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Articles

Affichage des articles du février, 2009

Pénétration graduelle de la mort dans l'homme

Sandro Botticelli, Inferno, Canto XVIII, c. 1480, dessin coloré sur parchemin, Staatliche Museen, Berlin
De façon générale, la littérature chiite est rarement gaie. A la fin de sa Huitième Pénétration, Mollâ Sadrâ cite une description assez lugubre ¨par l'imâm 'Alî de la mort, de la fin du monde et des enfers, qu'on ne peut même qualifier équitablement de dantesque car Dante a décrit un Purgatoire doux-amer et un Paradis éclatant. Là non, un interminable intermède, un jugement, les Bons dans un endroit plus dépourvu de malheurs que pourvu de bienfaits (un paradis en négatif, en quelque sorte), et on finit par une description bien réjouissante du devenir des damnés. Il faut cependant avoir en tête que la conception qu'avait Mollâ Sadrâ de l'Enfer était plus "imaginale", même si aussi sinistre que celle de Nasîr od-Dîn Tûsî. Mais enfin, rien à voir avec ces images de croque-mitaine.

"Puis l'Imâm, poursuivant son prône, en arrive à décrire la conditio…

Des âmes, de leurs puissances et propriétés

Citant Ibn Bâbûyeh et son Kitâb al-I'tiqâdât, Mollâ Sadrâ appuie la thèse des quatre âmes humaines, chacune dotée de cinq puissances et deux propriétés.

Pour Ibn Bâbûyeh, les prophètes, envoyés et imâms (chiites) ont en eux cinq esprits ou rûh (qui veut dire aussi souffle, âme) : l'Esprit-Saint (Rûh al-Qods), l'Esprit de la Foi (Rûl al-îmân), l'esprit de la capacité (rûh al-qowwa), l'esprit du désir (rûh al-shahwa), l'esprit qui fait croître. Ibn Bâbûyeh précise que chez les croyants fidèles, il y a quatre esprits (étant dépourvu du souffle de l'Esprit-Saint, mais pourvus de celui de la Foi. Chez "les impies et les bêtes", il y a trois esprits (étant sans Esprit-Saint ni Foi).
Commentant Ibn Bâbûyeh, Mollâ Sadra précise que le premier, l'Esprit-Saint est l'Esprit primordial, c'est-à-dire "celui que les philosophes appellent l'Intelligence agente" ; l'Esprit de la Foi est l'intellect acquis, "c'est l'int…

Sur l'existence comme Présence

"Mais, tout philosophe le sait, ce qu'il y a au fond de la thèse qui refuse à l'être en tant qu'étant d'exister, c'est que l'exister est un mode d'être propre, celui-là même qui constitue la présence de l'homme à son monde (son Dasein, son être à ce monde). L'essence de son être à ce monde, de sa Présence, consiste justement dans son ex-sistence, mais une sistence qui surgit non pas ex alio, mais d'un néant et d'un abîme de silence. Plus cette présence ex-siste, plus cette ex-sistence est présente, plus authentiquement elle existe pour la fin qui est son non-être originel. L'être de cette ex-sistence n'est que de l'être pour finir, de l'être-pour-la-mort. C'est ici, je crois, qu'éclate le contraste des mots et des visions que les mots sont chargés de traduire. Car nous venons de voir que, chez Mollâ Sadrâ aussi, plus il y a existence, plus il y a présence. Cela veut dire, il l'explique lui-même, que le Ciel a…

Réalisation

photo : LeilaN
"Vois, frère, le grand vent de la Gnose a soufflé :
Il a tout balayé, le voile de l'Illusion Et les liens de Maya !
Les deux pôles de l'indécision ont été arrachés, Et le faîte de l'aveuglement emporté ! A terre gît le toit du désir, Le vase du mal a volé en éclats !
Quand le vent a cessé, tant de pluie est tombée, Qui inonda de joie ton humble serviteur ! Dit Kabir : lorsqu'à nouveau s'est levé le soleil, En moi la lumière a brillé !"
Kabir, Le Fils de Ram et d'Allah, trad. Yves Moatty.

L'absolu

photo : Franz Xaver

"Comme l'huile dans le grain de sésame
Et l'étincelle dans la pierre de silex, Ton Seigneur est en toi : Fais-le jaillir si tu peux !"

Kabir, Le Fils de Ram et d'Allah, trad. Yves Moatty.

La voie de l'Union

"L'Amour ne se cueille pas comme une fleur,
L'Amour ne se vend pas dans les échoppes. Si d'Amour tu es en quête, que tu sois prince ou gueux, Offre d'abord ta tête."
Kabir, Le Fils de Ram et d'Allah, trad. Yves Moatty.

Ishraq

Ce quatrain qui ravirait Avicenne, le Sohrawardî... et Corbin. Et qui indique aussi, peut-être une contamination par l'Ishraq dans la mystique indienne dès le XIV° siècle.

"Mon langage vient de l'Est : Nul ne peut le comprendre. Lui seul peut me comprendre Qui est un pur Oriental !



Kabir, Le Fils de Ram et d'Allah, trad. Yves Moatty.

L'illusion cosmique

"Ils disent tous : "J'irai au ciel",
Mais moi, je ne sais en quel lieu il se trouve ! Ils ignorent tout du mystère de leur moi, Mais n'hésitent pas à décrire le paradis !
Aussi longtemps que tu désires un paradis, N'espère pas prendre refuge aux pieds du Seigneur ! La porte du ciel, ses douves, sa forteresse : Où se trouvent-elles ? Je n'en sais rien !
Dit Kabir : que puis-je dire de plus ? La société des Sages, voilà le Paradis !"
Kabir, Le Fils de Ram et d'Allah, trad. Yves Moatty.

L'aveuglement

"Ô Cadi, à quoi bon cette nouvelle exégèse ?
Qu'as-tu donc compris au Coran ? Jour et nuit tu prêches les masses Quel que soit le sens qui t'apparaisse !
Sûr de toi, tu veux me circoncire, Mais cela, je le refuse, ô frère ! Si telle était la volonté d'Allah, Alors tous les hommes naîtraient circoncis !
Si le circoncis devient Turc, Qu'en est-il de sa femme ? Si ta moitié ne peut être circoncise, Tu restes donc à moitié Hindou !
Si le cordon fait le brahmane, Qu'en est-il de sa femme ? Si de naissance elle est servante, Pourquoi goûter ce qu'elle cuisine ?
D'où viennent les Hindous ? D'où viennent les Turcs ? Qui donc leur a montré un chemin différent ? Interroge ton coeur, ton coeur à toi : Où est ce paradis ? Qui donc y est allé ?
Au lieu de t'égarer, médite, médite sur Ram : Pourquoi montrer, ô fou, tant de fanatisme ? Dit Kabir, tu es perdu, ô mon ami, Si tu n'implores la protection de Ram !"
Kabir, Le Fils de Ram et d'Allah, trad. Yves Moatty.

La condition humaine

"Immobiles ou mobiles, vers ou papillons,
De multiples façons avons-nous pris naissance, De multiples demeures irons-nous habiter Avant de faire retour dans le sein de Ram !
Parfois yogis, sages dominant leurs passions; Ascètes s'abstenant de tout commerce sexuel, Parfois rois, souverains, et perfois vagabonds !
Les impies meurent, mais les Saints vivent Car ils se désaltèrent de l'élixir de Ram !
Dit Kabir : Ô Seigneur, prends pitié ! Nous sommes las : que vienne enfin la Joie !""
Kabir, Le Fils de Ram et d'Allah, trad. Yves Moatty.

A la verticale de l'été

Captivée par ce film, et aussi enchantée. Il y a une grâce dans les films de Tran Anh Hung, cette attention simple aux gestes, à la vie sans question, déjà seulement vécue ce qui n'est pas rien, qui sont aussi des rites dansés (la gymnastique matinale des deux cadets, les aller-retour dans les lits, dans un ballet-jeu, "on jouerait à frôler l'inceste pour en rire"), la pluie, et aussi ces témoins de relais que se passent d'une histoire à l'autre les parents morts, les soeurs et les maris : un prénom, trois patates douces, des ongles coupés... A comparer avec la beauté sensuelle et colorée de Trois Saisons, tout aussi peu de la moralité sentimentale et du souci de narration que l'on retrouve dans le cinéma chinois par exemple, je me demande si ce n'est pas un trait du cinéma vietnamien.
Sinon revu Peter's friends, que j'avais déjà vu sans enthousiasme, et qu'à la seconde vision, je me mets à aimer. Le French Cancan de la fin, après que tout …

Abattoir 5

"Je suis bien retourné à Dresde en 1967 avec l'argent de la fondation Guggenheim (Que Dieu protège leur fric). ça ressemblait beaucoup à une quelconque ville de l'Ohio, en plus dégagé. Il doit y avoir des tonnes de farine humaine dans le sous-sol."

"On nous envoya par avion dans un camp de convalescence, en France, où l'on nous gava de bouillie chocolatée et de toutes sortes de choses riches en calories, jusqu'à ce que nous soyons bien potelés. Puis on nous rapatria et c'est alors que j'ai épousé une belle fille, elle aussi bien potelée.
Et nous avons eu beaucoup d'enfants."
"A l'occasion, je fais le bilan de mes études. J'ai fréquenté un temps l'université de Chicago après la Seconde Guerre. J'étais en Anthropologie. A l'époque, on enseignait que tout le monde était exactement comme tout le monde. Peut-être en sont-ils encore là.
On nous apprenait aussi que personne n'était ridicule, mauvais ou répugnant. Peu av…