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Articles

Affichage des articles du mai, 2008

T: Triste-le-Roy

TRISTE-LE-ROY


Propriété situé au sud d'une ville à la localisation indéterminée. Le jardin abonde en symétries inutiles : une Diane répond à une autre Diane, un balcon à un autre balcon, un perron double à une double balustrade. Conçue de la même manière, c'est-à-dire selon le principe de la symétrie des miroirs, la maison est dominée par un mirador.

Pour parvenir à Triste-le-Roy, il faut commettre trois meurtres. Le premier devra être perpétré un 3 décembre, à l'hôtel du Nord, sur la personne d'un rabbin ayant en sa possession une Défense de la cabale, un Examen de la philosophie de Robert Fludd, une traduction littérale du Sepher Yezirah, une biographie du Baal Shem, une Histoire de la secte des hassidim et une monopgraphie en allemand, sur le Tetragrammaton. Le second meurtre aura lieu le 3 janvier suivant, devant la boutique du marchand de couleurs de la rue de l'Ouest et la victime sera, indifféremment, un charretier, un bravache électoral, un voleur ou un délat…

Jascha Heifetz

Depuis ce matin écoute en boucle, après un coup de foudre de la veille au soir, dès les premières mesures. Cet archet si vif si précis, jamais rien de trop, une aisance, l'illusion du "facile". Si j'ai une tendresse pour le double concerto BW1043 enregistré en 1932 par Yehudi Menuhin et Georges Enesco, c'est qu'il mêlait l'enthousiasme d'un jeune virtuose, sentimental et solaire, bondissant autour de l'élégant Lion roumain, et la gaieté affectueuse de ce duo "morid et morshid"... Avec Heifetz, c'est autre chose qui émeut, la légèreté, la beauté pure, sans épanchement, d'ailleurs il joue les deux parties du 1043 à lui seul. Dans le concerto turc de Mozart, il enfile les notes avec la célérité d'un petit tailleur juif tirant son aiguille en chantonnant "sept d'un coup, sept d'un coup".
Références.

S: Sables (cité des)

SABLES (Cité des)

Au coeur des déserts de Syrie, à l'intérieur d'un vaste amphitéâtre rocheux traversé par une rivière sinueuse. elle est gouvernée par le cheikh de la Montagne et gardé par des soldats vêtus comme des croisés. On dit que les habitants s'y sont installés depuis le temps des croisades. Les murs de la cité sont recouverts de mosaïques. Le palais royal contient de nombreuses étoffes précieuses : soiries, damas brodé, velours et poil de chameau. Ses voûtes regorgent de rubis, d'émeraudes, de turquoises, de saphirs et de diamants. Les trois étages du palais communiquent entre eux par un escalier d'onyx. On reçoit les étrangers dans la salle des Guerriers, une vaste pièce décorée de crânes humains. Là, on leur donne du vin empoisonné et on les abandonne dans le désert. Peu de gens ont visité deux fois la cité des Sables.
Jean d'Agraives, La Cité des Sables, Paris, 1925.

Dictionnaire des lieux imaginaires, Alberto Manguel

R: RAFISTOLAGE

RAFISTOLAGE
Sur le plateau Bochi, dans la république fédérale du Nigeria. Si la ville de Rafistolage n'est pas attirante, elle représente une étape utile au voyageur qui cherche à reconstituer son corps, après avoir été mangé partiellement par des fourmis ou happé dans une machine à hacher. Très adroits, les habitants de Rafistolage sont spécialistes dans l'art de refaire un corps à partir de quelques os seulement ou d'une mèche de cheveux. Le voyageur qui désire se rendre à la ville est soumis à quelques règles. Le long de la route de Rafistolage, bordée d'étalages en plein air où sont disposés des repas à moitié cuits, il doit refuser courtoisement les offres des marchands qui lui proposent de goûter aux victuailles, et leur demander le chemin le plus court pour atteindre Rafistolage. De mauvais gré, on lui indiquera un sentier étroit qui le conduira aux grilles de la ville, en évitant les détours compliqués à travers la jungle. Celles-ci franchies, les habitants de Raf…

Q: Quais-verts

QUAIS-VERTS, ou CAP-VED

Iles proches des Açores, dans l'océan Atlantique. Elles sont agréables, et les jeunes gens y jouissent d'une liberté sans limites. Les habitants, des rustres, sont ennuyeux. Ils se prétendent pourtant tous bien nés et montrent de l'affectation dans leurs vêtements et leurs manières. Ils se croient spirituels et aiment à interpréter en public les poèmes ou les chants qu'ils ont écrits. La vie étant pour eux un long divertissement, ils passent leur temps à courir les femmes galantes, à s'enivrer et danser. Il est difficile de dormir dans la capitale, tant le bruit des roues de carrosses est assourdissant sur les pavés. Les basses terres, appelées aussi Allées-au-Bois-de-Cerf, sont célèbres pour leurs cervidés, aux énormes et magnifiques bois. Frank Careless, The Floating Island or A New Discovery Relating the Strange Adventure on a Late Voyage from Lamnethana to Villa Franca, Allias Ramallia, to the Eastward of Terra del Templo : by Three Ships, …

P: Pêlmêlville

PÊLMÊLVILLECité du pays des Cadrats, dans le royaume d'Oz. Les habitants de cette ville, les Pêlmêlvillains, comptent parmi les gens les plus curieux du royaume d'Oz. Ils ont la particularité d'être faits de pièces, comme les puzzles, et se morcellent littéralement dès qu'un étranger les approche ou qu'ils entendent des bruits inaccoutumés. Ils doivent donc être à nouveau assemblés, ce qui requiert de l'adresse et de la patience.Pour certaines personnes, il s'agit d'un divertissement de choix, mais les Pêlmêlvillains eux-mêmes, ne se prenant pas pour des jeux de patience, trouvent cela sinistre.Lyman Frank Baum, The Emerald City of Oz, Chicago, 1910.Dictionnaire des lieux imaginaires, Alberto Manguel

O: Ombilic des Limbes

OMBILIC DES LIMBES A ne pas confondre avec les limbes celtiques où les bébés s'enivrent abominablement. Pays vermiforme, aux anneaux si odieusement fragmentés, que la pensée n'y est plus libre que par pans. Les habitants ont dans le cerveau des paquets ficelés, destinés à des adresses inconnues. Le personnage le plus important de l'Ombilic des Limbes est le facteur. Muni de la canne de saint Patrick, il va de maison en maison en posant immanquablement la même question : "On vous a envoyé de Rodez une petite potence avec une rose. L'avez-vous reçue ?" Antonin Artaud, L'Ombilic des limbes, Paris, 1925. Dictionnaire des lieux imaginaires, Alberto Manguel

N: Nutopia

NUTOPIA Pays sans territoire, sans frontières, et sans passeports. Nutopia n'existe que par sa population. Ses lois sont celles du cosmos et tous les habitants sont ambassadeurs. L'hyme international de Nutopia s'intitule Amenez l'acide. De plus amples informations peuvent être obtenues à l'ambassade nutopienne de New York, 1, White Street, New York, 10013, USA. John Lennon, Mind Games, Londres, 1973.Dictionnaire des lieux imaginaires, Alberto Manguel.

M: Merveilles (pays des)

MERVEILLES, pays des Royaume situé sous l'Angleterre, habité par un jeu de cartes et quelques autres créatures. On y accède par un terrier de lapin qui se trouve sur les berges de la Tamise quelque part entre Folly Bridge et Godstow, à Oxford. Une simple chute horriblement longue au milieu d'articles ménagers suffit pour atterrir sur un tas de petit bois et de feuilles sèches. De là, un couloir interminable mène à une pièce basse, éclairée par une rangée de lampes suspendues au plafond. De toutes les portes qui donnent sur cette pièce, il faut choisir la plus petite qui se trouve cachée derrière un rideau, et par laquelle on aperçoit la roseraie de la reine. On ouvre cette porte avec une minuscule clef d'or qui luit sur une table de verre. Si la taille du visiteur dépasse celle d'un rat, il lui faut, pour passer la porte, boire un tonique ou grignoter quelques-uns des petits gâteaux disposés sur la table. Au pays des Merveilles, la nourriture et la boisson font grandir et…

L: Lofoten

LOFOTEN
Cimetière à ne pas confondre avec ceux des îles du même nom. Outre ses vieilles tombes de pierre et son ciel perpétuellement pluvieux, il est célèbre pour ses corbeaux, aussi nombreux que gras, qui se nourrissent de froide chair humaine. Selon un témoignage sans doute discutable, les morts du cimetière de Lofoten seraient moins morts que certains humains.
Milosz, Les Sept Solitudes, poèmes, Paris, 1906.Dictionnaire des lieux imaginaires, Alberto Manguel


K : Kukuanaland

KUKUANALAND Vaste plateau au sud de l'Afrique centrale, entouré par les monts Suliman qui forment une barrière impénétrable. Là s'élèvent deux montagnes de cinq mille mètres de haut, connues sous le nom de Seins de Saba. Les habitants, originaires du Zoulouland, parlent un zoulou qui correspond à peu près au français de Villon par rapport au français moderne. Ce peuple descendrait des mineurs que Salomon fit venir pour extraire ses trésors. Les Kukuani sont beaux, fiers et courageux. Ils mesurent environ deux mètres et portent des coiffures ornées des plumes noires de l'oiseau sakabwala. Henry Rider Haggard, King Solomon's Mines, Londres, 1886.
Dictionnaire des lieux imaginaires, Alberto Manguel

J : Jerimadeth

JERIMADETH

Ville du Proche-Orient, de quatre pieds de long, célèbre pour son calme, la nuit. Son nom rime avec la troisième personne de l'imparfait des verbes du premier groupe. On ne possède aucune autre information sur cette ville.

Victor Hugo, "Booz endormi", in La Légende des siècles, Paris, 1883.Dictionnaire des lieux imaginaires, Alberto Manguel.

I: IREM ZAT EL-IMAD

IREM ZAT EL-IMAD ou IREM DES HAUTES TOURS
Ville située dans le désert du Yémen. Ses pavillons, cernés par d'énormes fortifications, s'élèvent haut dans le ciel. On entre dans la cité par deux portes gigantesques, serties de joyaux et d'hyacinthes. Les pavillons sont composés de pièces aux plafonds élevés, aux murs d'or et d'argent, ornés de rubis, de chrysolites, de perles et de pierres précieuses de toutes les couleurs. Les sols sont recouverts de perles et de boules de musc, d'ambre gris ou de safran, aussi grosses que des noisettes. Des rivières coulent sous les maisons et les grandes avenues de la ville sont bordées d'arbres fruitiers.Irem fut découverte par un chamelier, Abd-Allah ibn Abou-Kilabeh, qui cherchait un chameau égaré. La nouvelle de la découverte parvint aux oreilles du calife Mo'awiyeh, qui demanda à son vizir, Kaab el-Ahbar, de lui raconter l'histoire de cet endroit merveilleux.Selon le vizir, la ville fut construite par le roi She…

H: Haulte-Mer

Aux confins de la mer Glaciale. C'est là que les cris des hommes, des pleurs des femmes, et même le hennissement des chevaux gèlent en plein air. Dès la rigueur de l'hiver passée, le temps du dégel fait fondre toutes paroles qui peuvent être alors distinctement entendues. On peut, pour s'assurer de leur réalité, en prendre et en jeter à pleines mains telles des dragées de toutes les couleurs. Pourvu qu'une bataille ait lieu sur cette mer glacée, et que vous souhaitiez réchauffer deux ou trois mots, peut-être serez-vous surpris d'entendre quelques paroles inconvenantes. François Rabelais, Le Quart Livre des faicts et dicts héroïques du bon Pantagruel, Paris, 1552.Dictionnaire des lieux imaginaires, Alberto Manguel

G: Grande Euscarie

GRANDE EUSCARIE Pays souterrain dans le Sud-Ouest de la France. On peut y entrer soit par les Grottes de Fauzan dans les Pyrénées-Orientales, soit par la caverne de Dardilan. La Grande Euscarie est habitée par un troupeau de mammouths intelligents qui y ont trouvé refuge après la première ère glaciaire. Dès leur arrivée, les visiteurs sont priés de manifester le plus grand respect envers le mammouth bleu (Elephias Primigenius) qui règne sur les autres mammouths avec le titre de "Roi du monde" (Khen-Aren-Khen). Le troupeau vit dans la capitale - Yalna -, immense conglomérat de cubes de pierre polie d'environ quinze mètres de haut. La ville est dominée par un dôme colossal. Les visiteurs trouveront, à l'intérieur, des salles vides revêtues de tapis somptueux que les mammouths tissent eux-mêmes. Ces derniers sont protégés contre toute maladie par un puissant médicament, l'ohim, qui leur donne un sens aigu de la morale et la haine du mensonge. Les centaures avec qui ils…

F: Farghestan

FARGHESTAN Pays s'étendant à travers la mer des Syrtes. La capitale, Rhages, se dresse au pied du Tangri, un volcan en principe éteint. le Farghestan a connu de nombreuses invasions au cours des siècles, la dernière en date étant celle des Mongols ; c'est pourquoi sa culture allie le raffinement oriental à la barbarie - souvent propre aux civilisation nomades. Le fanatisme religieux de ses habitants reflète ce mélange et peut se manifester sous différnetes formes allant des haines raciales à un vague mysticisme qui, du moins pour un temps, rassemble le pays sous la bannière de quelque sauveur. Un coup d'Etat ayant eu lieu il y a peu, il est recommandé aux voyageurs de s'informer avant leur départ de la situation politique. Julien Gracq, Le Rivage des Syrtes, Paris, 1951.Dictionnaire des lieux imaginaires, Alberto Manguel.

E : Eudoxie

EUDOXIE Ville d'Asie qui s'étend vers le haut et le bas, parcourue de ruelles tortueuses, de marches, d'impasses. On conserve, à Eudoxie, un tapis sur lequel les visiteurs peuvent contempler la véritable forme de la ville. A première vue, rien ne semble ressembler moins à Eudoxie que le dessin de ce tapis fait de motifs symétriques dont les schémas se répètent le long de lignes droties ou circulaires. Mais, si l'on procède à un examen attentif, on finit par reconnaître que chaque point de la ville est représenté sur le tapis selon des relations réelles qui échappent à l'oeil distrait par la cohue, le va-et-vient, la foule, le hennissement des chevaux, les taches de goudron, l'odeur du poisson. mais le tapis prouve qu'il existe un point d'où la ville révèle ses proportions véritables, le schéma géographique implicite au moindre détail près. Il est facile de se rendre à Eudoxie, mais, si le voyageur se concentre et fixe le tapis, il reconnaît la rue qu'…

D : Dhôtelland

photo Amis d'André Dhôtel

DHÔTELLAND Contrée située entre Aisne et Meuse, découverte par l'explorateur Maurice Nadeau, en 1952. Pays de rivières, de canaux, de bois, de vaux étranges, le Dhôtelland a une géographie confuse, qui déroute les visiteurs. Il est difficile de se repérer dans cet enchevêtrement de lieux qui ressemblent, à s'y méprendre, à des non-lieux. Le seul visiteur à avoir exploré entièrement le Dhôtelland est le poète Jean Queval, qui partit un jour à bicyclette et explora le pays comme s'il faisait le tour des pétales rayonnants d'un aster de la Nouvelle-Belgique. Les Dhôtellanders sont volontiers migrants. Ils ont colonisé une partie de la côte normande, plusieurs villages du Jura et deux îles grecques. Les âmes naïves croient qu'ils cherchent un pays où l'on arrive jamais. En réalité, qu'ils soient cactéophiles, comptables ou ferblantiers, ils ont tous un point commun : ce sont des chercheurs d'anges. Maurice Nadeau, "La méthode…

C : Colline Noire

COLLINE NOIRE
Petite baie et hameau sur la côte du Devon en Angleterre, proche de l'auberge de l'amiral benbow, une hostellerie isolée sur la route de Bristol. On y trouve le gîte et le petit déjeuner. Les visiteurs ne doivent pas ignorer que, dans cette auberge, furent découverts les papiers et la carte donnant les indications relatives à l'île au Trésor. Tout voyageur qui entendrait le cliquetis d'une jambe de bois devra traiter cette illusion sonore par le plus profond mépris, car son possesseur a depuis longtemps quitté ce monde.
Robert Louis Stevenson, Treasure Island, Londres, 1883.
Dictionnaire des lieux imaginaires, Alberto Manguel.

B : Bastiani

BASTIANI Enorme forteresse ; exemple typique du génie militaire. Elle garde l'entrée de l'unique passage entre le désert des Tartares et les pentes méridionales de la haute chaîne ininterrompue de montagnes abruptes qui délimitent la frontière entre les Etats du Sud d'un pays sans nom. La ville la plus proche, San Rocco, est à deux journées de cheval, et de chaque côté de la forteresse s'étendent, sur des lieues, des monts sauvages et impénétrables. Malgré son importance stratégique (qui décline, faute d'invasions), Bastiani offre un aspect extérieur assez banal. Partant du bloc central - qui ressemble à un quelconque baraquement -, deux murailles crénelées relient de chaque côté les redoutes latérales. Encaissée entre d'immenses falaises abruptes, la passe est ainsi complètement bloquée. La Nouvelle-Redoute, un fortin situé au-dessus d'une colline dominant le désert des Tartares, se trouve à trois quarts d'heure de marche de la forteresse. C'est un …

A: Arabian Tunnel

ARABIAN TUNNEL Passage sous-marin qui fait communiquer la mer Rouge et la Méditerranée. La force des courants est telle qu'on ne peut le traverser que du sud au nord. l'entrée se trouve à cinquante mètres sous le golfe de Suez et la sortie dans le golfe de Tinah, proche des ruines sous-marines de l'antique cité de Péluse. Selon le professeur Aronnax, auteur des Mystères des grandes profondeurs de la mer, le tunnel fut découvert par le capitaine Nemo. Observant qu'on retrouvait exactement les mêmes espèces de poissons dans la Méditerranée et dans la mer Rouge, le capitaine Nemo acquit la conviction qu'il devait exister un passage entre les deux mers. Pour démontrer sa théorie, il captura et marqua de rouge des poissons du golfe de Suez qu'il remit ensuite à l'eau. Quelques mois plus tard, il retrouva près des côtes de Syrie un certain nombre de ces poissons témoins. De nos jours, il vaut mieux emprunter l'Arabian Tunnel que le canal de Suez.
Jules Vernes, V…

Vainqueur de coupe aux pieds ailés

"Au moment où il allait quitter la minuscule boutique, il remarque à sa gauche un petit tourniquet en acier et dans les cases duquel des cartes postales représentaient le stade dans son ensemble, ou dans ses détails. Il eut l'idée d'en acheter une, sachant pertinemment que ce dimanche 26 mai 1957 allait être une date marquante dans sa vie et pensa envoyer une de ces cartes à sa mère. Il se retourna vers le tourniquet, fit quelques pas, et quand il fut à portée de main des bristols coloriés, se mit à faire tourner le support mobile. Son oeil fut attiré par une carte représentant une statuette debout sur un piédestal et représentant un athlète brandissant une coupe. Il fut intrigué. Prit la carte postale et regarda au dos. Machinalement, il lut cette inscription gravée sur fond blanc, dans le coin gauche en bas :

Socle d'un brûle-parfum étrusque :
VAINQUEUR DE COUPE AUX PIEDS AILES.
BRANDISSANT SON TROPHEE.
Début du V° siècle avant Jésus-Christ.
Bronze. Hauteur 18,7 cm.

Plus …

M. de Bouillon

"Mme de Bouillon, qui fit réflexion à ce que je lui avais dit cinquante fois, des inconvénients qu'il y avait à ne pas engager pleinement et entièrement le Parlement, s'écria en se jetant sur le lit de monsieur son mari : "Ah ! qui l'eût dit ? Y avez-vous seulement jamais pensé ? - Non, Madame, lui répondis-je, je n'ai pas cru que le Parlement pût faire la paix aujourd'hui ; mais j'ai cru, comme bien savez, qu'il la ferait très mal si nous le laissions faire : il ne m'a trompé qu'au temps." M. de Bouillon prit la parole : "Il ne l'a que trop dit, il ne nous l'a que trop prédit ; nous avons fait la faute tout entière." Je vous confesse que ce mot de M. de Bouillon m'inspira une nouvelle espèce de respect pour lui ; car il est, à mon sens, d'un plus grand homme de savoir avouer sa faute que de savoir ne la pas faire." "L'un des plus grands défauts des hommes est qu'ils cherchent presque toujour…

Le duc de Beaufort

"J'avais orné de mille belles couleurs une entreprise que le Cardinal avait fait faire sur lui par Du Hamel. Montrésor, qui l'informait avec exactitude des obligations qu'il m'avait, avait mis toutes les dispositions nécessaires pour une grande union entre nous. Vous croyez aisément qu'elle ne lui était pas désavantageuse en l'état où j'étais dans le parti ; et elle m'était comme nécessaire, parce que ma profession pouvant m'embarrasser en mille rencontres, j'avais besoin d'un homme que je pusse, dans les conjonctures, mettre devant moi. Le maréchal de La Mothe était si dépendant de M. de Longueville, que je ne m'en pouvais pas répondre. M. de Bouillon n'était pas un sujet à être gouverné. Il me fallait un fantôme, mais il ne me fallait qu'un fantôme ; et par bonheur pour moi, il se trouva que ce fantôme fut petit-fils d'Henri le grand ; qu'il parla comme on parle aux Halles, ce qui n'est pas ordinaire aux enfant…

Vers le poème inachevé

"Les amis voulaient faire du feu. Je leur dis : "Si vous craignez le froid, chauffez-vous à mon coeur ! La pensée de Laylâ l'envahit, l'incendie Comme autant de tisons, et de la pire ardeur. - Veux-tu que nous buvions, me dit-on, nous et toi ? - Soit ! venez donc vous rafraîchir à ma rivière ! - Mais où est-elle ? - Ici, coulant à mes paupières : Plus riche qu'un grand puits, elle vous comblera. - Et la raison de tout cela ? - Eh bien, l'amour ! - Quelle honte, par Dieu ! - Pardonnez-moi, de grâce : Quand le visage de Laylâ brille au grand jour, Devant lui, et lui seul, lune et soleil s'effacent. Si sa pensée me vient en tête, mon esprit Se déchire et tourmente à la chercher des yeux. Son visage, face à la lune, est si gracieux Que l'avantage lui revient, sans contredit. Croissant de lune, tout en haut, sommé de noir, Elle est, plus bas, taille élancée, frémissements, Silhouette légère, mince... un être à part, Le rose aux joues, et le sourire rayonnant, La jambe ferme, à…

Fuir : la prière, la folie, la mort

"Ce poème est précédé, sur la même rime, de deux vers dits par un passant qui s'étonnait de voir Majnûn dormir, bien que sachant Laylâ malade.

""Layla est en Irak, malade", me dit-on, "Toi qui es son ami, tu devrais dépérir !" Que Dieu veuille, en Irak, les malades guérie ! Pour moi, à tous ceux-là d'Irak, ma compassion. S'il est vrai que Laylâ est en Irak et souffre, La mort va me noyer, m'emporter dans ses gouffres. J'erre, éperdu, d'un bout à l'autre de la terre, Et toujours, vers Laylâ, m'est barré le chemin. Tout au fond de mon coeur, quelqu'un, je le crois bien, Allume un feu qui flambe, éclate et s'exaspère. En un fatal sanglot et sur un dernier râle, Mon âme se souvient de toi et meurt d'amour. J'ai bu à un soleil dont l'éclat, au plein jour, Renvoie à son dépit la pleine lune, et voile De sa pure splendeur tous les feux de l'éclair. Aussi noires que jais tes boucles, et plus clair Que lune, ton visage, ô grâ…