mercredi 31 janvier 2007

Henry V




Une de mes pièces préférées et avec Kenneth Branagh, qui est à y penser le seul blond dont je sois tombée amoureuse. Kenneth parfait dans la peau du Prince Hal, qui réussit à le rendre tel qu'il est tout au long de la pièce, irritant, cabotin, jeune arrogant à la fois persuadé que s'il faut être roi, ce n'est pas pour être un roi médiocre, et en même temps hanté par la peur d'échouer, de se tromper, d'être désavoué par Dieu. Tout du long, il ne cessera de guetter les signes de victoire ou d'échec et surtout de ce qui le désigne comme ayant le droit pour lui ou non.



"May I with right and conscience make this claim?"
Quand il apparaît de façon spectaculaire comme sortant de la nuit, émergeant d'une lumière blanche, comme une seconde naissance après avoir tué le Prince Hal en lui (même si ce bad boy là se rappelle à son souvenir avec ses anciens compagnons) on voit en lui un jeune homme poupin, la bouche pincée et butée sur "son bon droit", les yeux froids d'une poupée de porcelaine, impassible, pâlissant seulement de colère à s'entendre traiter par le Dauphin comme le gamin qu'il est.

We are glad the Dolphin is so pleasant with vs,
His Present, and your paines we thanke you for:
When we haue matcht our Rackets to these Balles

Et la musique de Doyle à ce moment sonne comme quelques coups de trompettes sinistres avant un tournois de mauvais augure. Il est sûr à ce moment que le roi goûte peu l'humour le concernant, et pour qu'on en ait aucun doute, nous voilà transporté au chevet de Falstaff mourant. Voilà le rire et la bouffonnerie se meurent et les hommes vont à la guerre, car
The King is a good King, but it must bee as it
may: he passes some humors, and carreeres

Passons rapidement sur la conjuration des traitres et leur défaite, c'est juste un moyen pour Henry d'envisager sa future solitude, lui qui a renié ses amis et qui se voit trahi à son tour. La solitude glacée dans une campagne de pluie et de sang, ses regards affolés et fuyants quand il craindra de lire dans les yeux de ses frères et capitaines le reproche d'une expédition qui pourrait être désastre va être posée en contraste avec la bonne amitié qui lie Pistol, Nym, Bardolph et le jeune garçon, leurs larmes autour de Falstaff et le rêve tendre de sa venue en paradis :

Nay sure, hee's not in Hell: hee's in Arthurs
Bosome, if euer man went to Arthurs Bosome: a made a
finer end, and went away and it had beene any Christome
Childe: a parted eu'n iust betweene Twelue and One, eu'n
at the turning o'th' Tyde: for after I saw him fumble with
the Sheets, and play with Flowers, and smile vpon his fingers
end, I knew there was but one way: for his Nose was
as sharpe as a Pen, and a Table of greene fields.

Mais voilà Harfleur et ce qui menace d'être la première défaite. La caméra insiste à chaque fois sur le visage crispé, comme convulsé par un tic de dépit, de rage, du roi qui devant ces murs qui le repoussent se prend à douter. Il se peut qu'Harfleur lui signifie le désaveu de sa chance, de ses droits sur la France. Et alors comme un coup de bluff, rageur, il hurle le programme qui sera sans merci de cette campagne, menace d'égorger femmes, enfants, de raser sans pitié ni prisonniers la cité qui refusera de se soumetttre, c'est déjà une guerre moderne tout ça, pas de prisonniers, intimidation des civils, tout y est.

why in a moment looke to see
The blind and bloody Souldier, with foule hand
Desire the Locks of your shrill-shriking Daughters:
Your Fathers taken by the siluer Beards,
And their most reuerend Heads dasht to the Walls:
Your naked Infants spitted vpon Pykes,
Whiles the mad Mothers, with their howles confus'd,
Doe breake the Clouds; as did the Wiues of Iewry,
At Herods bloody-hunting slaughter-men.
What say you? Will you yeeld, and this auoyd?
Or guiltie in defence, be thus destroy'd.


A ce moment oui, Branagh rend le roi antipathique à souhait,jeune tyran cruel et furieux qu'on lui résiste, qui cache par ses éclats de rage les défaillances de ses troupes et de son commandement. Mais il va bientôt grandir le jeune poupin, quand on voit les troupes autour de lui tituber et piétiner la boue, quand les cavaliers battus par la pluie avancent sans rien y voir dans tous ces paquets d'eau. Froid, faim, hantise de voir la discipline partir en floche, et alors une des scènes qui le fait pleurer une dernière fois le Prince Hal, l'exécution de Bardolph. Ce regard terrible, inoubliable entre les deux, le condamné et le roi qui le condamne, tandis que passe en flash-back une des scènes de taverne qui disait bien que Henry finirait par tuer Hal et le roi pendre les voleurs. Le regard de Bardolph, calme, presque résigné, avec quelque chose d ela philosophie de Falstaff quand on lui passe la corde au cou, sans qu'il quitte le roi des yeux. Et celui là qui pleure et qui devient alors sympathique, en tous cas émouvant, pour la première fois depuis le début, et ça ne fera qu'augmenter. Car ce sont de vraies larmes que Branagh réussit à tirer à Henry, pas celles qu'un exécuteur trouve toujours à verser sur lui-même quand il doit tuer ceux qui lui sont chers, en leur demandant presque de pleurer sur son triste sort, non le chagrin éclate vraiment dans cette physionomie, et là c'est à la fois Hal et Henry qui pleurent et à partir de là le roi va commencer de grandir.
Il y a les belles scènes de nuit du camp. Le roi caché, comme dans toutes les légendes où le souverain part la nuit errer parmi ses sujets et se fait entendre de leur bouche ses quatre vérités
Now entertaine coniecture of a time,
When creeping Murmure and the poring Darke
Fills the wide Vessell of the Vniuerse.
From Camp to Camp, through the foule Womb of Night
The Humme of eyther Army stilly sounds;
That the fixt Centinels almost receiue
The secret Whispers of each others Watch.
et c'est alors pour Henry le seul moment où visage dissimulé, il va parler à Pistol, sans que ce dernier le reconnaisse, et entendre de sa bouche l'amour indéfectible :
>
The King's a Bawcock, and a Heart of Gold, a
Lad of Life, an Impe of Fame, of Parents good, of Fist
most valiant: I kisse his durtie shooe, and from heartstring
I loue the louely Bully.
Et puis la discussion entre le roi, Bates et Williams sur la justesse de la guerre, et de la cause, et la prière quand le roi seul, en larmes, après avoir écarté les objections de Williams se laisse aller à la peur au doute et à la réclamation de ses droits,
O God of Battailes, steele my Souldiers hearts,
Possesse them not with feare: Take from them now
The sence of reckning of th' opposed numbers:
Pluck their hearts from them.
et comme un gamin suppliant demande à ce qu'on ne le punisse pas aujourdh'ui, plus tard d'accord, tout ce que l'on veut, mais pas aujourd'hui,
Not to day, O Lord,
O not to day, thinke not vpon the fault

Et puis vient le discours extraordinaire de Saint-Crispian, avec cette musique qui commence par le battement des tambours, et la peur et la douleur et la mort qu'ils annoncent, et puis soudain le roi qui parle et qui avec son sourire et cette gaité folle dans les yeux se met à leur parler d'une épopée dont ils seraient les héros, et soudain on sent que l'aventure peut bien se terminer, qu'elle va bien se terminer, qu'elle qu'en soit l'issue et la jeunesse du roi devient celle de toutes ses troupes, ce moment de la bataille où tout le monde se sent roi, jeune et beau et héroïque.

We few, we happy few, we band of brothers
Et puis la bataille commence et c'est alors une belle partie de capture et rançon, et détroussage de cadavres parce que c'est surtout ça la guerre encore que ce soit la prmeière bataille du Moyen-Âge finissant où contrevenant aux lois de la chevalerie, Henry V refusa les rançons et fit tuer les prisonniers. Et puis c'est aussi la guerre où l'on tue les pages :

kill the poyes and the luggage, '
Tis expressely
against the Law of Armes
Et la plus belle scène quand le roi effondré sur les genoux éclate en larmes y croyant à peine quand le hérault lui annonce "the day is yours" et lève alors son visage couvert de boue de larmes de morve et de sang et sanglote encore, de soulagement. Redevient agaçant et péremptoire quand ayant fait le décompte des morts français et anglais, il annonce la mort à ceux qui ne loueront pas pas Dieu de cette victoire,une manière d'affirmer son droit divin, encore cette exagération fantasque :
Come, goe we in procession to the Village:
And be it death proclaymed through our Hoast,
To boast of this, or take that prayse from God,
Which is his onely
Redevient un soldat pataugeant en procession avec sur ses épaules le corps d'un page mort, qui devient d eplus en plus lourd, et le roi ahanant et suant se hisse sur la charette et pose le garçon, et debout sur cette charette, sale et sanglant, est le rappel du beau discours d'avant la bataille, celui de Saint-Crispians, et voilà quelques heures après, à la même place, avec des morts et la victoire, et les cantiques.
Mais la scène la plus glamour est celle de l'entrevue avec Catherine, où le français et l'anglais se mêlent et où le roi rit comme un jeune soupirant embarrassé et riant de se voir si crétin, dans une situation si enquiquinante, essayer de persuader de son amour naissant une belle ennemie qui n'entend rien à sa langue.
I will tell thee in French, which I am
sure will hang vpon my tongue, like a new-married Wife
about her Husbands Necke, hardly to be shooke off; Ie
quand sur le possession de Fraunce, & quand vous aues le
possession
de moy. (Let mee see, what then? Saint Dennis bee
my speede) Donc vostre est Fraunce, & vous estes mienne.
It is as easie for me, Kate, to conquer the Kingdome, as to
speake so much more French: I shall neuer moue thee in
French, vnlesse it be to laugh at me
Et donc marivaudage galant, baiser, réconciliation, mariage, et puis le choeur et nous annonce roidement et en quelques mots brefs qu'au fond tout ça, cette belle conquête de la royauté par un prince, cette campagne et cette bataille, ce beau couple, cette union de deux royaumes, tout ça partira en fumée, n'aura servir à rien puisque
Henry the Sixt, in Infant Bands crown'd King
Of France and England, did this King succeed:
Whose State so many had the managing,
That they lost France, and made his England bleed


mercredi 24 janvier 2007

Michkât al-Anwâr (2)


"Le symbole dans son apparence extérieure est vrai, et sa transposition à la réalité profonde et cachée est une vérité intérieure. Ceux qui ont cette prise de conscience sont ceux qui ont atteint le degré de transparence du "Verre", dont nous verrons plus loin la signification. En effet, l'imagination, qui est la matière dont est fait le symbole, est solide et opaque, et elle masque les réalités cachées, s'interposant entre les lumières et l'homme ; mais elle peut aussi devenir aussi pure que le verre, qui par sa limpidité ne fait pas obstacle aux lumières et, bien plus, leur est une aide, les protégeant de sucroît contre les bourrasques. Sache donc que le monde inférieur et opaque de l'imagination devient, dans le cas des prophètes, comme du verre, un tabernacle pour les lumières, un filtre laissant passer les réalités secrètes, et comme un point d'appui pour s'élever jusqu'au monde supérieur ! Et maintenant qu'il est bien compris que le symbole dans son apparence extrérieure a une réalité cachée, tu n'as qu'à en faire l'application à d'autres symboles, comme le "Mont Sinaï" et le "feu"."
Le Tabernacle des Lumières, II, "Premier point : la nature profonde de la représentation symbolique et ses lois" ; Abû Hâmid Muhammad al-Ghazalî, trad. R. Deladrière.

mardi 23 janvier 2007

Mishkât al-Anwâr


Pour Abû Hâmid Muhammad al-Ghazalî, même si "une certaine interprétation selon le sens caché peut être exacte, le sens littéral reste toujours vrai et contraignant. Le sens intérieur ne saurait en aucun cas entrer en contradiction avec le sens littéral ni le supprimer, tout comme le monde invisible coexiste avec le sens sensible et apparent. Le sens intérieur n'est admissible que si existe entre le sens littéral et lui une correspondance symbolique naturelle ou indiquée par la Tradition." (Roger Deladrière).


Opposition avec les Ismaéliens bien sûr (entre autre) et tous ceux pour qui l'ésotérique a primauté sur l'exotérique. Une troisième voie, celui des malamatî extrêmes, pour qui les deux sens coexistent, les deux mondes coexistent, sans contradiction mais en juxtaposition. Pour certains, la correspondance existe mais "inversée", sans que l'un annihile l'autre.


"Les poitrines des hommes libres sont les tombeaux des secrets."
Le Tabernacle des Lumières, Abû Hâmid Muhammad al-Ghazalî, Introduction.

lundi 22 janvier 2007

Stabat Mater

Merveille que ce duo entre René Jacobs et Sebastian Henning, une entente superbe entre eux, régulée, aisée. La voix du jeune soprano magnifique, velouté de gorge, toute la beauté des timbres de jeune garçon, avec la sûreté et la justesse !!! en plus. Je pense à cette compositrice qui disait que les voix de jeunes garçons ont un timbre coloré, puissant, particulier, que n'ont jamais les voix de fillettes. Et j'ajoute que n'ont pas les soprano femelles. C'est autre chose, la même différence qu'entre une flûte de bois et de métal, entre précision et chaleur tremblée. Mais là je cherche vainement la moindre fragilité dans la performance de Henning.


mardi 2 janvier 2007

Les Patriotes

Film que j'ai énormément aimé et admiré, qui rappelle les contes persans sur la sagesse, l'illusion et la politique, (les Persans et les Juifs sont les deux figures emblématiques de la ruse et de la manipulation, dans l'imaginaire arabe). Mais là, cela va au delà de la ruse, puisqu'il s'agit de mentir de façon tellement absolue que c'est la vérité qui finit par avoir tort. Ainsi l'oral du concours pour le MOSSAD ressemble au dit grec "Tous les Crétois sont menteurs", ou l'énigme de la porte de la vérité et du mensonge. D'habitude, les films d'espionnage m'ennuient terriblement, soit dans l'action démesurée soit dans un bain de noirceur glaciale que menace l'ennui. Ici, il s'agit bien d'un jeu "de princes" comme on les nomme en Israël, fluide et vif, raffiné et psychologue, avec des agents qui ressemblent à une équipe d'ayyarâns persans que dirigerait un vieux vizir (Yossi) habile joueur et revenu de tout, pour qui la partie maintenant est tellement épurée qu'elle se réduit à un jeu d'épreuves entre Dieu et les Juifs : dans son équipe il y a les durs, Yuri "qui a fait l'Egypte", Haydon, grand seigneur aux manières royales qui cache la brutalité efficace et impitoyable d'un truand; il y a le héros de ce roman d'initiation, déterminé et impassible, résolu à jouer jusqu'au bout le jeu de "tu craqueras avant moi et je n'y perdrai pas mon âme". C'est d'une grande habileté que les traîtres soient en fait de braves cons sympathiques, maladroits amateurs qui est sans doute la spécialité des démocraties, les dictatures étant plus aptes à susciter les vocations de mouchards et de traitres professionnels. Donc ils servent, on les broit. C'est la question qui hante Ariel, autour du destin de Marie-Claude : Est-ce qu'on les broit tous ? Les misères du pitoyable Jonathan Pelman semble un moment répondre pour lui, alors qu'il est quand même inscrit "pigeon" en lettres d'or sur le front de ce type : le sioniste qui n'a pas même fait son aliyah mais qui rêve à Jérusalem, celui qui s'offre et supplie presque qu'on veuille bien de lui (erreur, c'est en s'offrant le moins qu'on vaut le plus cher à ce jeu) l'idéaliste bête à pleurer qui par ailleurs n'attend pas que ces "services" restent obscurs, ou non rétribués au moins par de la reconnaissance, "parce qu'il en fait tant" alors qu'on ne lui a rien demandé, et qui ne trouve pas étrange qu'au moment où on lui agite sous le nez un passeport israélien, cette même "citoyenneté" s'accompagne de liasses, une façon extrêmement subtile de laisser entendre, de lui montrer clairement, qu'il ne sera jamais considéré comme un des leurs, puisque les leurs triment et morflent pour bien moins. Toujours cette éternelle déconvenue du renégat considéré comme peu fiable par le prince qui l'a "retourné".

La fin est belle, celle de la voiture, quand Yossi attend Ariel à l'autre bout de sa longue cavale, et que le vizir qu'il s'imaginait prêt à l'exécuter, le cloue de son indulgence amusée, et quand l'ultime fin, confirme, qu'il est encore bien vert, celui qui "voit tout en noir".

La Rose de Djam (série)

La Rose de Djam II :  La grotte au dragon C'est au cœur du pays yézidi que Sibylle laisse ses compagnons, pour s'enfoncer ...