmoins un problème liturgique : l'Islam ordonne en effet à ses fidèles de prier orientés vers la Mecque. Or notre train tournicote et change sans cesse de direction, plaçant les pieux voyageurs dans des positions périlleuses et les contraignant à se prosterner le dos tourné aux lieux saints."


"Ces Américano-Libériens ont l'expérience d'un seul type de société : l'esclavage, en vigueur alors dans les Etats du Sud de l'Amérique. Aussi, dès leur arrivée, la première chose qu'ils font, c'est de recréer une société similaire. A la différence que désormais ce sont eux, les esclaves d'hier, qui seront les maîtres et que les nouveaux esclaves seront les communautés indigènes qu'ils conquièrent et dominent.

Le Liberia, c'est la prolongation de l'esclavagisme par des esclaves qui refusent de détruire un système injuste et s'emploient à le maintenir, le développer et l'exploiter dans leur propre intérêt. Il semble qu'un esprit opprimé, dénaturé par l'expérience de l'esclavage, "né dans la servitude et enchaîné dès le berceau", soit incapable de penser, d'imaginer un monde affranchi, un monde où chacun serait libre."

"On m'emmène dans une cour entourée d'un bâtiment à deux étages avec des galeries. Le long des galeries se succèdent des cellules, toutes les portes donnent sur une cour bondée où une foule de prisonniers tourne en rond. Je scrute les visages. Barbus, à lunettes, ce sont des visages d'intellectuels : professeurs, assistants, étudiants. Le régime de Mengistu comptait de nombreux partisans dans le milieu universitaire. C'étaient pour la plupart des adeptes du socialisme albanais dans la version d'Enver Hodja. Au moment de la rupture entre Tirana et Pékin, les Ethiopiens hodjistes tiraient sur les Ethiopiens maoïstes. Pendant des mois, les rues d'Addis-Abeba ont ruisselé de sang. Après la fuite de Mengistu, l'armée est rentrée chez elle. Il ne restait plus que les universitaires. Ils ont été attrapés sans mal et enfermés dans cette cour surpeuplée."
"Les guerres des enfants se sont aussi développées avec les progrès de la technique. Les armes automatiques manuelles sont aussi légères et compactes, les nouvelles générations ressemblent de plus en plus à des jouets. Un vieux Mauser était trop grand, trop lourd, trop long pour un enfant. La détente était trop difficile à atteindre pour son bras, la ligne de mire était trop longue pour son oeil. Les armes contemporaines résolvent ces problèmes, éliminent ces inconvénients. Leurs proportions conviennent parfaitement à la taille de l'enfant et ont paradoxalement l'air de gadgets entre les mains d'un soldat costaud."


"Les Karamajong sont des éleveurs de vaches et ils se nourrissent essentiellement de leur lait. Parents des Iteso, ils considèrent également les vaches comme leurs plus grands trésors et comme des créatures mystiques. Ils croient que Dieu leur a donné toutes les vaches du monde et que leur mission consistent à les récupérer. C'est dans ce but qu'ils organisent en permanence des expéditions armées contre les peuplades voisines. Ces incursions (en anglais, cattle-raiding) tiennent de la rapine, de la mission patriotique et du devoir religieux. Pour obtenir le statut d'homme, les jeunes doivent prendre part à un cattle-raiding. Ces raids sont le thème central des légendes, récits et mythes familiaux. Ils ont leurs héros, leur histoire, leur mystique."

"Soroti est le chef-lieu d'une région habitée par le magnifique peuple nilo-chamitique, les Iteso. Ils sont plus d'un million. Ils se divisent en tribus et en clans. Ils vivent surtout de l'élevage des vaches : la vache est leur plus grand trésor. Non seulement elle est un étalon de richesse, mais elle possède ausi des vertus mystiques. Son existence, sa présence relient l'homme à un univers invisible et supérieur. Les Iteso donnent à leurs vaches des noms et croient que chacune a sa personnalité, son caractère. Quand il atteint un âge précis, l'enfant iteso a la charge d'une vache. Au cours d'une cérémonie spéciale, il reçoit son nom qu'il portera désormais. L'enfant s'amuse avec sa vache, passe avec elle ses moments de liberté, il en est responsable."

Ebènes

"Quelque part dans le monde tourne, coule une énergie mystérieuse, qui, si elle s'approche de nous et nous emplit, nous donne la force de mettre le temps en mouvement : il se passera alors quelque chose. Mais tant que cela n'arrive pas, il faut attendre. Tout autre comportement est illusoire et utopique."
Heureusement sur ce jour, quelques tâches claires : un soleil d'hiver et les pièces pour clavecin d'Edelman.

Jean-Frédéric Edelman (on s'appelait souvent Jean-Quelque chose au 18°). Un Strasbourgeois. Né en 1749, musicien jusqu'en 1789, homme politique ensuite, Jacobin opposéà la Terreur, guillotiné en 1794.

Il semble qu'après la révolution, on n'a plus jamais composé ainsi, avec cette effusion gaie si opposée à la mélancolie romantique. Unique simplicité aussi, élégante et sans façon, rien qui ne prenne la pose.

Il a écrit aussi des pièces pour piano-forte. Je parlerai un jour du piano-forte, qui fait mugir de rage les adeptes des monstres de concert Steinway.
Références.
Le 21 décembre est pour moi le pire jour de l'année. La période du 21 au 31 décembre est un temps de déréliction et d'abattement dont tous les gens solaires (par exemple les Lions) doivent se méfier.

La mort du Soleil. Le temps où le cosmos se défait, se délie, un temps d'entropie. Le dragon de la nuit avale le monde, boit le soleil, les démons et les morts s'en donnent à coeur joie.

Jusqu'au 21 mars, ju'squ'aux temps des Pléïades, c'est à dire quand le Soleil reprend du poil de la bête, si je puis dire : image représentée par un Lion attaquant un Taureau, image mésopotamienne assez ancienne répandue chez nous via le culte de Mithra : le Soleil sort de son trou, tue le dragon-taureau,son sang coule et féconde la terre.

L'Apogée et le début de la fin se situe fin août ou vers l'automne, fête que les Iraniens appellent Mehrgan, fête agricole pour les sédentaires, début du retour des pâturages d'été pour les nomades.

Le 21 décembre l'entro…
"On peut rire de tout mais pas avec n'importe qui". Cette phrase de Desproges, idiote au fond, ou bien rendue idiote d'être répétée idiotement pour tout et rien, permet aux pleutres de se défendre par avance de cynisme tout en rigolant, comme tout le monde des blagues les plus crades (c'est-à-dire les plus drôles). Doit-on, peut-on, faire des blagues antisémites avec un nazi ? Bien sûr. Et pousser cela jusqu'au bout, jusqu'à l'outrance pince-sans-rire, lui donner un ridicule achevé pour qu'au final la cible de l'ironie ne soit plus le sujet de la blague mais cleui qui en rit sérieusement. Difficile ? Ben oui, c'est pourquoi on ne s'entraîne jamais assez, jamais assez tôt, à rire de tout.
On parle toujours de la légèreté de l'enfance et du sérieux des grandes personnes. Mais c'est faux. Les enfants prennent tout au sérieux au contraire, on ne les voit pas souvent capables de second degré. Il y a un sérieux profond de l'enfance dans tout ce qu'elle touche, dans tous ses amusements : elle est susceptible, ignore la dérision, est féroce là où les adultes se contentent d'ironie...
Savoir enfin rire de tout, assaisonner la vie avec le sel de la dérision, ne rien prendre au sérieux mais osciller sans cesse entre tragédie et comédie, voilà ce qu'est grandir. C'est pour ça que les grandes personnes "sérieuses" sont en fait des enfants mal grandis, mal poussés et grognons, des adultes ratés, quoi.