lundi 24 mars 2008

Le signe du diable : l'instinct de fuite


"La souris est chaude et a des moeurs diaboliques car elle se sauve toujours : c'est pourquoi sa chair n'est pas bonne pour l'homme et ne vaut pas grand-chose pour la médecine."

Le livre des subtilités des créatures divines XIIe siècle, tome 2. Arbres, poissons, animaux, oiseaux

Où l'on voit que le lion, en baisant, garde une "allure honnête"


"Lorsque le lion s'unit à la lionne, il oublie sa nature et sa force animale, si bien qu'il pratique une union d'allure honnête."

Le livre des subtilités des créatures divines XIIe siècle, tome 2. Arbres, poissons, animaux, oiseaux.

De la guerre du diable et du diamant



"Le diable déteste cette pierre parce qu'elle résiste à sa puissance. C'est pourquoi, jour et nuit, il lui manifeste de l'hostilité."

Hildegarde ne précise pas en quoi consiste ces "manifestations d'hostilité" et c'est dommage.

Le livre des subtilités des créatures divines XIIe siècle, tome 1. Plantes, pierres, metaux, éléments

Du secours de la primevère contre les esprits aériens de la mélancolie


"La primevère est chaude et tient toute sa verdeur de la chaleur du soleil. En effet, certaines plantes tirent leur force essentiellement du soleil, d'autres de la lune, d'autres encore du soleil et de la lune. Celle-ci tire ses forces essentiellement du soleil. C'est pourquoi elle apaise la mélancolie dans le coeur de l'homme. En effet, la mélancolie, lorsqu'elle apparaît chez l'homme, le rend triste et turbulent dans sa conduite, et le pousse à proférer des paroles contre Dieu. Quand ils s'en aperçoivent, les esprits aériens accourent auprès du malade et, par leurs conseils, le conduisent à la folie. Il faut alors que l'homme porte de cette herbe sur sa chair et sur son corps, jusqu'à ce qu'elle le réchauffe. Alors les esprits qui le tourmentent, redoutant la vertu que cette herbe reçoit du soleil, cesseront de le tourmenter."


Le livre des subtilités des créatures divines XIIe siècle, tome 1. Plantes, pierres, metaux, éléments

Le chardon,la sueur de la terre


"Les chardons, le lisse comme le piquant, ont une chaleur légère, qui pourtant disparaît assez vite, car ils sont nés de la sueur de la terre. Et cette sueur de la terre, qui fait naître cette herbe, est piquante, et rend ces herbes piquantes. Et de même que de la sueur sort de l'homme quand celui-ci est enfermé à l'étroit, ainsi la sueur de la terre donne naissance à ces plantes piqutantes qui blessent l'homme."

Le livre des subtilités des créatures divines XIIe siècle, tome 1. Plantes, pierres, metaux, éléments

On s'en fout

Les phlébologues répondent sur Internet.

La fougère


"La fougère est tout à fait chaude et sèche et contient assez peu de suc. Mais elle a beaucoup de vertus analogues à celles du soleil ; en effet, de même que le soleil illumine ce qui est obscur, de même elle met en fuite les apparitions fantastiques, et c'est pourquoi les esprits malins la détestent. Dans les lieux où elle pousse, le diable exerce rarement ses sortilèges, et elle évite et fuit les maisons et les lieux où se trouve le diable ; là où elle pousse, la foudre, le tonnerre et la grêle tombent rarement ; et la grêle tombe rarement dans les champs où elle pousse."

Le livre des subtilités des créatures divines XIIe siècle, tome 1. Plantes, pierres, metaux, éléments

"la rose apaise et la sauge réjouit"


"Si l'on est enclin à la colère, prendre de la rose et à peine moins de sauge, réduire en poudre, et, au moment où la colère jaillit en soi, présenter cette poudre devant les narines : en effet, la sauge apaise et la rose réjouit."

Le livre des subtilités des créatures divines XIIe siècle, tome 1. Plantes, pierres, metaux, éléments

dimanche 23 mars 2008

"des herbes qui contiennent l'écume des événements"


"Mais il y a aussi des herbes qui contiennent en elles, pour ainsi dire, l'écume des événements, et dans lesquelles des hommes abusés tentent de trouver leur fortune. Celles-ci, le diable les aime et se mêle à elle."

Le livre des subtilités des créatures divines XIIe siècle, tome 1. Plantes, pierres, metaux, éléments

vendredi 21 mars 2008

Bruxelles, musées des arts royaux, salles anciennes


Synchro : devant la Piéta de Petrus Christus, dans mon ipod, le Stabat Mater de Vivaldi. Beau violet de la robe de droite (manganèse ?).

Roger Van der Wayden :



Portrait de Jean de Froimont : Volupté délicate des lèvres rosées, rides légères, pli de la paupière supérieure dessiné. Mains très soignées, belles, fines, légères, avec les plis et les phalanges. Un certain amour de la forme humaine du peintre dans ces mains-là.


Antoine de Bourgogne. Beau portrait. Ressemblance avec Charles le Téméraire. Un côté ombrageux dans cette dynastie hautaine et magnifique.

Lorenzo di Nicolo. Très beau visage d'homme figurant Saint Antoine abbé. Expression tourmentée, presque indignée.


Une lie-de-vin également intéressante sur les chausses du Saint Sébastien de Memling.


Maître de la légende de Sainte Madeleine : Annonciation. Très belle scène d'intérieur, tout en douceur, rouge sombre, lourde étoffe bleue, la chaleur du lit rouge qui domine toute la scène.


Maître de Saint Joseph : Mise au tombeau. Le ventre curieusement affaissé, gonflé et rond du Christ, dans un corps par ailleurs mince et parfait. Un ventre de femme, voire enceinte.



Le côté Alice au Pays des merveilles de la Tentation de Saint Antoine (Conte du Jaberwockeux, des tritons, le poisson-barque en bas ou le petit gnome à long nez de fourmilier en bas à gauche. Il y a même un côte Humpty-Dumpty dans le ventre percé d'une flèche à droite.


Je passe rapidement l'école allemande, même Cranach, auquel je n'ai jamais trop accroché : le corps de ces Eve, je le trouve assez flou, monocorde, avec quelque chose d'indécis, d'inachevé, sans présence charnelle.



Gérard David. Très jolie scène d'intérieur et d'une timidité dans la soupe au lait. Chardin a beaucoup pris de lui dans ses scènes (benedicite). Même intimité délicate dans la quasi-monochromie des natures mortes.

Pourbus. La belle ligne du chapelet, le regard concentré, pieux et bon de l'orante. Qui regarde en dehors du tableau, en bas, une part d'adoration au-delà du monde, mais pas en haut. Un en-deçà divin.



A côté les jolis minois, un peu précieux, de Metsys, frappent moins.


Fillette à l'oiseau mort. Très beau portrait, grands yeux gris, accusateurs. Même gris pour les yeux que pour le bandeau.


Beuckeleer : La cuisinière et ses aides. Jolies scènes, jolie composition, originale.


Brueghel II. Neige splendide, taches de couleur joyeuses des vêtements, tons de kermesse pour un massacre des Innocents.


Devant Bethléem, très beau morceau de peinture, des rares charrettes sur la neige, indiquant dans tout le tableau où se trouve le couple saint.


Tout de suite dans le 17° je fonce sur un, de loin. Ribera. Saint André. Rien que du noir et gris et la lumière des mains et des visages. Les Espagnols.


Scène de pitié ? non, de piété, tableau moralisateur de la servante endormie de Maes.


Par contre, émotion de la Lecture de Bisshop. Même idée, au fond, toujours lire, ne pas lâcher sa veille, même dans la solitude des nuits.


Le nez de cochon du fils de Karel Dujardin (portrait de famille), encore un côté Caroll.


Metsu, Compagnie galante. La gaufre sur le plat de crème qui s'avance comme une tentation vers le spectateur.


Jacob Vrel : Intérieur hollandais.



Et parfois, dans un coin perdu on tombe sur le Changeur et sa femme.

Joli tableau de Cavaliers de Cuyp qu'on croirait sortis du Capitaine Fracasse.


Rubens. Portrait d'Hélène Fourment. Peinture d'amour et de volupté purs.

jeudi 20 mars 2008

"des yeux plus beaux que le vin"


"Je connais, au retour des parties de plaisir, ces gonflements de coeur pareils à de chaudes vagues sanglantes qui vous détachent."

"Et soudain tous se sont tus, s'apercevant qu'au dehors, à cette heure de minuit, le jour avait éclaté partout, et que, silencieusement, avant d'entrer - le bras étendu contre le mur comme une treille - l'ange Gabriel les regardait par l'imposte avec des yeux plus beaux que le vin."



"Cette fois, il était tout seul, perdu sur cette route difficile, dans ce pays du romanesque où je l'avais inconsidérément mené. Je n'étais pas là pour l'encourager, pour lui tendre la main à ce dur passage. Rentré chez lui, il pensa m'écrire, puis il se souvint de ses cartes postales restées sans réponse. Alors il décida de ne rien dire à personne..."

Miracles, suivi de "Alain-Fournier", Alain-Fournier

mercredi 19 mars 2008

"Comment traverserai-je tout seul cette fête à laquelle je ne suis pas convié ?"


Alain-Fournier, gnostique :

"Je ne suis peut-être pas tout à fait un être réel". Cette confidence de Benjamin Constant, le jour où il la découvrit, Alain-Fournier en fut profondément bouleversé ; tout de suite il s'appliqua la phrase à lui-même et ils nous recommanda solennellement, je me rappelle, de ne jamais l'oublier, quand nous aurions, en son absence, à nous expliquer quelque chose de lui.

Je vois bien ce qui était dans sa pensée : "Il manque quelque chose à tout ce que je fais, pour être sérieux, évident, indiscutable. Mais aussi le plan sur lequel je circule n'est pas tout à fait le même que le vôtre ; il me permet peut-être de passer là où vous voyez un abîme : il n'y a peut-être pas pour moi la même discontinuité que pour vois entre ce monde et l'autre."


Sain apprenti-saint, naturel et robuste :


"Il faut savoir aussi combien il était sobre : matériellement d'abord (jamais il ne sembla prendre à la nourriture le moindre plaisir, il ne lui demandait que l'entretenir en vie) (...) Il n'y avait pas là l'effet d'une constitution physique fragile, ni aucune intolérance par débilité. Au contraire Fournier fut toute sa vie robuste et bien-portant. C'était son esprit tout seul dont l'aspiration était ainsi prudente et réservée, - comme s'il eût eu d'ailleurs d'autres sources où puiser, et une alimentation invisible."


Au début du siècle, il y avait déjà des étudiants assez sensés pour se moquer de la hiérarchie et du bizutage. Au XXI°, il y en a encore d'assez demeurés pour s'y plier et s'en glorifier :

"Fournier, animé de l'esprit d'indépendance qu'il devait attribuer plus tard à Meaulnes, avait entrepris d'ébranler la vénérable et stupide institution de la Cagne, c'est-à-dire l'organisation hiérarchique qui réglait les rapports des élèves de rhétorique supérieure et d'obligations humiliantes que les anciens imposaient aux "bizuths".

"Parmi ces jeunes gens, dont plusieurs étaient comme lui fils d'instituteurs, il surgissait libre, joueur, ivre de jeunesse."


Fournier fedeli d'amor :

"Le souvenir de son amour, qui, à mon avis, dans son essence, était la simple fixation d'un mal plus vague et profond dont il souffrait de naissance, revient à cet instant le traverser d'une manière tout particulièrement douloureuse. Le jour anniversaire de sa rencontre avec la jeune fille du Cours-la-Reine, il m'écrit : "Je reste tout ce jour enfermé dans ma chambre pour souffrir plus à l'aise. Depuis des semaines ceux qui me touchent la main savent que j'ai la fièvre. La fatigue même ne me fait plus dormir. La joie secrète de ces temps derniers est finie ; maintenant il faut lutter contre la douleur infernale. Comment traverserais-je tout seul cette fête à laquelle je ne suis pas convié ? "


Fournier et le Nâ-Kodjâ-Abâd :

"Le Pays sans nom, c'était le monde mystérieux dont il avait rêvé toute son enfance, c'était ce paradis sur terre, il ne savait trop où, qu'il avait vu auquel il se voulait fidèle toute sa vie, dont il n'admettait pas qu'on pût avoir l'air de suspecter la réalité, qu'il se sentait comme unique vocation de rappeler et de révéler."


Fournier écrivain débutant, qui commence Le Grand Meaulnes comme il faut commencer tous les grands romans :


"Je travaille terriblement à mon livre... Pendant quinze jours je me suis efforcé de cosntruire artificiellement ce livre comme j'avais commencé. Cela ne donnait pas grand-chose. A la fin j'ai tout plaqué et... j'ai trouvé mon chemin de Damas un beau soir.- Je me suis mis à écrire simplement, directement, comme une de mes lettres, par petits paragraphes serrés et voluptueux, une histoire assez simple qui pourrait être la mienne... Depuis ça marche tout seul."


Fournier murîd, ayant trouvé en Péguy un murshid :

"Par une grâce obtenue, Péguy va par deux fois, à pied, en pèlerinage, à Notre-Dame de Chartres. Fournier manifeste quelque regret de ne pas l'avoir suivi. Et voici la lettre profondément touchante qu'il reçoit :

"Mon petit, oui, il faut être plus que patient, il faut être abandonné."


Fournier d'avance tombé au feu et ce dernier recul : Il faut y aller, alors ?"

"Jusqu'au dernier moment il met en doute l'événement. Il n'arrive pas à croire que ce puisse être "déjà" ! Je ne sais rien de plus bouleversant que cette paresse du dernier moment qui le prit devant sa destinée."


Fournier soldat, rêvé par Jacques Rivière :

"Nous passerons par les mêmes gares où les femmes viendront accrocher des médailles bénites à nos poitrines, entre les mêmes champs où les paysans se découvriront devant nous, comme si le train était notre convoi funèbre déjà ; nous entendrons gueuler, presque par les mêmes voix, la même Marseillaise assaisonnée d'ail puisque c'est avec des Gascons que nous marcherons tous deux."

Fournier "arrivé" :

"Esprit timide et sans peur, il s'enfonça dans ce monde même qui avait toujours régné sur sa pensée et n'avait cessé d'en former l'horizon."

Miracles, suivi de "Alain-Fournier"

jeudi 13 mars 2008

Quand gula cède le pas à avaritia


"le spectre de la disette ne semble plus présent comme par le passé. Le remplacement de la gula, la goinfrerie, par l'avaritia comme le péché capital par excellence est l'un des signes du recul de la sous-alimentation."
"Pour un chanoine de Cologne comme Alexandre de Roes, qui écrit à la fin du siècle, l'étude convient aux Français, car ils sont circonspects, observateurs et ont l'esprit clair."

Nouvelle histoire de la France médiévale, Temps d'équilibre, temps de rupture, XIII° siècle, Monique Bourin-Derruau

mercredi 12 mars 2008

ces pauvres pays qui n'ont qu'une langue

Autres temps, autres moeurs : un pays qui n'a qu'une langue est un pays que l'on plaint pour sa pauvreté linguistique :


"Les autorités royales n'imposèrent pas l'unification linguistique ; en Languedoc, les officiers royaux utilisaient le plus souvent le latin pour se faire comprendre ; Jean le Bon recommandait de traduire les actes dans la langue maternelle. En 1490 encore, Charles VIII ordonne de mener l'instruction des procès en français ou en langue vulgaire. D'ailleurs le multilinguisme enrichit plus qu'il n'affaiblit un Etat, et l'on plaint ces pauvres Anglais qui n'ont qu'une langue."


Le thomisme décline, et hop, voilà l'arrivée de ces hommes d'églises grands politiques et des mystiques : Dans le monde, hors du monde, et la théologie se meurt, Madame...



"Le nominalisme, qui triomphe à partir de 1350 (date de la mort de Guillaume d'Ockham), rejette plus ou moins nettement la synthèse thomiste et sépare radicalement les domaines de la foi et de la raison. Or, si la foi échappe totalement à la connaissance rationnelle, ç'en est fini de la théologie et des théologiens ! Car dans cette optique seule la lecture de la Bible présente un intérêt, les commentaires étant rejetés. Aussi, faute d'un renouvellement des méthodes par la philologie et l'accès aux textes originaux (c'est l'apport de l'humanisme) l'enseignement sombre dans la routine et le formalisme.

Le théologien frustré se tourne alors vers l'action (c'est la tentation du politique) et cherche une compensation dans le mysticisme qui seul permet d'accéder à Dieu. "

Nouvelle histoire de la France médiévale : Temps de crise, temps d'espoir, XIV°-XV° siècle, Alain Demurger.

mardi 11 mars 2008

"Je revoyais le ciel, la lune, les étoiles"

Passages émouvants ou savoureux sur quelques découvertes médicales (tardives) européennes, comme l'opération de la cataracte ou de la pierre :

"Gille le Muisit, abbé de Tournai, accepta de se faire opérer de la cataracte par Jean de Mayence ; l'opération réussit et, dit-il, "je revoyais le ciel, le soleil, la lune, les étoiles..." Il avait quatre-vingts ans et l'on était en septembre 1351, après les années terribles de la grande peste.
La grande peste justement ; L'Eglise jusque-là interdisait la dissection. On fit une exception : le pape permit l'expérience ; puis la pratique s'en généralisa à Montpellier. Plus tard, dans la seconde moitié du XV° siècle, on autorisa un chirurgien à "ouvrir" un condamné à mort qui souffrait de la pierre : on ouvrit, on vit, on enleva les cailloux ; notre homme fut recousu et comme il se remit fort bien de cette "opération", il fut gracié."

Sinon, on parle beaucoup de l'apport italien sur l'art français à la fin du Moyen-Âge, on connaît moins l'influence française sur ces mêmes Italiens :




"Fouquet a ainsi introduit en Italie, qui ne connaissait que le portrait en buste et le profil de médaille, le portrait à mi-corps avec représentation du visage de trois-quarts, dont le tableau représentant le chancelier Guillaume Jouvenel des Ursins constitue l'exemple le plus achevé. Car, alliant le souci de la grande forme au réalisme, il innove en peignant un personnage qui est à la fois individu et représentant d'un groupe, d'un milieu, d'une fonction.

A ce propos, le fameux Portrait de Charles VII, qui représente des caractères identiques et qui est considéré par la majeure partie des historiens de l'art comme antérieur au voyage en Italie, lui est peut-être bien postérieur : il y a de fortes chances en effet pour qu'il soit une véritable effigie funéraire et qu'il ait été peint après la mort du roi en 1461. Quoiqu'il en soit, Clouet (Portrait de François Ier), Raphaël et d'autres en Italie adoptèrent ce parti pour leurs portraits officiels.

Fouquet a totalement réinterprété les formules italiennes de la représentation des volumes et de l'espace à la lumière des traditions de l'enluminure française. Il connaît les théories d'Alberti, le costruzione legittima ou perspective mathématique, mais il les assouplit en adoptant soit la construction bifocale (ce qu'on appelle la perspective cornue ou diffuse), qui dégage un vaste espace au centre du tableau, soit la perspective curvilinéaire, avec le premier plan en demi-cercle, que les frères Limbourg avaient déjà utilisée. Il dégage ainsi un fait, un instantané, au sein d'une action qui se déroule dans le temps et l'espace : ainsi la célèbre poignée de main de Charles V et de l'empereur Charles IV "sort" littéralement d'un cortège éloigné dans l'espace comme dans le temps, au passé comme au futur.



Il aboutit, dans les oeuvres de la fin de sa vie, à des espaces infinis (la "beauté des vides) où la profondeur introduite par la disposition des plans est encore dilatée par les dégradés de la couleur et les jeux d'une lumière somptueuse obtenue par l'utilisation des ors."


Nouvelle histoire de la France médiévale : Temps de crise, temps d'espoir, XIV°-XV° siècle, Alain Demurger.

La Rose de Djam (série)

La Rose de Djam II :  La grotte au dragon C'est au cœur du pays yézidi que Sibylle laisse ses compagnons, pour s'enfoncer ...