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Articles

Affichage des articles du octobre, 2010

Aimer Dieu, c'est passer le pont

Je vais faire un aveu. J'écrivais récemment pour un média chrétien un article sur l'amour de Dieu. Je citais au fil de la plume une phrase de sainte Gertrude, qui m'avait semblé forte et belle : "Amour, qui non seulement éclairez mais divinisez, venez à moi dans votre puissance, venez dissoudre tout mon être. Détruite en ce qui est en moi, je ne serai qu'à vous."

Je supprimai cette phrase. Pourquoi cette prudence ? Écrivant pour des chrétiens, je craignais de blesser, de désorienter, de choquer malgré la caution de la sainte. En effet comment expliquer à des chrétiens de bonne volonté que l'amour de Dieu à la fois nous divinise et nous détruit ? Paroles incompréhensibles pour le chrétien engagé dans un amour de Dieu à la semblance humaine. Seigneur, je t'aime comme dix fois mon père ou ma mère, Seigneur, protège-moi, exauce-moi, considère mes peurs, mes désirs, aide-moi ! Et ce cri de l'ego est bien légitime. Je n'en disconviens pas. Il est …

Sergey Kalmykov : "Tu es le souverain, vis seul."

Par Iouri Dombrovski dans La Faculté de l'Inutile :

Un mois auparavant, des voisins ayant porté plainte, il avait signé ses explications à la milice : "Serge Ivanovitch Kalmykov, génie nº1 de la Terre et de la Galaxie, décorateur des ballets Abaï." En ces temps où un seul être passait pour être le génie de l'humanité, pareille audace pouvait coûter cher, marquant soit une dérision, soit une intention de concurrence. Des hypothèses de cet ordre avaient, semble-t-il, été émises en haut lieu. Les choses en restèrent là. Un personnage important, ayant croisé Kalmykov dans la rue, s'étit dit sans doute que cette tête-là ne lui rapporterait pas lourd. Il avait tort. Que le peintre fit son apparition dans la rue, et il se produisait aussitôt un brouhaha. La circulation ralentissait. Les gens s'arrêtaient. Un être insolite s'offrait à leurs regards : rouge, jaune, vert, bleu, couvert de passepoils, de franges, de rubans. "Imaginez, disait-il, qu'on nous …

Morning : excellent and fair

'This was not judgment day– only morning. Morning : excellent and fair.'

En général, je suis surtout fan des incipit. Mais il y a quelques explicit qui m'ont remuée à eux seuls autant que tout le roman qu'ils fermaient. Par exemple le 'I have had my vision', à la fin de To the Lighthouse. Et là, celui de Sophie's Choice, au débouché d'un long roman sombre et saccadé de lumière comme l'orage, comme les états d'âme de Nathan :

I had abominable dreams – which seemed to be a compendium of all the tales of Edgar Allan Poe : myself being split in twain by monstruous mechanisms, drowned in a whirling vortex of mud, being immured in stone and, most fearsomely, buried alive. All night long I had the sensation of helplessness, speechlessness, an inability to move or cry against the inexorable weight of earth as it was flung in thud-thud-thuding rhythm against my rigidly paralyzed, supine body, a living cadaver being prepared for burial in the sands of Egy…