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Affichage des articles du septembre, 2010

À bout de souffle

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"– Vous êtes marié vous ?"Je sortis de mon portefeuille la photo d'une ravissante femme, au visage jeune sous des cheveux blancs, et je la lui montrai. J'étais tombé amoureux de ce visage plus de cinq ans auparavant et je l'avais découpé dans un magazine. Une réclame pour un frigidaire. J'avais toujours cette photo avec moi. C'était la liaison la plus réussie que j'avais jamais eue avec une femme de ma vie entière."– Elle a l'air très belle, me dit la fille. Vous devez être drôlement heureux. Vous avez des enfants ?– J'ai une fille, qui est mariée à un éleveur de moutons en Australie." Quand on n'a pas de fille, rien ne nous empêche de la marier à un éleveur de moutons en Australie."
Rien que cela, la seule lecture de cette 4 de couv' qui m'a décidé à choisir Romain Gary pour Masse Critique, tant cela faisait écho  au jeu de fiction/non-fiction de Dany Laferrière – Je suis un écrivain japonaisL'Énigme du retour

Le Grec

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"Au milieu des eaux, un homme apparut, un plongeur portant à sa ceinture une bourse de cuir. Ce n'était pas un corps abandonné aux flots. C'était un homme vivant qui nageait d'une main vigoureuse, disparaissant parfois pour aller respirer à la surface et replongeant aussitôt.Je me retournai vers le capitaine Nemo, et d'une voix émue:" Un homme! un naufragé! m'écriai-je. Il faut le sauver à tout prix! "Le capitaine ne me répondit pas et vint s'appuyer à la vitre.L'homme s'était rapproché, et, la face collée au panneau, il nous regardait.A ma profonde stupéfaction, le capitaine Nemo lui fit un signe. Le plongeur lui répondit de la main, remonta immédiatement vers la surface de la mer, et ne reparut plus." Ne vous inquiétez pas, me dit le capitaine. C'est Nicolas, du cap Matapan, surnommé le Pesce. Il est bien connu dans toutes les Cyclades. Un hardi plongeur! L'eau est son élément, et il y vit plus que sur terre, allant sans ce…

Romain Gary : Un soir avec Kennedy

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Paru dans la revue Arts et loisirs en 1967, soit des années après la mort de Kennedy, le récit "Un soir avec Kennedy" rapporte un dîner à la Maison-Blanche que l'écrivain diplomate Romain Gary avait eu, en compagnie de Jean Seberg, en tête-à-tête avec le couple présidentiel. D'emblée Gary nous avertit que le texte qui va suivre a été écrit d'après les notes en vrac qu'il a écrites après cette soirée, dont il a gardé l'essentiel des impressions qui avaient été les siennes. 
Même si l'aspect laudatif semble exagéré (cela dit, Kennedy étant mort quand le texte fut publié, on ne peut le qualifier de flagorneur, son auteur ne pouvant en tirer aucun avantage et semblant sincèrement ému) le récit offre une vision plus inattendue de Kennedy, tranchant avec l'image de play-boy bronzé, tombeur d'actrices au sourire éclatant. Ce qui revient le plus dans les souvenirs de Romain Gary, ce qui l'a visiblement le plus frappé, est la puissance intellectue…

L'écrivain : "on s'est déjà rencontré dans les livres ?"

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L'écrivain, putching-ball éternel des lecteurs sourcilleux et des journalistes maussades, comme c'est vrai !  Peut-être parce qu'il est difficile de comprendre que dans l'écriture il n'y a rien à comprendre, justement. Juste lire. Rien à dire sur l'acte d'écrire, un acte inconséquent. Du coup, l'écrivain passe pour un dissimulé, un faux-jeton.
"Un homme m'aborde dans la rue.Vous écrivez toujours ? Parfois.Vous avez dit que vous n'écrirez plus. C'est vrai.Alors pourquoi écrivez-vous maintenant ?Je ne sais pas.Il est parti, l'air offensé.
La plupart des lecteurs se prennent pour des personnages de roman.Ils considèrent leur vie comme une histoirepleine de bruits et de fureursdont l'écrivain ne peut être  que l'humble scribe."
J'ai connu – plus d'une fois, je crois – ce lecteur qui, lors d'une signature, vient me dire : "Ah, ma vie, c'est un roman, vous savez ! Il y a de quoi écrire des cahiers. Évidemm…

Fin

Avançant dans ma relecture du Seigneur des Anneaux je découvre soudain l'envergure de Faramir, beaucoup plus impressionnant qu'Aragorn. Avec quelque chose de Gandalf, comme le flaire Sam, alors qu'Aragorn et Frodo sont marqués par les Elfes. Peter Jackson en a fait un personnage assez falot, gentil mais écrasé par son père et son frère, le cadet complexé. Il est beaucoup plus que cela. 
He embraced the hobbits then, after the manner of his people, stooping, and placing his hands upon their shoulders, and kissing their foreheads. 'Go with the good will of all good men !' he said.They bowed to the ground. Then he turned and without looking back he left them and went to his two guards that stood as a little distance away. They marvelled to see with what speed these greenclad men now moved, vanishing almost in the twinkling of an eye. The forest where Faramir has stood seemed empty and drear, as if a dream had passed.
Plus que Boromir, c'est lui qui a la stature d…

In nativitate Beatæ Mariæ Virginis

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C'est drôle on dirait un extrait du Seigneur des anneaux :

Quæ est ista, quæ progréditur quasi auróra consúrgens, pulchra ut luna, elécta ut sol, terríbilis ut castrórum ácies ordináta ?Quelle est celle-ci qui apparait comme l'aurore, belle comme la lune, pure comme le soleil, mais terrible comme des bataillons?

Le nouveau naît librement

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La logique simplette qui relie la théorie à l'expérience semblait absente. Il pensait que les contradictions entre la théorie et de nouvelles expériences menaient naturellement à l'élaboration d;une nouvelle théorie, plus large que la précédente. Mais, chose étrange, il venait de se convaincre que cela ne se passait absolument pas ainsi. Le succès était venu alors qu'il n'essayait pas de relier l'expérience à la théorie, ni la théorie à l'expérience. Le nouveau était sorti, semblait-il, non pas tant de l'expérience que de la tête de Strum. C'était pour lui d'une évidence aveuglante. Le nouveau était né librement. Sa tête avait donné naissance à une théorie. La logique de cette théorie, ses déterminations n'étaient pas liées aux expériences que menait Markov au laboratoire. La théorie, semblait-il, était née librement du libre jeu de l'intelligence et c'était ce libre jeu qui avait permis de trouver une explication à toute la richesse de…

Michio Miyagi

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Hebdomada XXII per annum

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Il fait beau. Le ciel pur et sec et lumineux, comme il peut être en septembre, plus qu'en juillet, plus qu'en août.
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Lisant Auto-Da-Fé offert par Mademoiselle Frog, je me retrouve dans cette volonté de bibliothèque nomade de milliers de volumes : 1000 bouquins à transporter dans un sac à dos, c'est mon idéal.
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En ce moment, j'ai soif, très soif. C'est soit un début de diabète, soit cela est à relier avec l'hexagramme 48, mutation en 5, du Yi King – Fraîcheur du PUITS, Source froide et pure. On s'en nourrit – que me rappelle le décor de VN qui fait râler Fayçal de Shgaga. J'ai soif, toujours soif. Spirituellement, je n'ai jamais eu faim. Toujours soif. La faim, c'est pour la littérature.

La steppe

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Dans cette steppe kalmouke qui s'étend vers l'est jusqu'à l'estuaire de la Volga et les bords de la mer Caspienne, où elle se transforme en désert, la terre et le ciel se sont reflétés l'un dans l'autre depuis si longtemps qu'ils se ressemblent, comme se ressemblent mari et femme quand ils ont vécu toute leur vie ensemble. Et il est impossible de savoir si c'est le gris de l'herbe qui pousse sur le bleu incertain et délavé du ciel ou la steppe qui s'est imprégné du bleu du ciel, et il devient impossible de distinguer le ciel de la terre, ils se fondent dans une même poussière sans âge. Quand on regarde l'eau épaisse et lourde des lacs Datsa et Barmantsak, on croit voir de plaques de sel à la surface de la terre ; les plaques de sel, elles, elles imitent à s'y méprendre l'eau des lacs. Peut-être est-ce pour cette raison qu'il y a tant de mirages ? Les frontières entre l'air et la terre, entre l'eau et le sel n'existen…