La réponse est le malheur de la question



Prenons ces deux modes d'expression : "Le ciel est bleu", "Le ciel est-il bleu ? Oui." Il ne faut pas être grand clerc pour reconnaître ce qui les sépare. Le "Oui" ne rétablit nullement la simplicité de l'affirmation plane : le bleu du ciel, dans l'interrogation, a fait place au vide ; le bleu ne s'est pourtant pas dissipé, il s'est au contraire élevé dramatiquement jusqu'à sa possibilité, au-delà de son être et se déployant dans l'intensité de ce nouvel espace, plus bleu, assurément, qu'il n'a jamais été, dans un rapport plus intime avec le ciel, en l'instant – l'instant de la question où tout est en instance. Cependant, à peine le Oui prononcé et alors même qu'il confirme, dans son nouvel éclat, le bleu du ciel rapporté au vide, nous nous apercevons de ce qui a été perdu. Un instant tranformé en pure possibilité, l'état des choses ne fait pas retour à ce qu'il était. Le Oui catégorique ne peut rendre cela qui un moment n'a été que possible, puisqu'il affirme maintenant l'être de ce qu'il est, mais comme il affirme en réponse, c'est indirectement et d'une manière seulement médiate qu'il l'affirme. Ainsi, dans le Oui de la réponse, nous perdons la donnée droite, immédiate, et nous perdons l'ouverture, la richesse de la possibilité. La réponse est la malheur de la question.

Ce qui veut dire qu'elle fait apparaître le malheur qui est caché dans la question. C'est même le trait déplaisant de la réponse. La réponse n'est pas en elle-même malheureuse; elle garde pour elle l'assurance; une sorte de hauteur est sa marque. Celui qui répond est implicitement supérieur à celui qui interroge. D'un enfant qui oublie le statut de l'enfance, l'on dit : il répond. Répondre, c'est la maturité de la question.
Maurice Blanchot, L'Entretien infini ; La parole plurielle : La question la plus profonde.

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