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Articles

Affichage des articles du octobre, 2009

Station de la Proximité

IL M'ARRÊTA DANS LA PROXIMITÉ ET ME DIT :

De moi aucune chose n'est ni éloignée ni proche d'une autre, sinon dans la modalité de sa fixation par moi dans la proximité et l'éloignement.

Il me dit : L'éloignement tu le connais par la proximité, et la proximité tu la connais par l'existence : et je suis celui que la proximité ne quête pas, et que l'existence n'atteint pas.

Il me dit : La plus infime des sciences de la proximité est que tu constates les traces de mon regard en toute chose, de sorte que prévale sa maîtrise sur la connaissance que tu en as.

Il me dit : La proximité que tu connais comparée à celle que je connais est semblable à ta connaissance comparée à la mienne.

Il me dit : Tu n'as connu ni mon éloignement, ni ma proximité, pas plus que tu n'as connu mon attribution comme je l'ai connue.

Il me dit : Je suis le proche, mais pas comme proximité d'une chose à une autre ; et je suis le lointain, mais pas comme éloignement d'…

Le Sheikh Ahmad Gurpanî

Encore un sheikh bien rude et bien couillu comme je les aime, malamatî à fond, le Sheikh Ahmad -î Gurpanî, maître kubrawî de Nûruddîn Abdurrahman Isfarâyinî, que son murîd considérait comme étant le pôle de son temps (mais quel murîd digne de son état ne pense pas que son murshid est le plus grand de son temps ?).

Un jour le Shaykh Sa'duddîn se serait rendu à Gûrpân pour voir le Shaykh Ahmad, en faisant savoir qu'ayant été averti par voie d'inspiration du fait que le Shaykh 'Alî-i Lâlâ avait écrit un ijâzat-nâma pour Ahmad, il était prêt lui aussi à écrire pour lui un tel diplôme. Or, le Shaykh Ahmad ne serait même pas sortir de sa retraite pour accueillir le Shaykh Sa'duddîn; il se serait contenté de faire remarquer qu'il ne pourrait point adorer Dieu au moyen d'un diplôme !

Ce caractère assez peu conciliant de Gûrpanî, voire une certaine rudesse, est également mis en lumière par Isfarâyanî qui nous décrit ses premiers contacts avec ce maître "analph…

"J'ai succombé à la tentation de déployer un si singulier caractère"

En même temps mourut un homme avec l'acclamation publique d'en être délivré, quoiqu'il ne fût pas en place ni en passe de faire ni bien ni mal, étant conseiller d'État sans nulle commission extraordinaire. Ce fut Harlay, fils unique du feu premier président, digne d'être le fléau de son père, comme son père d'être le sien, et comme ils se le firent sentir toute leur vie, sans toutefois s'être jamais séparés d'habitation. On a vu en son lieu quel était le père. Le fils, avec bien moins d'esprit et une ambition démesurée nourrie par la plus folle vanité, avait un esprit méchant, guindé, pédant, précieux, qui voulait primer partout, qui courait également après les sentences qui toutefois ne coulaient pas de source, et les bons mots de son père, qu'il rappelait tristement. C'était le plus étrange composé de l'austère écorce de l'ancienne magistrature et du petit maître de ces temps-ci, avec tous les dégoûts de l'un et tous les ridicu…

Il a appris à écouter…

Il y a un passage saisissant, dans l'épitre aux Hébreux (5, 710), bien éloigné de l'image du Christ stoïque sous la douleur et la peur de la mort, hormis, peut-être une crise de larmes dans le Jardin des Oliviers :

C'est lui qui, aux jours de sa fragilité humaine, a offert, hurlant et pleurant, prières et supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort.
Au fond, mis à part le grand cri embarrassant du "pourquoi m'as-tu abandonné ?" on ne sait rien de son comportement lors du supplice. A-t-il crié de douleur ? A-t-il pleuré et supplié, sans doute pas ses bourreaux mais au moins Dieu ? Les Évangiles n'en disent rien mais peut-être Paul avait-il dans l'oreille des récits plus détaillés de la mort sur la croix. Ou bien la nuit de Gethsémani fut-elle plus agitée qu'une suée d'angoisse. On ne sait pas. On ne peut plus savoir.

Cela dit, comme dit Paul, il fut exaucé car sauvé de la mort ; bon, pas de la façon dont tout le monde s'y attendait,…

Trinité et Incarnation : de Plotin à Ibn Arabî

Hendrick Van Balen, v 1620.
Sint-Jacobskerk, Anvers.
On parle couramment et avec raison des chrétiens syriaques à l'origine de l'essor de la philosophie musulmane. Mais en retour, d'immenses penseurs comme Fârâbî ou Avicenne les ont influencés dans l'élaboration de la théologie chrétienne quand ils devaient se défendre de polythéisme et autres horreurs, au sujet de la Trinité et de l'Incarnation. Ainsi certaines définitions trinitaires ont pu être inspirées par des musulmans ayant beaucoup travaillé sur des écrits néo-platoniciens, ou bien s'étant abreuvés à la même source plotinienne, ont élaboré dans leurs débats, des définitions de la déité, assez proches, bien qu'adaptées à leurs religions respectives :

Une façon très fréquente de présenter la Trinité chez les auteurs nestoriens est celle qui considère les trois hypostases comme "l'Intelligence, l'Intelligent et l'Objet de l'Intelligence ( 'aql, 'âqil, ma'qûl). Selon …

Si j'avais pu, j'aurais pas venu…

Agostino da Lodi, 1500, Gallery dell'Academia, Venise.


Je suis venu verser le feu sur la terre. Je voudrais tant l'avoir trouvé allumé !
De temps à autre il a des mots profondément touchants. Il a dû se dire, parfois, comme nous, sur terre : j'aurais préféré ne pas avoir à me déplacer, mais bon …

Je dois être plongé dans un baptême et je suis si tourmenté avant que cela ne soit fait.
Certes, pour l'intelligence, il avait conscience de ne pas s'adresser à des flèches :

Pourquoi ne discernez-vous pas ce qui est juste par vous-mêmes ?
Mais comme un peu avant il a traité tout le monde de "faux-jetons" cela corrobore une hypothèse qui veut que le crétin soit avant tout un flemmard.

Luc, 49-57, La Bible, nouvelle traduction, P. Monnier, P. Létourneau.



Ce filet d'eau pure qui ne repose nulle part…

Quand vous êtes dans l'erreur, vous ne perdez pas votre essence, et au moment de l'Éveil, vous ne la gagnez guère non plus. Il n'y a jamais eu d'erreur ni d'Éveil dans notre nature innée. Les univers qui comblent les espaces dans toutes les directions sont originellement la substance de mon esprit un. Agitez-vous, faites n'importe quoi, jamais vous ne quitterez le ciel qui nous contient ! Le ciel n'est ni grand ni petit, rien ne s'en écoule, il est incomposé et, ignorant l'erreur, l'Éveil ne le concerne point. Voyez-le en toute clarté : il n'y a rien, ni personne, ni Bouddha, absolument rien qui ait la moindre mesure. Ce filet d'eau pure qui ne repose nulle part et jamais ne se grumelle n'est autre que la conviction de ce qu'en votre essence rien ne naît. Quel autre plan proposez-vous ? Le Bouddha véritable n'a pas de bouche et de ce fait il n'explique ni ne prêche aucune méthode spirituelle. La véritable audition n'…

"Les montagnes sont les montagnes"

1729, Freer Gallery of Art, Washington. Les montagnes sont les montagnes, les rivières sont les rivières, les moines sont les moines, les laïcs sont les laïcs. La terre couverte de monts et de fleuves, le soleil, la lune et les étoiles ne sont autres que votre esprit. Les univers du trichiliocosme ne sont autres que vous-même… Où y aurait-il une telle variété si ce n'est dans l'esprit ? Ces montagnes bleutées qui nous comblent le regard et les montagnes bleutées dans l'espace forment une seule terre de blancheur, où il n'est pas un atome de réalité sur lequel vous puissiez théoriser. Ainsi, les sons et les formes sont tous l'œil de connaissance du Bouddha.
Houang-Po, maître Tch'an du XIº siècle, Entretiens.

L'essentiel de la méthode de transmission de l'esprit

v. 650, dynastie Tang, Metropolitan Museum. Les gens du commun préfèrent les objets et les mystiques, l'esprit. La vraie méthode consiste à oublier à la fois les objets et l'esprit. Or, s'il est facile d'oublier les objets, il est très difficile d'oublier son esprit. Les gens n'osent pas oublier leur esprit, ils ont peur de tomber dans le vide sans avoir à quoi se raccrocher, parce qu'ils ignorent que la vacuité n'est pas un vide, mais le domaine absolu, unique et véritable. Notre nature d'Éveil surnaturel a, depuis des commencements, le même grand âge que le ciel. Elle n'est jamais venue à l'existence et jamais ne l'a quittée, elle n'a jamais existé, ni été un néant, elle ne s'est jamais souillée ni purifiée, elle n'a jamais été bruyante ni silencieuse, ni jeune ni vieille, elle n'a ni lieu ni direction, ni dedans ni dehors, ni ombre ni quantité, ni forme ni aspect, ni couleur ni silhouette, ni son ni voix ; on ne peut l…

Les philosophes nestoriens

Les Meilleurs Sentences et les Plus Précieux Dictons ( Moukhtâr al-hikam wa- mahâsin al-kalim) d'al-Moubashir, Syrie, XIIIº s.


Le dixième siècle connaît un remarquable développement intellectuel, qui se manifeste en particulier dans la diffusion de prodigieuses bibliothèques, telle le Dar al-'Ilm fondé par Ibn Hamdan (mort en 935) à Bagdad ou celle fondée en 992 par le vizir Ibn Ardashir. Le mouvement philosophique se poursuit et les musulmans y participent désormais davantage. Mais la plupart des philosophes cités pour ce siècle par Ibn Nadîm sont encore des chrétiens, bien qu'Inm Nadîm s'intéresse surtout à ceux qui enseignaient en arabe et non en syriaque, ce qui était souvent le cas. Ces philosophes sont d'ailleurs plutôt des commentateurs que la fidélité à la doctrine chrétienne et aux Pères de l'Église empêche d'inventer des systèmes philosophiques très originaux. Au contraire, les musulmans – Farabî et, au siècle suivant, Avicenne – tenteront de faço…

La gloire du témoignage

Ph. N. – Il y a un infini dans l'exigence éthique ?

E.L. – Oui. Elle est exigence de sainteté. À aucun moment, personne ne peut dire : j'ai fait tout mon devoir. Sauf l'hypocrite…




Je vais vous conter un trait singulier de la mystique juive. Dans certaines prières très anciennes, fixées par d'antiques autorités, le fidèle commence par dire à Dieu "tu" et finit la proposition commencée en disant "il", comme si, au cours de cette approche du "toi" survenait sa transcendance en "il". C'est ce que j'ai appelé, dans mes descriptions, l'"illéité" de l'Infini.
Emmanuel Lévinas, Éthique et Infini.

Les Arabes, martyrs chrétiens

Saint Syméon, Tennyson

Comment la bêtise fait perdre des empires ou des royaumes…

Le roi Nu'man de Hîra aurait affirmé, parlant de Siméon Stylite : "Comme le bruit de son nom s'était répandu dans notre pays et qu'on s'était aperçu qu'un grand nombre de nos gens venaient le voir fréquemment, les grands de notre nation m'ont averti qu'il était à craindre que ces visites fréquentes ne les poussassent à se faire chrétiens et qu'ensuite ils ne livrassent le pays aux Romains (Byzantins) à cause de la religion. Je fis donc publier là-dessus un édit par lequel il était défendu à tous les Arabes, sous peine d'être mis à mort, d'aller voir Siméon.
Un peu plus tard, c'est au tour des Byzantins de s'en prendre aux Arabes monophysites :

Après qu'une bonne partie de ces Arabes [chrétiens] se furent alliés aux Perses lors de leur dernière invasion de l'empire byzantin, d'autres allaient quelques années plus tard accueillir les troupes …

Le visage

Cornelis Van Haarlem, 1627
E.L.– Le "Tu ne tueras point" est la première parole du visage. Or c'est un ordre. Il y a dans l'apparition du visage un commandement, comme si un maître me parlait. Pourtant, en même temps, le visage d'autrui est dénué ; c'est le pauvre pour lequel je peux tout et à qui je dois tout. Et moi, qui que je sois, mais en tant que première personne, je suis celui qui se trouve des ressources pour répondre à l'appel.

Ph. N. – On a envie de vous dire : oui, dans certains cas… Mais dans d'autres au contraire, la rencontre d'autrui se fait sur le mode de la violence, de la haine et du dédain.

E.L. – Certes. Mais je pense que quelle que soit la motivation qui explique cette inversion, l'analyse du visage telle que je viens de la faire, avec la maîtrise d'autrui et sa pauvreté, avec ma soumission et ma richesse, est première. Elle est le présupposé de toutes les relations humaines. S'il n'y avait pas cela, nous ne di…

…plus que les gardes vers le petit matin…

Fabritius Carel, 1654
Staatliches Museum, Schwerin
Il y a vraiment des éclats de beauté pure, dans les psaumes :

…Mon être vers Adonaï
plus que les gardes vers le petit matin

oh les gardes
vers le petit matin…


La Bible, Nouvelle traduction, Olivier Cadot, Marc Sevin.

(129, 6)

La solitude de l'être

Caspar David Friedrich, 1809, Nationalgalerie, Berlin.
Mon effort consiste à montrer que le savoir est en réalité une immanence et qu'il n'y a pas de rupture dans l'isolement de l'être dans le savoir ; que d'autre part dans la communication du savoir on se trouve à côté d'autrui, pas confronté à lui pas dans la droiture de l'en-face-de-lui.

(…)

Je suis tout seul, c'est donc l'être en moi, le fait que j'existe, mon exister, qui constitue l'élément absolument intransitif, quelque chose sans intentionnalité, sans rapport. On peut tout échanger entre êtres, sauf l'exister. Je suis monade en tant que je suis.

Emmanuel Lévinas, Éthique et infini, la solitude de l'être.

L'amour et la filiation

…Tout à l'opposé de la connaissance qui est suppression de l'altérité et qui, dans le "savoir absolu" de Hegel, célèbre "l'identité de l'identique et du non-identique", l'altérité et la dualité ne disparaissent pas dans la relation amoureuse. L'idée d'un amour qui serait une confusion entre deux êtres est une fausse idée romantique. Le pathétique de la relation érotique, c'est le fait d'être deux, et que l'autre y est absolument autre.

Ph. N. – Ce serait le ne-pas-connaître-autrui qui ferait la relation ?

E.L. – Le ne-pas-connaître n'est pas ici à comprendre comme une privation de la connaissance. L'imprévisibilité n'est la forme de l'altérité que relativement à la connaissance. Pour celle-ci, l'autre, c'est essentiellement ce qui est imprévisible. Mais l'altérité, dans l'éros, n'est pas synonyme de l'imprévisibilité. Ce n'est pas comme un raté du savoir que l'amour est amour.

A…

Il y a

Maggi Hambling The Scallop (2003) Aldeburgh beach.
Photograph © Andrew Dunn, 1 November 2005.
E.L. – Il y est question de ce que j'appelle l'"il y a". Je ne savais pas qu'Apollinaire avait écrit une œuvre intitulée Il y a. Mais l'expression, chez lui, signifie la joie de ce qui existe, l'abondance, un peu comme le "es gibt" heidegerrien. Au contraire "il y a" pour moi est le phénomène de l'être impersonnel : "il". Ma réflexion sur ce sujet part de souvenirs d'enfance. On dort seul, les grandes personnes continuent la vie; l'enfant ressent le silence de sa chambre à coucher comme "bruissant".

Ph. N. – Un silence bruissant ?

E.L. – Quelque chose qui ressemble à ce que l'on entend quand on approche un coquillage vide de l'oreille, comme si le vide était plein, comme si le silence était un bruit. Quelque chose qu'on peut ressentir aussi quand on pense que même s'il n'y avait rien, le fait qu&…

Angoisse et néant

L'angoisse serait l'accès authentique et adéquat au néant, lequel pourrait paraître aux philosophes une notion dérivée, résultat d'une négation, et peut-être, comme chez Bergson, illusoire. Pour Heidegger, on n'accède pas au néant par une série de démarches théorétiques, mais, dans l'angoisse, d'un accès direct et irréductible. L'existence elle-même, comme par l'effet d'une intentionnalité, est animé d'un sens, du sens ontologique primordial du néant. Il ne dérive pas de ce qu'on peut savoir sur la destinée de l'homme ou sur ses causes, ou sur ses fins; l'existence dans son événement même d'existence signifie, dans l'angoisse, le néant, comme si le verbe exister avait un complément d'objet direct.
Emmanuel Levinas, Éthique et infini, Heidegger.

Bible et philosophie

photo Willy Horsch Le rôle des littératures nationales peut être ici très important. Non pas qu'on y apprenne des mots, mais on y vit "la vraie vie qui est absente" mais qui précisément n'est plus utopique. Je pense que dans la grande peur du livresque, on sous-estime la référence 'ontologique' de l'humain au livre que l'on prend pour une source d'informations, ou pour un 'ustensile' de l'apprendre, pour un manuel, alors qu'il est une modalité de notre être.
Cette "vraie vie qui est absente" en parlant des livres est d'un rafraîchissant si l'on pense au nombre de fois où le lecteur passionné s'entendra, dans sa vie, reprocher de préférer les livres à la "vraie vie" et ce, dès l'enfance, quand, plongé dans un livre, on s'entend intimer l'ordre d'aller "jouer dehors", puisqu'"il fait beau", comme si la lecture ne pouvait être qu'une façon utile de tuer le mauva…

Printemps (2)

Gustave Caillebotte, Brooklyn Museum Mais ce que je regrette de ne pas savoir exprimer, c'est le plaisir sensuel, à la fois très paisible et d'une acuité extrême, que j'éprouvais quand, assis sans bouger sur ce banc, d'où je pouvais jouir d'un paysage composé d'eau, d'édifices, de verdures à perte de vue et de nuages auquel la lumière printanière donnait un éclat magique, le corps chauffé par un soleil doux et protégé du vent encore assez frais en cette saison par un manteau suffisamment épais, je restais à regarder tour à tour les passants qui se croisaient devant moi, l'acier étincelant du pont rigide au-dessus du barrage ou encore, renversant la tête, la voûte vert clair du sapin qui me toisait de toute sa hauteur, toutes choses assez peu remarquables en elles-mêmes, et à prêter l'oreille aux propos décousus des gens qui avaient pris place à côté de moi, aux cris joyeux des enfants, au bruissement précipité de l'eau rebondissante au-dessus du …

Notre Père et notre Fils qui êtes aux cieux...

Sainte Catherine de Sienne et sainte Marie-Madeleine
Fra Bartolomeo, 1509
Museo e Pinacoteca Nazionale di Palazzo Mansi, Lucca


Il parlait quand une femme dans la foule a crié : Chanceux, le ventre qui t'a abrité et les seins qui t'ont nourri ! Il a répondu : Ils sont vraiment chanceux ceux qui écoutent la parole de Dieu et vivent selon elle. (Luc, 11, 28).

Décidément, Jésus n'aimait pas qu'on lui parle de sa famille, et encore moins de sa Mother qui avait l'air de lui courir sur le haricot, des fois. Toutes les fois qu'on mentionne Marie et sa fratrie devant lui, il les renvoie dans les cordes et, se tournant vers ses petits, réplique : "Non. Non. Mon Père et rien d'autre et aussi pour vous." Je me demande si le culte marial ne le ferait pas fumer...

Marc 3, 31-35 : Ma mère ? qui est-ce ? et qui sont mes frères ?
Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère.

J'ai déjà lu sous la plume des Carmélites cette idée d…

Le bavard

Et notez que je ne vous demande pas de me lire vraiment, mais de m'entretenir dans cette illusion que je suis lu : vous saisissez la nuance ? – Alors, vous parlez pour mentir ? – Non, monsieur, pour parler, rien de plus, et vous-même faites-vous autre chose du matin au soir et pas seulement à votre chat ? Et un écrivain écrit-il pour une autre raison que celle qu'il a envie d'écrire ? Mais suffit. Que mon lecteur me pardonne si je n'aime pas qu'on me bourdonne aux oreilles quand je parle.
Le Bavard, Louis-René Des Forêts.

L'impatience

Serguï Andreïevitch Toutounov

Moi dont le principal défaut est l'impatience, le trépignement colérique ou inquiet, la frustration chagrine – "Mais pourquoi Dieu me fait ça à MOI !!! C'est de la persécution GRATUITE ! "gémit le ciron de l'univers – "l'attente dans le sang ou la vase", comme dit le Yi King, je devrais me répéter le mantra du Cheikh Momo chaque matin :

C'est pourquoi l'impatience doit être le cœur de la profonde patience, l'éclair pur que l'attente in fine, le silence, la réserve de la patience font jaillir de son sein, non pas seulement comme l'étincelle qu'allume l'extrême tension, mais comme le point brillant qui a échappé à cette attente, le hasard heureux de l'insouciance.
Maurice Blanchot, L'Espace littéraire.