dimanche 26 septembre 2010

À bout de souffle



"– Vous êtes marié vous ?"
Je sortis de mon portefeuille la photo d'une ravissante femme, au visage jeune sous des cheveux blancs, et je la lui montrai. J'étais tombé amoureux de ce visage plus de cinq ans auparavant et je l'avais découpé dans un magazine. Une réclame pour un frigidaire. J'avais toujours cette photo avec moi. C'était la liaison la plus réussie que j'avais jamais eue avec une femme de ma vie entière.
"– Elle a l'air très belle, me dit la fille. Vous devez être drôlement heureux. Vous avez des enfants ?
– J'ai une fille, qui est mariée à un éleveur de moutons en Australie." Quand on n'a pas de fille, rien ne nous empêche de la marier à un éleveur de moutons en Australie."

Rien que cela, la seule lecture de cette 4 de couv' qui m'a décidé à choisir Romain Gary pour Masse Critique, tant cela faisait écho  au jeu de fiction/non-fiction de Dany Laferrière – Je suis un écrivain japonaisL'Énigme du retour : 

C'est que Da vit aujourd'hui
dans mes livres.
Elle est entrée la tête haute
dans la fiction.
Comme d'autres ailleurs
montent au ciel.



Le narrateur, vieil homme distingué, bien habillé, décoré de la légion d'honneur, le double de l'écrivainn-diplomate, en somme, s'arrête devant un snack-bar qui propose d'alléchants fuckburgers. Intrigué – à quoi peut donc ressembler un fuck-burger ? – il entre dans le digne établissement, tenu et fréquenté par des hippies, une rousse sentimentale qui ne porte pas de petite culotte, un chauffeur noir viré par  son patron noir en raison du politiquement correct, et d'autres spécimens d'une faune qui regardent avec des yeux ronds ce nouveau client, qui leur montre sa femme, parle de sa fille et des moutons d'Australie, remue pensivement ses souvenirs qui, peu à peu, vont donner à cet inoffensif gentleman une profondeur et des aspects plus ambigus : ancien pilote de guerre, il a tué beaucoup de gens… en-dehors de la guerre aussi ; des souvenirs d'Afrique remontent, entraîneur, mercenaire, tueur… On comprend peu à peu qu'il n'a échoué au fuck-burger que parce qu'il avait plus de 2 heures à perdre, avant un rendez-vous assez particulier : celui d'une mort commanditée à un tueur d'ici, recommandé par une ancienne maquerelle reconvertie dans une juteuse affaire érotico-New Age : il s'agit de tuer un ami, un très cher et très vieil ami, et comme il veut, pour cela, le tuer le plus proprement possible et sans douleur, il lui faut un des meilleurs tueurs  de la ville.


Comme Le Grec, il s'agit d'une ébauche de roman, ou peut-être des premiers chapitres d'un roman inachevé mais qui se clôt sur une fin parfaite pour une nouvelle, un point qui est à la fois point final, point d'interrogation, point de suspension… et demi-sourire aussi.

mercredi 22 septembre 2010

Le Grec



"Au milieu des eaux, un homme apparut, un plongeur portant à sa ceinture une bourse de cuir. Ce n'était pas un corps abandonné aux flots. C'était un homme vivant qui nageait d'une main vigoureuse, disparaissant parfois pour aller respirer à la surface et replongeant aussitôt.
Je me retournai vers le capitaine Nemo, et d'une voix émue:
" Un homme! un naufragé! m'écriai-je. Il faut le sauver à tout prix! "
Le capitaine ne me répondit pas et vint s'appuyer à la vitre.
L'homme s'était rapproché, et, la face collée au panneau, il nous regardait.
A ma profonde stupéfaction, le capitaine Nemo lui fit un signe. Le plongeur lui répondit de la main, remonta immédiatement vers la surface de la mer, et ne reparut plus.
" Ne vous inquiétez pas, me dit le capitaine. C'est Nicolas, du cap Matapan, surnommé le Pesce. Il est bien connu dans toutes les Cyclades. Un hardi plongeur! L'eau est son élément, et il y vit plus que sur terre, allant sans cesse d'une île à l'autre et jusqu'à la Crète."
Jules Verne, 20 000 lieues sous les mers

Billy est un jeune Américain et nageur de fond à l'endurance prodigieuse, dont la guerre, une blessure et puis l'alcool, les "mauvaises fréquentations" ont sabré la carrière sportive, mais pas son aptitude d'homme marin, qui après lui avoir servi  à transporter du haschich, l'amènent à "visiter" les villas de riches collectionneurs, souvent Anglais, que la dictature grecque n'inquiète guère, pas plus que les touristes qui "continuaient de venir, parce que la seule chose qui peut tenir à distance les touristes c'est la typhoïde". 

Ce nageur grec venu chercher l'or que le capitaine Nemo fournit à la Crète insurgée contre les Ottomans a-t-il inspiré Romain Gary pour le personnage de Billy, le nageur prodige, capable, lui aussi, de se déplacer d'île en île et qui finira par prêter son aide aux résistants grecs sous la dictature des Colonels ? C'est très possible. En tout cas, il semble qu'en littérature, la Grèce opprimée puisse toujours compter sur un homme-dauphin. Heureusement pour elle, car comme il est dit presque d'emblée : 

"Tous les Grecs que vous croiserez diront que ce sont eux qui ont inventé la démocratie, et c'est peut-être vrai, mais ce qui est sûr, c'est qu'ils ont perdu leur brevet."

Hormis les Grecs qui peu à peu se taisent et se courbent devant la peur, il y a les étrangers en mal d'âge d'or hellénique et d'érotisme orphique, comme le couple désopilant formé par Greta et Pete :

Greta avait une liaison avec un petit juif de Brooklyn, qui s'appelait Pete Meyerowitz, un comptable qui s'était évadé pour aller vivre dans une pension grecque, et tous les soirs, après le coucher du soleil, Greta devenait entièrement grecque et mythologique, elle était la grande déesse de la Terre, et c'était sans doute pour ça qu'elle se tapait tout le monde. La plage regorgeait de mythologie de quatre sous. Sur la plage de Karamanli, à laquelle on ne pouvait accéder que par bateau, elle galopait nue comme un ver, ses fesses et ses nichons déments secouant leur quinze kilos dans une espèce de danse païenne qu'elle associait à l'antiquité grecque, et Meyerowitz une feuille de laurier dissimulant les poils roux de son sexe, devait s'asseoir en tailleur et jouer de la flûte, le comptable le plus maigrichon qu'on ait jamais vu, avec des lunettes sur ses yeux tristes, et Billy qui s'en allait souvent à la nage jusqu'à la Karamanli, pour y dormir sur le sable, se disait que pourtant les Allemands avaient déjà fait assez de mal aux Juifs comme ça, mais alors Meyerowitz lui dit de s'occuper de ses oignons, ce n'était pas de sa faute s'il n'était pas bâti comme Billy, une espèce de dieu grec, il était quand même un adorateur païen de la vie, ça oui, et va te faire foutre, on est en démocratie.
Mais loin de toute mythologie, ou peut-être au plus près, la découverte grecque qui change la vie de Billy c'est ce corps flottant dans la mer, le poète blond qui n'a jamais rien écrit mais qui est poète parce que se battant pour la liberté qui est "le plus grand poème de tous les temps", comme le lui explique Petro, un silène grec à la barbe collée de retsina, un des rares ici à avoir le regard triste, parce que "les salauds ne sont jamais tristes".

Personne ne croit Billy quand il se dit capable de nager si loin, si longtemps. Finalement, cela l'arrange. Mais un jour Petro a envie d'y croire, et le met au défi de rallier une certaine île, fort bien gardée, et voilà le "dauphin d'or" impliqué dans un mouvement de résistance clandestin, dont les membres ont plutôt des allures – voire tout un passé – de mercenaires plutôt que de purs poètes de la liberté. C'est pourtant en souvenir de ce cadavre blond que Billy dit oui.

"Le Grec" est l'ébauche inédite d'un roman inachevé, conservée dans les Archives du Fonds Romain Gary (IMEC), écrit en anglais et traduit à partir du tapuscrit, comme le mentionne la post-face. Ce qui est frappant, c'est que ce texte interrompu se suffit à lui-même, comme "À bout de souffle", avec une fin ouverte sur l'incertitude, mais qui ne semble pas du tout tronqué et se suffit à lui-même, comme une nouvelle harmonieuse.

mardi 21 septembre 2010

Romain Gary : Un soir avec Kennedy



Paru dans la revue Arts et loisirs en 1967, soit des années après la mort de Kennedy, le récit "Un soir avec Kennedy" rapporte un dîner à la Maison-Blanche que l'écrivain diplomate Romain Gary avait eu, en compagnie de Jean Seberg, en tête-à-tête avec le couple présidentiel. D'emblée Gary nous avertit que le texte qui va suivre a été écrit d'après les notes en vrac qu'il a écrites après cette soirée, dont il a gardé l'essentiel des impressions qui avaient été les siennes. 

Même si l'aspect laudatif semble exagéré (cela dit, Kennedy étant mort quand le texte fut publié, on ne peut le qualifier de flagorneur, son auteur ne pouvant en tirer aucun avantage et semblant sincèrement ému) le récit offre une vision plus inattendue de Kennedy, tranchant avec l'image de play-boy bronzé, tombeur d'actrices au sourire éclatant. Ce qui revient le plus dans les souvenirs de Romain Gary, ce qui l'a visiblement le plus frappé, est la puissance intellectuelle de John Kennedy : "machine intellectuelle", "mécanique cérébrale", ces termes reviennent constamment. L'homme lui semble une machine à enregistrer les informations qu'il sollicite en un interrogatoire serré, sans se départir de son élégance charmeuse (Barack Obama n'est donc le que second dandy au cerveau brillant élu à la Maison-Blanche).  

Sa curiosité concernant la personnalité de Charles de Gaulle, son attention à ce que pense la France peut étonner aujourd'hui, tout comme peut étonner l'aveu même du président que la création d'un secrétariat à la culture est directement inspiré du ministère français et apparaît comme un excellent moyen de "changer l'image des États-Unis dans le monde". Romain Gary note qu'avec l'arrivée des Kennedy à la tête du pays, la culture contemporaine, l'avant-garde intellectuelle, américaine ou européenne (le nom de Godard est cité), est enfin à l'honneur, non, là encore, sans arrière-pensée politique, car il s'agit, et Kennedy l'affirme en toute franchise, de "laisser à la Russie le monopole d'un académisme artistique poussiéreux". De fait, la relative détente qui suivit la mort de Staline ne se traduisit, dans le monde des arts et de littérature, que par un élan avorté, Khrouchtchev s'étant laissé influencer par les gardiens de la ligne réaliste soviétique qui reprirent les choses en main.

La question de l'Europe et de sa méfiance envers les États-Unis, de même que le souhait de la politique américain d'une Europe dynamique, même concurrentielle pourraient être repris aujourd'hui, en ne changeant que le nom du président, tant, de ce côté-là, malgré l'effondrement du bloc communiste, les stratégies ont peu changé.

Bien qu'il semble douter que "l'admiration et la vive sympathie qu'ils m'inspirent n'apparaissent pas assez clairement dans ce texte", il faut bien reconnaître qu'il s'agit plus d'un texte hagiographique sur les Kennedy qu'un reportage froid et neutre. Ainsi, la vision idyllique, celle d'un couple de conte de fée, que lui inspirent les Kennedy peut faire sourire, maintenant qu'aucune des biographies du président ne nous laisse ignorer ses frasques extra-conjugales. 

La conclusion résonne comme une ironie du sort, ou ce qu'on aurait appelé chez les anciens Grecs, une louange "funeste", propre à s'attirer la colère des dieux :

Il est difficile  en le regardant  de ne pas se dire : "Voilà un homme né sous une heureuse étoile." Il est difficile de ne pas se dire : "La chance."

et le mot de la fin est que Kennedy était  :

Un de ces hommes providentiels à qui il ne peut rien arriver.


Le second texte du recueil est beaucoup plus captivant, et même plus jouissif car bien plus vachard. Il s'agit d'une charge presque pamphlétaire, mi-sérieuse mi-facétieuse, à l'adresse des écrivains du Sud et de leurs éternels "histoires de nègres", qu'il introduit par une interrogation très drôle :

Le temps ne serait-il pas venu pour les écrivains blancs américains de laisser enfin leurs Noirs tranquilles ? Pendant combien de temps continueront-ils encore à faire suer le burnous?
Car c'est bien de cela qu'il s'agit, pour Romain Gary : de littérature coloniale ou post-coloniale. Faulkner, McCullers, Styron, Tennessee Williams, Porter, des écrivains coloniaux ! même s'il reconnaît que cela inspire des "œuvres sublimes" et que la veine sudiste a fourni à la littérature américaine ses meilleurs romans. Mais tout de même, enchaîne narquoisement Gary, 

"Après avoir exploité pendant des générations la main d'œuvre africaine sur leurs plantations, les sudistes vont-ils continuer pendant longtemps encore à profiter de la peine de leurs Noirs pour le plus grand bien de leurs œuvres littéraires, et n'est-il pas un peu révoltant, en 1962, alors que la campagne pour l'égalité des droits triomphe partout en Amérique, de voir les jeunes écrivains blancs du Sud faire encore leur entrée dans le monde portés sur le dos de leurs nègres bien-aimés ?"

Accusés de surexploiter la fibre de la "repentance" comme on dirait aujourd'hui, le romancier français leur cite Mauriac en exemple, dont l'œuvre toute entière repose sur la culpabilité et le péché sans qu'il ait eu besoin d'avoir lynché un seul nègre (être catholique suffit à l'auto-flagellation). Le piquant est qu'on peut se demander ce qu'il penserait aujourd'hui de cette industrie de la mémoire des coupables, de la culture mémorielle, de la post-Shoah, post-génocide, post-colonialisme en Europe, puisque non content de leur envoyer Mauriac dans les gencives, l'auteur leur montre triomphalement les Allemands qui, bien qu'ayant "exterminé six millions de juifs" ne semblent pas y penser chaque matin.

Bien que compatissant au fait qu'ayant l'habitude d'être servi par une "innombrable domesticité", il lui sera dans un premier temps difficile d'arrêter de "vivre du noir" et de la "culture poétique de vos exquises blessures", Gary appelle donc le Sud littéraire à "libérer les Noirs" de ses romans. Cela ferait un peu d'air aux écrivains noirs eux-mêmes et ainsi "vous pourriez enfin trouver d'autres nègres chats à fouetter."


"Ils bouffent leur société avec appétit" paru dans Le Monde en 1977 est une explication et une apologie de la littérature américain, qualifiée de "mont Everest sans sommet", tant le nombre de romanciers de premier ordre abonde. Cette fois, ce ne sont plus les sudistes mais le roman francais qui en prend pour son grade, si on le compare avec la "vitalité" américaine et les raisons de cette vitalité :

"La raison de cette vitalité est que le romancier américain continue à se nourrir de la société américaine qu'il absorbe et évacue, alors que chez nous le romancier cherche à rompre ce rapport et émigre dans les marges où l'on ne se nourrit que de soi-même ou de vide. On proclame alors "la mort" du roman pour se justifier. La vitalité du roman américain est en symbiose avec la vitalité des États-Unis – ce n'est pas un jugement de valeur –, le roman est encore, là-bas, un genre physique.
Dans l'article suivant, il approfondit cette figure du romancier athlète avec Norman Mailer, antinomie de l'écrivain germano-pratin nombriliste (cliché du romancier français). Norman, il est vrai, n'a pas beaucoup de temps pour se regarder le nombril : 

"Romancier, journaliste, homme politique, il en est à son quatrième mariage, à son cinquième enfant. Il boit. Il boxe. Il tue." 

C'est pourtant à un Français que Romain compare son ami Mailer, mais pas un écrivain, un cinéaste : Jean-Luc Godard, car selon lui, American Dream est écrit comme Godard a filmé Pierrot le Fou. Cet éloge de la littérature américaine hérite aussi des coups de patte moqueurs dont est friand l'auteur. Ainsi le sexe, sujet de prédilection dans la littérature des deux continents, n'est pas du tout traité de la même façon aux États-Unis, où ce terme fait finalement plus référence aux performances de l'organe viril, à sa taille, qu'à la question des rapports entre les genres, ou l'érotisme à deux, ce qui amène Romain Gary à évoquer "ces gosses, dans les commodités de collège, qui comparent leurs possibilités."

De fait, cela rappelle irrésistiblement cette scène racontée par Hemingway dans Paris est une fête, où Scott Fitzgerald, que l'exquise Zelda a réussi à persuader qu'il était quasiment infirme de ce côté-là, se laisse convaincre par "Papa" de lui montrer l'objet litigieux dans les toilettes du restaurant ou de l'hôtel où ils dînent, à seule fin d'être rassuré sur sa normalité...

Pour l'écrivain français, on ne mesure pas assez "la fantastique influence de Jack London qui a été la première incarnation de ce mythe de puissance", entre boxe, alcool et sexe (encore que chez London, les fusils sont plus souvent dehors que l'organe masculin).


La Brute, l'histoire de ce champion de boxe suprêmement intelligent… Le voilà, le modèle, le mythe ! Jack qui explique tout.

Mais c'est peut-être là un portrait de l'écrivain nordiste que dresse Gary, celui des héritiers de Jack London, l'écrivain trappeur et boxeur, puisqu'il admet que les sudistes, eux, échappent à cette fascination des gants de cuir (trop occupés qu'ils sont, sans doute, à faire porter leur littérature par les esclaves de leurs anciennes plantations). 

lundi 20 septembre 2010

L'écrivain : "on s'est déjà rencontré dans les livres ?"


L'écrivain, putching-ball éternel des lecteurs sourcilleux et des journalistes maussades, comme c'est vrai !  Peut-être parce qu'il est difficile de comprendre que dans l'écriture il n'y a rien à comprendre, justement. Juste lire. Rien à dire sur l'acte d'écrire, un acte inconséquent. Du coup, l'écrivain passe pour un dissimulé, un faux-jeton.

"Un homme m'aborde dans la rue.
Vous écrivez toujours ? Parfois.
Vous avez dit que vous n'écrirez plus. C'est vrai.
Alors pourquoi écrivez-vous maintenant ?
Je ne sais pas.
Il est parti, l'air offensé.

La plupart des lecteurs 
se prennent pour des personnages de roman.
Ils considèrent leur vie comme une histoire
pleine de bruits et de fureurs
dont l'écrivain ne peut être  
que l'humble scribe."

J'ai connu – plus d'une fois, je crois – ce lecteur qui, lors d'une signature, vient me dire : "Ah, ma vie, c'est un roman, vous savez ! Il y a de quoi écrire des cahiers. Évidemment, il faudrait un écrivain pour ça…", en me regardant, avec espoir. 

Les meilleurs de mes personnages sont ceux qui se sont installés dans une histoire par effraction, ceux qui ne devaient faire que passer, et restent et se déploient et s'imposent, sans que j'ai prise sur ça. Ceux que j'ai de toutes pièces inventés.

"La machine enregistre. En fin de compte, vous n'écrivez que sur l'identité ? Je n'écris que sur moi-même. Vous l'avez déjà dit, ça. Ça n'a pas l'air d'avoir été entendu. Vous avez l'impression qu'on ne vous écoute pas ? Les gens lisent pour se chercher et non pour découvrir un autre. Paranoïaque ? On ne l'est jamais assez. Pensez-vous que vous serez un jour lu pour vous-même ? C'était ma dernière illusion avant de vous croiser. Vous me paraissez différent dans la réalité. On s'est déjà rencontrés dans un livre ? Elle ramasse son matériel avec cet air ennuyé capable de vous pourrir une journée ensoleillée."

Si on me demande pourquoi j'écris, je peux dire que je ne me sens jamais autant seule – et donc libre – que devant une feuille vierge, stylo en main. C'est donc la raison pour laquelle j'écris ? Non, bien sûr que non.

Notes prises en lisant  :


samedi 11 septembre 2010

Fin

Avançant dans ma relecture du Seigneur des Anneaux je découvre soudain l'envergure de Faramir, beaucoup plus impressionnant qu'Aragorn. Avec quelque chose de Gandalf, comme le flaire Sam, alors qu'Aragorn et Frodo sont marqués par les Elfes. Peter Jackson en a fait un personnage assez falot, gentil mais écrasé par son père et son frère, le cadet complexé. Il est beaucoup plus que cela. 

He embraced the hobbits then, after the manner of his people, stooping, and placing his hands upon their shoulders, and kissing their foreheads. 'Go with the good will of all good men !' he said.
They bowed to the ground. Then he turned and without looking back he left them and went to his two guards that stood as a little distance away. They marvelled to see with what speed these greenclad men now moved, vanishing almost in the twinkling of an eye. The forest where Faramir has stood seemed empty and drear, as if a dream had passed.

Plus que Boromir, c'est lui qui a la stature d'un steward du Gondor.

*

Je bazarde ma biblio. Je me rends compte que je fais ça tous les dix ans : À 25, 35, et maintenant 45. Je me rends compte aussi que plein de livres ne m'intéressent pas tant que ça, je les ai utilisés, et dépassés, par exemple toute cette théologie musulmane. Changer sa biblio, c'est l'auto-auto-da-fé, la mort et la renaissance du phénix, c'est faire âme neuve.

Quand j'aurai bazardé tout le superflu de ma bibliothèque, je saurai qui je suis en ce moment et, peu à peu, au fur et à mesure que des titres s'ajouteront, ce que je vais devenir ces dix prochaines années.

*

Décidé de fusionner tous mes blogs, fatiguée de cette dispersion. Envie d'un site total, qui regrouperait à la fois Amedî, Vita Nova, les photos, c'est-à-dire tout ce que je fais, lis, dit. Hésité à en ouvrir un troisième, ou bien lequel garder ? Mais j'ai pas envie de me faire incendier par le Matran d'Amadiyya, alors c'est Amedî que je garde et qui récupère tout. La fusion risque d'être un joyeux fatras, mais j'ai toujours été bordélique dans la vie, je ne vois pas pourquoi je ne le serais pas sur un site perso. 



Et ce matin, en marchant dans les rues, comme hier au soir, je me sentais libre. Moi-même, enfin. Pas d'un côté la 'kurdologue' (ce mot affreux !) et de l'autre la mystico-barrée de Vita Nova, e tpuis la photographe et puis la collectionneuse de musique. Un blog d'écrivain, comme Mabanckou, dit Mademoiselle Frog. Elle a raison, il faut toujours lorgner chez les collègues.

samedi 4 septembre 2010

Hebdomada XXII per annum

Il fait beau. Le ciel pur et sec et lumineux, comme il peut être en septembre, plus qu'en juillet, plus qu'en août.

*

Lisant Auto-Da-Fé offert par Mademoiselle Frog, je me retrouve dans cette volonté de bibliothèque nomade de milliers de volumes : 1000 bouquins à transporter dans un sac à dos, c'est mon idéal.

*

Mila Zinkova
En ce moment, j'ai soif, très soif. C'est soit un début de diabète, soit cela est à relier avec l'hexagramme 48, mutation en 5, du Yi King – Fraîcheur du PUITS, Source froide et pure. On s'en nourrit – que me rappelle le décor de VN qui fait râler Fayçal de Shgaga. J'ai soif, toujours soif. Spirituellement, je n'ai jamais eu faim. Toujours soif. La faim, c'est pour la littérature.

Dans la vie on prend toujours le mauvais chemin au bon moment. Dany Laferrière.