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Articles

Affichage des articles du juillet, 2010

Hebdomada XVII per annum

Je relis beaucoup les Écritures, en ce moment. Lecture très nourrissante, à boire et à manger dedans, ce que le Coran n'est pas, car ce n'est pas une "histoire" ; le Mahabharata, si. Si j'avais été hindoue, j'aurais toujours été fourrée dedans.
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Reçu mon stylo. Compact, un peu fuselé, aérodynamique, matière légère, un côté toc-plastoc. Le plaqué or de la bague un peu écaillé à deux endroits. La plume très petite, très courte, très ramassée, glisse très confortablement, une des meilleures que j'ai eu. Il va falloir la faire.
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Comment tuer quelqu'un qui a déjà une hachette plantée dans le crâne et qui s'obstine à survivre ? Il faut que je me débarrasse de lui, pourtant, le supprimer en beauté. Fomenté ce crime toute la semaine, et puis trouvé hier, en écrivant 4 pages d'un coup.
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Quand la colère, ou le chagrin, ou l'amertume, prennent le dessus chez moi, j'ai l'impression d'abriter un Balrog dans la poitrine. En même temps, cette co…

"Pas toi, pas ça"

– Tu te débarrasserais de tous, innocents ou coupables ? Il y a peut-être cinquante innocents dans cette ville, et tu te débarrasserais de tout le monde, sans pardonner à cette ville pour les cinquante innocents qu'elle abrite ?Pas toi, pas ça : faire mourir l'innocent avec le coupable.Confondre l'innocent et le coupable : pas toi, pas ça.Le juge du monde entier ne serait pas équitable ?Yhwh dit :– Si je trouve cinquante innocents dans Sodome, je pardonnerai pour eux à toute la ville.Abraham répond :– Tu vois, malgré tout, j'ose insister, te parler.Moi poussière et cendre.Sur les cinquante innocents, il en manquera peut-être cinq. Et pour cinq tu détruirais toute la ville ?Réponse :– Je ne la détruirais pas si j'en trouve quarante-cinq.Il poursuit.– Il n'y en aura peut-être que quarante ?Réponse :– Je ne ferai rien s'il y en a quarante.– Allons, ne te fâche pas, dit-il, si j'ose encore insister : on n'en trouvera peut-être que trente.Réponse :– Je n…

Haydn : Die Schopfung

Hebdomada XVI per annum

Marcel Conche qui oppose l'argument bateau des athées à l'existence de Dieu : "Et la souffrance des enfants ? hein ? hein ?" Déjà le sous-entendu, l'évidence tacite que si Dieu il y a, il ne peut être que forcément bon, cette contradiction insurmontée "Dieu est bon et moi, j'ai mal, scandale" montre à quel point même les athées sont imprégnés de culture biblique. Qui leur a dit, sinon, que Dieu était forcément gentil ? 
Mais je n'ai jamais trop compris pourquoi, hormis d'un point de vue sentimental, la souffrance était plus scandaleuse à 5, 10 ans, qu'à 30, 40, 80 ans. On n'a pas un système nerveux qui s'endurcit et se corne avec l'âge. Tout être souffrant est démuni comme un enfant,. Alors pourquoi l'enfant c'est  plus injuste ? Parce qu'il est innocent, répond-on. Mais innocent de quoi ? Et plus tard, il sera coupable de quoi ? Là encore, c'est bien une idée chrétienne que la perte de l'innocence angéliqu…

"n'avais-je pas senti ma vie se fendre ?"

Avec la raison, le souvenir me revint et je vis que même aux pires jours, quand je me croyais parfaitement et entièrement malheureux, j'étais, cependant, et tout le temps, extrêmement heureux. Cela me donna à réfléchir. Cette découverte n'était pas agréable. Il me sembla que je perdais beaucoup. Je m'interrogeai : n'étais-je pas triste, n'avais-je pas senti ma vie se fendre ? Oui, cela avait été ; mais, à chaque minute, quand je me levais et courais par les rues, quand je restais immobile dans un coin de chambre, la fraîcheur de la nuit, la stabilité du sol me faisaient respirer et reposer sur l'allégresse.

Sagesse

Je ne suis ni savant ni ignorant. J'ai connu des joies. C'est trop peu dire : je vis, et cette vie me fait le plaisir le plus grand. Alors, la mort ? Quand je mourrai (peut-être tout à l'heure), je connaîtrai un plaisir immense. Je ne parle pas de l'avant-goût de la mort qui est fade et souvent désagréable. Souffrir est abrutissant. Mais telle est la vérité remarquable dont je suis sûr : j'éprouve à vivre un plaisir sans limite et j'aurai à mourir une satisfaction sans limite. Maurice Blanchot, La Folie du jour.

Ravi Shankar

Hebdomada XV per annum

Regardé Je me souviens, de Perec, joué par Sami Frey sur un vélo. Ça m'a fait l'effet de 300 bols tibétains je ne sais pourquoi. Émouvant et apaisant comme la nostalgie, mais aussi, beau, euphorisant.

Je laisse tomber Thomas d'Aquin, trop chiant, emmerdant comme un jeu de mécano à monter. J'ouvre les œuvres du pseudo-Denys et je m'y sens tout de suite bien, comme un poisson dans l'eau. 
Lu aussi le Boustan, mais pareil, Saadi m'ennuie toujours un peu, je lui préfère vraiment 'Attar.

Peterisk Vasks : Méditation

Hebdomada XIV per annum

Lu d'une traite Journal d'un curé de campagne. Religion aussi noire, aussi morbide que chez Barbey mais sans cet attrait pour l'envers du monde, le diable et ses rires, que l'on imagine chez Barbey et qui, paradoxalement,  lui donnent une meilleure santé morale. Là, devant tous ces curés à problèmes et ces chrétiens haineux, le catholicisme, ça donne vraiment pas envie : un asile pour névrosés. Un seul passage un peu sensé, à un moment, quand le curé de Torcy dit au héros qu'en Occident, par peur des "hérésies orientales", on ne prie pas assez les Anges. Il a bien raison. Il me semble que les Anges sont cet apport sec, lumineux, qui balaie tout ce qu'il peut y avoir de malsain, de ranci, de moisi dans les églises. 
Tout de même, moi qui ai une réelle allergie au culte marial, que je vois presque comme une trahison du Christ, j'ai été un instant touchée parce qu'il dit de Marie, et aussi ces pauvres femmes, ces pauvresses qui subissent les lois,…

"Ça, c'est l'une des blessures de la société."

LA FEMME – Écoutez, alors. (Se mettant à trembler.) Servez-moi un cognac !Il lui sert un verre. Mon mari est tombé amoureux d'une autre femme. L'HOMME – Excellente idée. Prenez un autre verre, alors.Il remplit de nouveau son verre. À la vôtre ! LA FEMME – J'ai une de ces envies de boire ! Pour nous faire sortir de sa vie, mon mari nous a emmenés ici, mon enfant et moi. Il lui tend l'assiette. La femme grignote, sans faire attention ; elle pense à l'histoire qu'elle est en train de raconter. Il nous a laissés chez sa tante, et il est parti. Et depuis, pas une lettre, pas de nouvelles pas d'argent !Elle s'assoit à table et se met à manger. L'HOMME – Chaque homme a le droit de fuir sa femme, mais il aurait dû au moins écrire une lettre. Il aurait pu dire, par exemple : "Nous n'étions pas faits l'un pour l'autre" ou alors : "Je me suis rendu compte que je ne pouvais pas te rendre heureuse", ou encore : "Personne n&#…

"La morale est un anti-destin"

Le conseil est un appel à écouter non pas la voix intime de la conscience solitaire, mais celle de l'expérience des hommes les meilleurs, des sages. Ils sont la conscience de tous ; les paroles qui leur sont attribuées en sont la voix ; ces paroles confiées aux mémoires jouent le rôle de conscience. De ce fait, la morale des conseils conspirent fortement à l'intégration de l'individu dans sa société et ses normes. Au-delà du "ne pas nuire", ce qui est conseillé, c'est de n'être pas inattentif, d'être sur ses gardes, de ne pas se hâter. En un mot, on réclame le réveil de la réflexion. La morale est engagée avant toute action, par une volonté d'attention ; le premier acte moral est de vouloir réfléchir, la première faute est le manque de ce vouloir, qui donne l'inattention. La morale des conseils est pour l'acte, elle est prévisionnelle ; elle n'est pas l'application de normes à tous les cas, ou le jugement des cas après coup ; elle…

Bonté

On peut appeler bonté ce qui se noue dans cette intrigue : sous exigence de l'abandon de tout avoir, de tout pour-soi, je me substitue à l'autre. La bonté est le seul attribut qui n'introduit pas une multiplicité dans l'un. Si elle se distinguait de l'un, elle ne serait plus bonté. Être responsable dans la bonté, c'est être responsable en deçà ou en dehors de la liberté. L'éthique se glisse en moi avant la liberté. Avant la bipolarité du Bien et du Mal, le moi se trouve commis avec le Bien dans la passivité du supporter. Le moi s'est commis avec le Bien avant de l'avoir choisi. Ce qui veut dire que la distinction du libre et du non-libre. Ce qui veut dire que la distinction du libre et du non-libre ne serait pas l'ultime distinction entre l'humain et le non-humain, et pas non plus entre le sens et le non-sens. Comme s'il y avait dans le moi, toujours irréductible à la présence, un passé en deçà de tout passé, un passé absolu et irreprés…

Alif Laila

"la technique, en tant que sécularisation, est destructrice des dieux païens"

Pour que le savoir sorte effectivement de l'étonnement, pour que l'ignorance soit reconnue comme telle, pour que l'être advienne en tant qu'être, il fallait aussi que la lumière du ciel éclairât la ruse et l'industrie des hommes. La lumière dont les yeux ont admiré la brillance est celle-là même qui dirige ses yeux vers le donné.Et ces yeux, liés à leur convoitise innée, qui visent et perçoivent, ces yeux rusés de chasseurs, apprennent la patience et se font alors regard industrieux. Il y a alors convenance entre la sécularisation de l'idolâtrie devenant ontologie (l'intelligibilité du cosmos, la représentation et la présence se mesurant et s'égalant) et le bon sens pratique des hommes tenaillés par la faim, se tenant dans leur maison, habitant et bâtissant. Toute relation pratique avec le monde est représentation, et le monde représenté est économique. Il y a une universalité de la vie économique qui l'ouvre à la vie de l'être. La Grèce est le…

Hebdomada XIII per annum

Commandé 428, une année ordinaire à la fin de l'Empire romain. Un pur plaisir, car j'ai toujours eu du goût pour les "fins de siècle", les transitions, toutes les périodes "tardives". Elles ont quelque chose de mystérieux, parce qu'on ne sait pas bien les étiqueter. Elle sont l'or bruni des fins d'après-midi de fin d'été. Un Five o' clock à la mi-septembre. Un goûter de raisins dans les vignes.
Commandé aussi une édition du Lord of the Rings en un seul volume, les poches sont pour le voyage. C'est un des rares romans qui me donne envie d'un bel objet-livre.

La mort d'autrui et la mienne

Le temps n'est pas la limitation de l'être mais sa relation avec l'infini. La mort n'est pas anéantissement mais question nécessaire pour que cette relation avec l'infini ou temps se produise.