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Articles

Affichage des articles du septembre, 2005

Anna Akhmatova

et dans ces poèmes, des vers qui se suffisent, comme des éclats à isoler, très haïkus :

"une fête dorée,
un réconfort."

(1909)

"Tu respires le soleil, je respire la lune.
Mais nous ne vivons que d'amour."

(1913)

"Silence dans la grande pièce,
Derrière la fenêtre, il gèle.

1914)

Mais il y a aussi ces scénettes , qui me font penser à quelque nouvelle de Nabokov :

"Tu tiens une pipe noire; étrange
Cette fumée, au-dessus de nous...
Moi, je porte une jupe étroite
Pour paraître encore plus mince."

"Les fenêtres, pour toujours condamnées :
à cause de la gelée, ou de l'orage ?
Tes yeux sont pareils aux yeux
D'un chat prudent."
(1913)

Et ce poème entier que j'aime beaucoup, parce qu'il m'amuse :

"Il aimait trois choses dans la vie :
Les chants pour les vêpres, les paons bleus
Et les vieilles cartes d'Amérique.
Il n'aimait pas les pleurs des enfants,
Il n'aimait pas le thé aux framboisess
Ni l'hystérie de…

Des Souris et des hommes

Beau morceau, petit joyau tragique et pur, sobre, impeccable. La recette de cette sobriété tient sans doute de ce que la tragédie n'est pas annoncée dans les gestes et paroles des personnages (qui eux espèrent toujours que ça va bien se passer) que dans le souffle du vent dans les sycomores, qui annoncent la tragédie. Steinbeck, c'est comme le Kim Van Kieu, les personnages jouent leur partie, plutôt optimistes, et le vent dans les arbres nous avertit que l'orage arrive. Dans le Kim Van Kieu comme chez Steinbeck, le vent dans les arbres, c'est le choryphée, mais le choryphée qui aurait une longueur d'avance sur l'action, c'est Cassandre en fait.

Démocratie

On était en mars et c'était pourtant l'hiver encore, un des plus froids que j'ai connu. Dans ce trou du cul du monde à la frontière iranienne. Dans la ville, des congères d'un mètre de neige, et l'hôtel sans chauffage, avec un lavabo minuscule dans la chambre, et son filet d'eau glacé, qui allait nous dissuader de nous laver. Ce qui fait qu'entre garde à vue à l'hôtel, arrestation, expulsion, pendant 4 jours, on promènerait nos cheveux gras et nos fringues froissées et sales, de vrais clodos.

Dans leur bureau, aussi glacé qu'à l'extérieur, plus encore, un seul poêle avec une chaleur quasi-inexistante. Je garde mon anorak et fourre mes mains dans mes poches en frissonnant. Autour, les militants, pas mal d'anciens combattants, ça se voit tout de suite, en blouson et chaussures de montagne, décontractés. On boit du thé bouillant, morceau de sucre dur entre les dents (bonjour les carries dentaires, ai-je pensé).

C'est alors qu'il est entré…

Zarathoustra vs Fritsch et cie

Dans l'article de Bataille "Nietzsche et les fascistes", Georges Bataille a beau jeu de lacérer cet amalgame pénible Nietzsche/antisémitisme. Il philosophe à coups de marteau en faisant gueuler en lettres capitales quelques vérités sorties de la plume de Nietzsche lui-même. Ainsi :

NE FREQUENTER PERSONNE QUI SOIT IMPLIQUE DANS CETTE FUMISTERIE EFFRONTEE DES RACES !

(Vlan dans les surhommes pâlichons aux fantasmes celto-germaniques qui font hin hin devant les colosses noirs :"c'est pourtant nous la race supérieure, les brutes blondes, Nietzsche 'l'a dit").

Mais ce cri du coeur est plus remuant, emplit d'émotion pour peu que l'on aime Zarathoustra :

MAIS ENFIN, QUE CROYEZ-VOUS QUE J'EPROUVE LORSQUE LE NOM DE ZARATHOUSTRA SORT DE LA BOUCHE DES ANTISEMITES !

De fait, Zarathoustra, le prophète de midi, le danseur d'or dans l'azur du vide, Zarathoustra antisémite, ça me fait rire, tellement c'est con. Mais lui, non, ça ne le fait pas ri…

Le Voyage de Chihiro

Le genre de film dans lequel je me sens si bien qu'il me semblait être rentrée chez moi. Tombée sous le charme du bel Haku. Donc je rectifie : je n'aime pas les hommes beaux, sauf les garçons splendides et courageux aux yeux verts.
Les jaunisses que déclenchent le succès de Houellebecq sont assez marrantes. On se plaignait que les gosses ne lisaient et on hurle sur le "marketing Harry Potter". Idem pour Houellebecq, les Français lisent peu et dès qu'ils achètent, rien ne va plus, c'était pas le bon livre (le livre qui a du succès n'est jamais le bon, par définition). Moi ça me fait toujours plaisir quand un écrivain cartonne, quand on en parle autant qu'un film, qu'un CD, enfin tous ces autres "produits de consommation". Je dois avoir l'esprit corporatiste, ce qui est peut-être pire qu'élitiste.

Et voilà, c'est fini

"Un seigneur au repos tend à se retourner dans sa tombe."

Eclat de rire

"La mine qu'il faisait rappela à Burt Clayton le jour où son oncle adoptif, militant acharné de la suprématie de la race aryenne, avait été informé après une greffe du foie réussie que son donneur d'organe était juif."

Les torche-collines

"Wilbur avait essayé de l'avertir que le vieux bonhomme était un nain des sous-sols déjantés de l'apocalypse, doté d'un complexe de Napoléon comme on en avait rarement vu."

"Nous étions des bêtes puantes et devions être traitées comme tels. Kunstler nous le répétait soir après soir. Nous l'entendions dans les bars, de la part des rats d'usine, des types du porc-frites, et nous n'étions pas les derniers à nous le répéter. C'était devenu proverbial, et l'acceptation de cette vérité s'était accompagnée de ce sentiment de libération, de délivrance, d'extase même, que connaît celui qui s'est fait baiser au-delà de tout espoir."

princesse Mononoké

J'ai été scotchée par la beauté picturale de ce film. Des couleurs incroyablements variées, suaves, fines. Un dessin magnifique. Chaque dessin pourrait faire un poster. Le plaisir de l'oeil était tel que parfois j'en oubliais l'histoire, ou je voulais arrêter la vidéo, rien que pour contempler encore un peu une scène parcticulièrement superbe.

Crampée

A force de me marrer dessus, dans le train, au café, je vais le faire remarquer, ce bouquin :

"John était en route avant l'aube et de retour au crépuscule sans rien d'autre dans l'intervalle qu'une implacable litanie d'égorgements qui aurait réduit aux larmes la plupart des bandits de grand chemin de Pottville."


"Un vieux bandit est aussi différent d'un rustaud qu'un rustaud est différent d'une racaille blanche. Bien que tous puissent sembler ne faire qu'un pour certains, être les trois visages de la monade pour d'autres, et écartelés quelque part entre deux extrêmes indistinctement horribles - les rats de rivière et les trolls - aux yeux de ceux qui sont totalement incapables de distinguer leur sirop d'orgeat d'un mint-julep (foutus yankees !), quiconque est de la région reconnaîtra sans discuter que les vieux bandits seront toujours les moins dangereux du lot. Ils ne sont généralement pas là pour chercher des crosses - i…