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Articles

Affichage des articles du février, 2005
"Tu pourrais parler aussi d'un besoin sultanique d'adorer et d'être adoré tout seul, à l'exclusion du reste du monde : dans l'Orient ancien, cela a donné le harem, et dans le monde moderne la famille, l'amour et le chien."


Le rire du jour :

"Elle ne s'était pas doutée que notre temps, qui a probablement perdu la notion de passion amoureuse parce qu'elle est plus religieuse que sexuelle, juge puéril de se préoccuper encore d'amour, mais voue tous ses efforts au mariage dont il analyse le processus naturel avec une méticuleuse vigueur. Déjà alors étaient parus nombre de ces livres qui parlent, avec la candeur loyale d'un maître de gymnastique, des "révolutions de la vie sexuelle" et veulent aider les hommes à être mariés, et néanmoins contents. Dans ces ouvrages, l'homme et la femme ne s'appellent plus autrement que "porteurs de germes mâles ou femelles" ou encore "partenaires sexuels", et on baptise "problème sexuel" l'ennui qu'il s'agit de bannir de leurs rapports par toute espèce de variantes physiques ou psychiques."


"Je n'ai rien contre les Juifs, ajouta le comte Leinsdorf de son propre mouvement comme si Ulrich avait dit quelque chose qui exigeât cette justification. Ils sont intelligents, laborieux et fidèles. Mais on a commis une grande faute en leur donnant des noms mal appropriés. Rosenberg et Rosenthal, par exemple, sont des patronymes aristocratiques ; Löw, Bär et autres Viecher sont à l'origine des animaux héraldiques ; Meier vient de la propriété foncière ; Gelb, Blau, Rot, Gold ont des couleurs de blason. Tous ces noms juifs, déclara curieusement Son Altesse, ne sont qu'une insolence de notre bureaucratie à l'égard de la noblesse. C'est elle qu'on voulait frapper et non les Juifs, et c'est pourquoi on leur a donné à côté de ceux-là d'autres noms, tels que youpins, fils d'Abraham, et coetera. Ce ressentiment de la bureaucratie à l'égard de l'ancienne noblesse, si vous étiez vraiment au fait, vous pourriez l'observer aujourd'hui enc…

Patrick Bismuth, Chaconne

L'intégrale des sonates et partitas pour violon seul de Patrick Bismuth. Jusqu'à ce jour mon interprétation préférée, pour les accents vindicatifs, rauques, sauvages et tendres de son violon. Bach ? rien de moins qu'un compositeur paisible sur les cordes.... Rien de cérébral non plus dans ce jeu, mais vraiment quelque chose de nu, de sauvage, mais sans exagération théâtrale, une source opaque des tréfonds de l'âme, quelque chose qui me fait penser à ce que Bartabas dit du pansori coréen, par rapport à la musique japonaise, cette part irréductible d'un chant archaïque, primitif, j'imagine alors la 1ère Partita passant le temps, et jouée sur ce violon, au seuil d'une caverne, mêlée à la musique première, secouant l'âme des Néanderthaliens, des Sapiens sapiens... Que leur aurait-il semblé ? Il y a quelque chose dans l'écorchure des cordes qui travaille directement la fibre humaine.
Références.

Très grande beauté du Livre de Job, et un ton qui m'étonne par sa ressemblance avec la poésie élégiaque ou didactique iranienne. Dans le rythme, les thèmes, quelque chose qui rappelle les plaintes du Shahnameh. Je ne connais pas assez bien la poésie arabe pour savoir si cette parenté vient de là.... Ou bien de la Mésopotamie, lien entre l'Iran et le Proche-Orient, par exemple les plaintes de Gilgamesh.
"A midi il se tirerait une balle, et un homme qui a décidé de se suicider est un dieu."

Un Coup d'aile,Vladimir Nabokov.


Beauté de scénettes vives, cinématographiques, se succédant en séquences alertes, une description d'une mobilité et d'une légèreté incroyable :

"Il fallut claquer la fenêtre : la pluie, en frappant le rebord, éclaboussait le parquet, les fauteuils. D'immenses spectres d'argent surgissaient en glissant dans un bruissement frais, à travers le jardin et les feuillages, sur le sable orangé. La gouttière grondait et gargouillait. Tu jouais du Bach. Le piano avait soulevé son couvercle laqué, sous le couvercle il y avait une lyre posée à plat, les marteaux frappaient les cordes. Un tapis de brocart glissa du piano, en plis grossiers, entraînant par terre une partition ouverte. A travers l'effervescence d'une fugue de Bach, parfois, une bague cliquetait sur les touches et une averse de juin frappait incessamment et magnifiquement con…

Le Faisan d'or

Le Faisan d'or de Marat Sarulu. Beau film, beaucoup de charme, le noir et blanc (pour des raisons d'économie) convient bien à la mise en scène de la nature (forêt, steppe), en la magnifiant, un peu comme dans Rashomon. Le premier volet, celui des enfants est très naturaliste,on observe les jeux des enfants comme une nichée de louveteaux s'ébattant dans la forêt. Même jeu de caméra que dans les reportages de la BBC sur le thème "lionceaux dans la savane" : pas d'explication, de commentaires, on regarde les gamins se disputer, rire, s'échapper, suivre le rail, de temps à autre pause sur un oiseau, un arbre, un paysan kirghize, de façon aussi neutre, aussi égalitaire, et en même temps sans les raboter, au contraire, la forêt, le ciel est habitée d'un esprit, comme les feux du train, comme le train lui-même. C'est ça qui est bien avec la culture chamane, on n'a pas cet insupportable homocentrisme biblique ou même grec, qui met l'homme dans le …
Sur la gentillesse des prophètes et leur self-control :

"Il (Elisée) monta de là à Bethel ; et comme il cheminait à la montée, des petits garçons sortirent de la ville, et se moquèrent de lui. Ils lui disaient : Monte, chauve ! monte, chauve ! Il se retourna pour les regarder, et il les maudit au nom de l'Eternel. Alors deux ours sortirent de la forêt, et déchirèrent quarante-deux de ces enfants."

II Rois, 2, 23-24.
"Et en vérité, apprendre à s'aimer, ce n'est point là un commandement pour aujourd'hui et pour demain. C'est au contraire de tous les arts le plus subtil, le plus rusé, le dernier et le plus patient."

Ainsi parlait Zarathoustra, III, De l'esprit de lourdeur, 2, Nietzsche.
"Car les parcelles de bonheur qui sont encore en route entre le ciel et la terre se cherchent un asile dans les âmes de lumière."

Ainsi parlait Zarathoustra, III, De la béatitude involontaire, Nietzsche.
On lit souvent ça et là, "mon blog, mon journal, ce que j'écris sur la toile, ne donne pas une image juste de moi, vous ne me connaissez pas, vous me jugez sans me connaître".... Et si au contraire c'était bien notre vérité, celle que nous ne voulons pas voir ? Ce que nous sommes vraiment, ce que nous n'aimons pas en nous mais que nous avons besoin de cracher quelque part, comme une purge, en espérant le laisser au loin, très loin de nous et que le lecteur fourbe nous renvoie avec la constance infatigable d'une table de ping-pong à demi-relevée ?

Trois saisons

J'adore ces films asiatiques qui sont des films scoubidous. C'est-à-dire tressés d'histoires et de vies différentes, dont chacune porte une couleur différente : rouge, ici, pour celle du cyclopousse et de la prostituée, bleu pour l'enfant à la boite, vert pour la cueilleuse de lotus et le Maître lépreux au masque de lion et à la poésie si douloureusement suave, gouttes de larmes sur feuilles de lotus. J'aime aussi ces films calmes, longs et lents, qui m'ennuient infiniment moins que ceux-là où les cascades et "l'action" se succèdent à un rythme pauvrement effréné. En fait il se passe une foule de choses dans Trois Saisons.