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Articles

Affichage des articles du mars, 2009

Les Nuées

"STREPSIADE, LES DISCIPLES

STREPSIADE : ... Mais au fait qu'ont-ils à regarder la terre ? DISCIPLE : Ils scrutent, tels que tu les vois, le monde souterrain. STREPSIADE : Des oignons, qu'ils cherchent, à ce que je vois ! (Il les apostrophe.) Ne vous mettez donc pas en peine de cela ; je sais, moi, où il y en a de grands et de beaux. Que font donc ceux-ci penchés à terre ? DISCIPLE : Ceux-là sondent les ténèbres de l'Erèbe dans les profondeurs du Tartare. STREPSIADE : Qu'ont leur derrière à regarder le ciel ? DISCIPLE : Il fait de l'astronomie pour son propre compte."
Des canons (et des anti-canons) de la beauté masculine grecque :

"Si tu fais ce que je te dis là, tu auras toujours une poitrine solide, le teint clair, les épaules larges, la langue courte, la fesse grosse, la verge minuscule. mais si tu vis à la mode du jour, tu auras d'abord le teint pâle, les épaules étroites, la poitrine étriquée, la langue longue, la fesse petite, la verge grande, la p…

Les Cavaliers

"SECOND SERVITEUR : Le plus avantageux pour nous en la circonstance serait donc d'aller nous mettre à genoux devant la statue d'un dieux. PREMIER SERVITEUR : La statue d'un dieu ? Tu plaisantes. Tu crois donc réellement aux dieux ? SECOND SERVITEUR : Moi ? Bien sûr. PREMIER SERVITEUR : Et quelles sont tes raisons d'y croire ? SECOND SERVITEUR : C'est que les dieux me détestent. N'est-ce pas un argument logique ?"
Théâtre complet, tome 1, Aristophane.

Les Acharniens

"L'AMBASSADEUR : Car, pour les Barbares, on est un homme qu'à condition d'être un fort mangeur et un fort buveur.DICEOPOLIS : Chez nous, ce sont les prostitués et les invertis."

"LAMACHOS : O démocratie, cela peut-il vraiment se supporter ? DICEOPOLIS : Non, bien sûr, si tu n'étais pas si grassement payé."

LE CORYPHEE:
"Autrefois les délégués des villes, pour vous duper, commençaient par vous appliquer cette appellation d'Athéniens-couronnés-de-violettes. Sitôt qu'on vous avait ainsi nommés, vous vous redressiez de satisfaction sur le bout des fesses. Il vous suffisait que l'un vous cajole en ajoutant le qualificatif "brillant" à celui de votre ville pour obtenir ce qu'il voulait en vous honorant de cette épithète bonne pour les sardines."
"le Grand Roi lui-même, en questionnant l'ambassade lacédémonienne, après lui avoir demandé quelle était la puissance maritime la plus forte, lui demanda quel était le peupl…

Aristophane et la théâtrocratie

Aubrey Beardsley: Aristophanes Lysistrata, 1896

"L'élément vital de la comédie d'Aristophane c'est qu'elle s'arroge le droit de tout critiquer librement. La matière du poète c'est toute la vie de son temps ; son oeuvre est le fidèle miroir de la vie athénienne et l'on s'explique que Platon, voulant donner à Denys de Syracuse une idée de la constitution d'Athènes, ait envoyé au tyran l'oeuvre d'Aristophane."

"L'ancienne comédie pouvait donc tout dire et tout faire librement ; la licence qui y règne n'empêche pas saint Jean Chrysostome, plus indulgent que certains critiques modernes, de lire Aristophane avec délices et d'en faire son livre de chevet."

"Il est le défenseur des idées de l'ancien temps, mais en même temps il est jusqu'au bout des ongles imbu des idées modernes et pour rendre ses concitoyens plus purs, le moyen qu'il emploie ce sont les malpropretés. Il reproche aux femmes leurs habitu…

"En état d'effondrement complet"

Lire les vies d'Aby Warburg, de Jacob Burckhardt, de Niezsche, et tant d'autres, fait se remémorer à quel haut degré de culture et d'intelligence dans les sciences humaines (une intelligence solaire, tendue vers l'Italie et la Grèce) était parvenu, à la fin du XIX° et jusqu'en 1933, le monde "germanique" au sens large. Après la France de l'époque classique (peut-être anéantie plus par Napoléon que par la Révolution), l'Allemagne est vraiment devenue la capitale de l'Europe. Tout cela pour finir ou être "perverti" par le nazisme, qui saigna l'Allemagne de ses juifs et donc d'une bonne partie de ses intellectuels et artistes, d'où l'abandon radical de toute référence allemande chez Jankélévitch, en raison de ce qui, dans la culture allemande, avait pu mener à la Shoah.



Il n'y a plus d' Europe et elle est peut-être morte avec l'Allemagne, comme l'avait vu Visconti dans sa trilogie (tétralogie) allemande, L…

Geschichtliches Leben : Formes, forces et inconscient du temps

photo : Freegiampi
"Faut-il encore parler d'une dialectique du temps ? Oui, si l'on veut bien entendre par ce terme un processus tensif plutôt que résolutif, obsidionnal et sédimenté plutôt que linéaire et orienté. La dialectique des "puissances stables" (Stabiles) et de l'"élément mobile" (Bewegtes) aura produit une critique profonde de l'historicisme : elle ne fait que complexifier, multiplier, voire désorienter les modèles du temps que Burckhardt nomme ici "crises", "révolutions", "ruptures", "réactions", "absorptions partielles ou inttermittentes", "fermentations", "perturbation"... et la liste ne saurait être close. Parler d'un "inconscient" (Unbewusstes) ou d'une "pathologie", c'est affirmer, de plus, que la dialectique à l'oeuvre ne démontre plus que l'impureté et l'anachronisme du temps. Telle serait la deuxième leçon, la deu…

Renaissance et impureté du temps : Warburg avec Burckhardt

"Jacob Burckhardt, pionnier exemplaire (vordbildlicher Pfadfinder), a ouvert à la science le domaine de la civilisation de la Renaissance (Kultur der Renaissance) et l'a dominée de son génie ; mais il n'a jamais songé à exploiter en tyran égoïste la région (Land) qu'il venait de découvrir ; au contraire, son abnégation scientifique (wissenschaftliche Selbstverleugnung) était telle qu'au lieu d'attaquer le problème de l'histoire de la civilisation en lui gardant son unité (Einheitlichkeit), si séduisante sur le plan de l'art, il le divisa en plusieurs parties apparemment sans rapport (in mehrere äusserlich unzusammenhängende Teile) afin d'explorer et de décrire chacune d'entre elle avec une sérénité souveraine. Ainsi, dans sa Civilisation de la Renaissance, il exposa d'abord la psychologie de l'individu social, sans envisager les arts plastiques ; puis, dans son Cicerone, il se contenta de proposer une "initiation au plaisir des oeu…

Les formes survivent : l'Histoire s'ouvre

"Tout au long de sa vie il aura exigé du savoir sur les images un questionnement beaucoup plus radical que toute cette "curiosité gourmande" des attributionnistes - tels Morelli, Venturi, Berenson - , qualifiés par lui d'"admirateurs professionnels" ; de même, il aura exigé beaucoup plus que l'esthétisme vague des disciples (lorsque vulgaires, c'est-à-dire bourgeois) de Ruskin ou de Walter Pater, voire de Burckhardt ou de Nietzsche ; ainsi évoque-t-il sarcastiquement dans ses carnets le "touriste-surhomme en vacances de Pâques" qui vient visiter Florence "avec le Zarathoustra dans la poche de son loden".
"En 1904, alors qu'il approchait la quarantaine, il échoua une fois encore à l'habilitation pour un poste de professeur, à Bonn ; mi-lucide mi-angoissé, il avait écrit, dès 1897 : "J'ai décidé une fois pour toutes que je ne suis pas fait pour être un Privatdozent." Il devait, par la suite, décliner de…

Soupe d'anguilles

Musée Pio-Clementino, Vatican.
Lisant ceci sur Warburg je ne peux m'empêcher de penser qu'ici aussi, par moment, cela doit faire penser à une "soupe d'anguilles" :

"Lire Warburg présente la difficulté de voir se mêler le tempo de l'érudition la plus harassante ou la plus inattendue - telle l'entrée en scène, au milieu d'une analyse sur les fresques renaissantes du palais Schifanoïa, à Ferrare, d'un astrologue arabe du IX° siècle, Abû Ma'sar - et le tempo presque baudelairien des fusées : pensées qui fusent, pensées incertaines, aphorismes, permutation des mots, expérimentation des concepts..."

"D'où, de quel lieu et de quel temps nous parle donc ce fantôme ? Son vocabulaire puise tour à tour aux sources du romantisme allemand et de Carlyle, du positivisme et de la philosophie nietzschéenne. Il manifeste tour à tour le souci méticuleux du détail historique et le souffle incertain de l'intuition prophétique. Warburg lui-même …

Envers et contre tout inimaginable

Dans Images malgré tout, Georges Did-Huberman parle de Maurice Blanchot comme "penseur par excellence de la négativité sans répit - sans repos, sans synthèse -" pour souligner jsutement que contrairement au pro-Shoah-invisible-inimaginable etc., il n'a "justement pas parlé d'Auschwitz sous l'autorité absolue de l'inimaginable ou de l'invisible. Dans les camps, écrit-il au contraire, c'est "l'invisible [qui] s'est à jamais rendu visible."

Je n'avais jamais pensé à Blanchot comme fidèle de la théologie négative (qui est aussi totalement opposé aux "Il n'y a pas" qu'aux "Il y a"). Mais c'est vrai qu'en Ismaélien, il dépoterait pas mal non plus le Sheikh Momo, murshid usuel du Barzakh.
Sur l'infinie querelle des Images, et les scandales ou pas de la Représentation sacrée:
"Depuis la pénombre de la chambre à gaz, Alex a bien mis en lumière le centre névralgique d'Auschwitz, à savoir …

L'attente

"Il croyait avoir appris la patience, mais il avait seulement perdu l'impatience. Il n'avait plus ni l'une ni l'autre, il n'avait que leur manque d'où il imaginait pouvoir tirer une force. Sans patience, sans impatience, ne consentant ni ne refusant, abandonné sans abandon, se mouvant dans l'immobilité."

"Attendre, c'était attendre l'occasion. Et l'occasion ne venait qu'à l'instant dérobé à l'attente, l'instant où il n'est plus question d'attendre."
Maurice Blanchot, L'attente, l'oubli.

"le rapport entre la renaissance culturelle et les haricots est décisif"

"Dans ce cadre de guerre civile permanente dominé par les affrontements des minorités opposées et privées de centre, les villes deviendront de plus en plus ce que nous pouvons déjà trouver dans certaines localités d'Amérique latine, habituées à la guérilla, où la fragmentation du corps social est bien symbolisée par le fait que les concierges des immeubles sont généralement armés de mitraillettes."
"L'impressionnante décroissance de la population ne s'estompe qu'après l'an mille, grâce à l'introduction de la culture des haricots, des lentilles et des fèves, hautement nourrissantes, sans quoi l'Europe serait morte de faiblesse constitutionnelle (le rapport entre la renaissance culturelle et les haricots est décisif)."
"Dans ces vastes territoires dominés par l'insécurité errent des bandes de marginaux, mystiques ou aventuriers. A côté des étudiants qui, dans la crise générale des universités et grâce à des bourses complètement i…

Marine World : Ecology Theater

"On n'a pas tous les jours le bonheur de caresser un tigre du Bengale et le public respire la bonté écologique par tous ses pores. D'un point de vue pédagogique, la chose a un certain effet sur les jeunes et leur apprendra certainement à ne pas tuer les animaux sauvages, si toutefois il leur arrive d'en rencontrer un dans leur vie. Mais pour réaliser cette "paix naturelle" (comme une allégorie indirecte de la paix sociale), il a fallu déployer beaucoup d'efforts : l'éducation des animaux, la construction d'un cadre artificiel qui semble naturel, les hôtesses qui éduquent le public : si bien que l'essence finale de cette apologie sur la bonté de la nature est le Dressage universel."

"Cependant, pour que l'Âge d'or de réalise, il faut que les animaux se plient à l'observance d'un contrat : en échange ils auront la nourriture qui les exemptera de la prédation et les hommes les aimeront et les défendront contre la civilis…

Ringling Museum of Art

"Une vaste villa Renaissance aérée, légèrement déphasée au niveau des proportions, dominée par un David de Michel-Ange (la colonnade est remplie de statues étrusques vraisemblablement authentiques et pillées lorsque les tombes étaient moins protégées que maintenant), et un agréable jardin à l'italienne. Ce jardin est peuplé de statues : on a l'impression de participer à une réception entre amis, voici le Discobole, et là-bas le Laocoon, bonjour Apollon du Belvédère, comment allez-vous ? Mon dieu, on rencontre toujours les mêmes."

La Guerre du faux, Umberto Eco.

J. Paul-Getty Museum

"Comment un homme riche et amateur d'art peut-il se souvenir des émotions qu'il a éprouvées un jour à Herculanum ou à Versailles ? Et comment peut-il aider ses concitoyens à comprendre ce qu'est l'Europe ? Il est facile de dire : alignez tous les objets avec de petites fiches explicatives dans un cadre neutre. En Europe, le cadre neutre s'appelle Louvre, château des Sforza, Offices, Tate Gallery à deux pas de l'abbaye de Westminster. Il est facile de donner un cadre neutre à des visiteurs qui respirent le passé tous les deux pas, qui arrivent au cadre neutre après avoir parcouru avec émotion des itinéraires au milieu des pierres vénérables. Mais en Californie, avec le Pacifique d'un côté et Los Angeles de l'autre, avec les restaurants en forme de chapeay melon et de hamburger, les autoroutes à quatre niveaux et dix mille échangeurs, que fait-on ?"


La Guerre du faux, Umberto Eco.

Palace of Living Arts, Buena Park, Los Angeles

"Le palace est placé sous l'enseigne de Don Quichotte (lui aussi est là, même s'il n'est pas un tableau) qui "représente la nature idéaliste et réaliste de l'homme : c'est pour cette raison qu'il est élu symbole du lieu". J'imagine que par "idéaliste" on entend la valeur éternelle de l'art ; par "réaliste" le fait qu'ici on peut satisfaire un désir ancestral, c'est-à-dire regarder au-delà du cadre, voir aussi les pieds du buste. Toutes choses que de nos jours la technique la plus élaborée de la reproduction par le laser, l'holographie, obient à partir du sujet réalisé exprès, et que le Palace of Living Arts réalise à partir des chefs-d'oeuvre du passé.
L'unique chose qui étonne est le fait que dans la reproduction parfaite de Portrait des époux Arnolfini de Van Eyck, tout est réalisé en trois dimensions, sauf la seule chose que le tableau représentait avec un surprenant artifice illusionniste et que …