Accéder au contenu principal

Articles

Affichage des articles du février, 2011

LIU

"Voyager est un dur labeur, lui dis-je. Le danger n'est pas excitant, c'est juste la preuve de ton incompétence." Ma Jian, Chemins de poussière rouge.
Une des phrases les plus justes sur le voyage que j'ai jamais lues. Très en phase avec les aléas de l'hexagramme 56 du yi king, LIU, le Voyageur. Le voyage ne requiert pas d'être brave, mais avisé. Se retrouver dans une situation où il faut faire preuve de courage (et plus encore, de chance), c'est avoir commis, au préalable, une erreur de jugement. C'est pour cela que le voyage est une des meilleures écoles de frousse et de modestie.

Amitabha-Mao

Une pique très bien envoyée d'un bouddhiste à un chrétien, sur ce christianisme qui porte l'horreur de la mort, en comparant la sérénité des représentations du bouddha avec le crucifié du catholicisme occidental : l'impression qu'ici, qu'on s'agenouille devant le cadavre et non le ressuscité. Je me souviens que mon premier acte de 'rébellion' avait été, à quatre ans, de déclouer un Christ en croix auquel ma mère tenait beaucoup car il lui venait de sa grand-mère. Devant m'expliquer, j'ai répondu : "Ça lui faisait mal." Mon côté Harry Potter-machine-to-save-people…
Bref, moi non plus, je n'ai jamais aimé cette adoration du cadavre en croix. Mais dans ce passage, Ma Jian montre aussi les déconvenues que tout pèlerin peut éprouver devant un lieu soi-disant sacré mais en fait 'déshabité', l'ironie devant des images pieuses si facilement ridicules (la piété frôle toujours le ridicule, d'où la méfiance du rire dans beauc…

Les indignés

En ces temps où l'on débat de la pertinence de l'indignation, je tombe sur un point de vue net et clair : indignez-vous tant que vous voulez, c'est de la daube. 
Et ce, de la part d'un écrivain qui a fait tout ce qu'il a pu pour indigner, même post-mortem, c'est finalement assez drôle. On dirait qu'il ricane au nez de ses contempteurs, passés, présents, futurs, tous des petits joueurs, rien que ça.
Souvent j'en croise, à présent, des indignés qui ramènent… C'est que des pauvres culs coincés… des petits potes, des ratés jouisseurs… C'est de la révolte d'enfifrés… c'est pas payé, c'est gratuit… Des vraies godilles… Ça vient de nulle part… du Lycée peut-être… C'est de la parlouille, c'est du vent. La vraie haine, elle vient du fond, elle vient de la jeunesse, perdue au boulot sans défense. Alors celle-là qu'on en crève. Y en aura encore si profond qu'il en restera tout de même partout. Il en jutera sur la terre assez po…

Au milieu du chemin de notre vie

Le titre reprend les premiers mots de la divine comédie, mis en exergue,

Au milieu du chemin de notre vie, je me trouvais dans une forêt obscure, car j'avais perdu la droite voie.Ah ! qu'il est dur de dire ce qu'elle était, cette forêt sauvage, âpre et rude, dont le souvenir renouvelle ma peur !Elle est si amère que la mort ne l'est guère plus ; mais pour traiter du bien que j'y trouvais, je parlerai des autres choses que j' y ai découvertes.
Le sens du titre et de cet exergue nous sont donnés, certes un peu mystérieusement, dès les premiers mots du récit :

COMMENCER ET FINIR est une chose possible n'importe où car nous n'avons pas fait un pacte avec la victoire mais avec la lutte. En 1953, Josef Jedlicka a 26 ans. Il n'est donc pas tout à fait au milieu de sa vie, puisqu'il va mourir en 1990. Peut-être avait-il malgré tout ce sentiment, qui lui permettait de regarder en arrière – sa vie d'étudiant, de jeune époux-jeune père, et les trois anné…

Mort à crédit

Perles drôles-amères piquées dans Mort à Crédit :
Dans le noir, derrière la tante, derrière son fauteuil, y avait tout ce qui est fini, y avait mon grand-père Léopold qui n'est jamais revenu des Indes, y avait la Vierge Marie, y avait Monsieur de Bergerac, Félix Faure et Lustucru et l'imparfait du subjonctif. Voilà. * Ce qui me taquinait chez eux, c'était de foutre en l'air le pot de colle, toujours en branle sur le réchaud. Un jour je me suis décidé. Mon père en apprenant ça, il a prévenu tout de suite Maman, que je l'étranglerais un jour, que c'était bien dans mes tendances. Il voyait tout ça. * Dans la journée c'était pas drôle. C'était rare que je pleure pas une bonne partie de l'après-midi. Je prenais plus de gifles que de sourires, au magasin. Je demandais pardon à propos de n'importe quoi, j'ai demandé pardon pour tout. * Une fois qu'il m'avait corrigé il restait longtemps encore derrière les barreaux, il contemplait les étoi…