samedi 25 juin 2011



Lu Hans Urs von Balthasar, La Foi du Christ. Des choses un peu plus intéressantes sur la fin, sur l'Évangile selon saint Jean, mais dans l'ensemble… Ce n'est pas ma religion. Ce n'est pas mon christianisme : je tournais souvent les pages en marmonnant qu'est-ce que je n'aime pas cette religion… Il y a, comme chez Davy, quelque chose de sinistre dans cet amour de nuit, dans ce silence de glace.Aussi gênée par cette idolâtrie du "Christ historique" et du coup, fatalement, celle de la 'sainte famille'. Car dire 'Christ est Dieu' est finalement moins idolâtre qu'en faire une perfection indépassable, et béer (bêler) devant sans envisager qu'un seuil se franchit, qu'une hauteur se rejoint.

Je crois aussi que ce qui me gêne de façon insurmontable dans la théologie, c'est l'absence puérile de relativisme, même s'il y a progrès : on est passé du 'ma voie est l'unique voie de salut' à 'il y en a d'autres, mais la mienne reste la meilleure'. Et pour finir le bouquet : Femme sous la Croix = Mère douloureuse = corédemptrice. Le catholicisme finit par être un culte voué à Marie autant, voire plus, qu'au Christ. Ça donne des envies de se faire protestants…

*

queues de langouste + pommes de terre au four, arrosées de beurre citronné au parmesan

*

'Ma vie n'est pas derrière moi 
ni avant 
ni maintenant 
Elle est dedans.' 
Prévert, Soleil de nuit.

*
Il pleut et il ne fait pas chaud. Malgré cela, j'ai les pieds nus dans des sandales, comme un capucin. Tout ça parce que, sans semelle orthopédique, je clopine, sirène marchant sur un tapis d'aiguille.

*

Films que j'ai tenté de voir plus d'une demi-heure, sans succès :

– Pollock
– Lost in translation
– Mes voisins les Yamada


*

Je lis Paul Veyne avec délectation. Chapitres très intéressants, où j'apprends beaucoup. Ainsi, sur la fameuse conjugalité monogamique et l'amour du couple chrétien, qui ne se plie, en fait, qu'au modèle romain qui s'impose à la même époque dans la société romaine. Les chrétiens ne font donc qu'imiter le couple romain de l'Antiquité tardive. Id. sur l'idée des pratiques sexuelles 'contre-nature', succédant à la réprobation des pratiques 'amollissantes'.

Pas de fête collective sans souffre-douleur, pas d'inauguration sans victime immolée. Caligula était un grand folkloriste.

Disons que ces gens-là vivaient dans la tension de l'amitié et de l'envie, alors que, depuis le christianisme, nous vivons ou croyons vivre dans cette de l'humilité et de l'orgueil.

La femme n'était pas non plus la parèdre, maîtresse de la maison ; c'était une mineure que le mari gouvernait comme il gouvernait ses clients et ses affranchis. Cependant, il la respecte et la bat peu, sauf exceptionnellement, et, en ce cas, d'un coup de pied dans le ventre, pour injurier l'animal reproducteur, et non comme plâtre, à la façon d'un enfant qu'on corriger paternellement ; cela, ce sera la façon de battre des chrétiens.
Paul Veyne, La Société romaine.


*

Toutes les fois que mes pas se découragent, que je suis tentée de piquer ma crise, puérile et enragée, je pense à Shudjâ' ou à Sybille. Leur chemin, leur 'présence', leur 'existence' me donnent un courage que je n'ai pas. Je n'ai rien donné à mes personnages, c'est l'inverse : je leur dois tout.


*

Une écharde de 1 cm fichée sous l'ongle du majeur droit. Comme si j'avais fait un doigt d'honneur au monde et que l'on m'en punissait…


jeudi 23 juin 2011

Plebs Media



Dans son introduction à La Société romaine, qui est une étude sur la "classe moyenne" et notamment ses sources de revenus, Paul Veyne prend en exemple son illustre homonyme (voire saint patron) :

Saint Paul, à Tarsem n'était pas un humble tisserand : ce citoyen romain était un industriel.

et il cite, en bas de page, W. A. Meeks, (The First Urban Christians, 1983, Yale) :

"Paul se prévaut, dans sa Première Épître aux Corinthiens, 4, 12, de gagner sa vie de ses propres mains ; c'est révélateur : un pauvre n'aurait pas pensé que travailler de ses mains méritât une remarque spéciale. Paul avait été formé pour être propriétaire ou manager."

De même son entourage :

Dans la lointaine colonie latine de Corinthe, saint Paul vit dans un entourage tantôt populaire, tantôt plus bourgeois ; une moitié environ des personnages que ses épîtres nous font connaître appartiennent à la classe moyenne : ils possèdent une maison, ils voyagent,  ils occupent un office à la synagogue."

De ce fait, quand on lit ce qu'il donne comme définition très large de pauper (qui peut tout aussi bien vouloir dire classe moyenne, petite bourgeoisie), on peut supposer que le christianisme, loin d'être la religion des miséreux et des esclaves, a d'abord été une religion de la plèbe moyenne (plebs media).

Il mentionne aussi la "riche tunique" que portait le Christ lors de sa crucifixion, "sans couture". Habit de fête peut-être (c'était Pâques après tout) ou bien 'allégorie' qui collait au psaume 22 ; et puis, il avait des relations dans de bonnes maisons, on peut supposer que de riches adeptes se chargeaient de l'habiller.

Mais que ce soit pour Pierre et son frère (dont le père semble posséder sa barque) ou le métier de charpentier de Jésus, si l'on soumet cette imagerie de "classe populaire et laborieuse" à celle de la plebs media, s'agissaient-ils de modestes artisans ou ouvriers ou bien de petits patrons, à la tête de leur entreprise ? Je ne connais pas bien la société juive au temps de l'occupation romaine, mais les qualificatifs de 'foule ignorante', ou de 'gens du peuple', ou de 'pauvres' , etc., dans la société gréco-romaine, ne voulaient pas forcément dire qu'il s'agissait de 'miséreux'. Le christianisme, religion de la middle-class? Ce qui est aussi frappant, c'est la culture 'hédoniste' de cette plebs media : carpe diem, jouis des plaisirs de la vie et de tes biens tant que tu le peux encore, la mort te privera de tout. Rien n'est plus opposé à cela que le christianisme, et c'est pourtant ce milieu qu'il va pénétrer. 

samedi 18 juin 2011



Rêvassant à je ne sais quoi, l'idée me frappe subitement que les Tétraques sont les sosies de la reine rouge dans Alice, dessinées par Tenniel (mais la couronne de la reine rouge est plus sophistiquée.



Du coup je cherche d'autres alliances dans ce jeu des airs de famille : les hippopotames bleus égyptiens (Moyen-Empire) qui sont cousins des gibis roses ou jaunes, le chapeau en moins.

Mais le pompon, c'est la terrfiante jupe de Thérèse dans Auto-da-fé (Elias Canetti) : c'est incontestablement celle de la reine Napir-Asu, femme d'Untash Napirisha.

*


Chaque jour est un trésor… ne le comparez pas avec la perle brillante du dragon. Une perle de dragon, ça se trouve. Mais cette journée, même en cent ans, ne peut être reprise une fois qu'elle est perdue.
Maître Dogen, bonze zen (1200-1253)

Ce n'est pas tellement pour ce que ça dit que j'aime ce conseil. Je n'ai jamais été sensible au caractère irréversible des jours, la semelfactivité, l'irréversible et la nostalgie qui obsédaient Jankélévitch. Une journée de merde est une journée de merde et demain est un autre jour, ouf. Mais c'est le : "une perle de dragon, ça se trouve", qui m'enchante. 

*

Vu Me and you and everyone you know. Bien aimé et regardé d'une traite (regarder d'une traite un film est un exploit pour moi). Et aussi Mon petit doigt m'a dit, qui est mignon.

Le wallpaper du mois : 'Stick em' with the pointy end!' La classe.



dimanche 12 juin 2011


Re-regardé In the Heat of the Night. C'est surtout que j'en pince pour Sidney Poitiers, la classe intégrale, l'expression beau comme un dieu lui va bien. Par contre, pas supporté 20 mn de Kundun, terriblement soporifique d'emblée. Bizarre que ce genre de film me lasse alors que j'aime, par exemple, la trilogie des Qatsi, que je viens de découvrir. Je crois que pour moi, le cinéma doit être un loisir contemplatif qui ne me saoule pas avec une histoire qui ne va jamais assez vite par rapport à la lecture. Ou alors l'histoire doit raconter sous un autre angle, de façon ludique, celle d'un livre que je connais par cœur : Le Temps retrouvé, le Seigneur des anneaux, La Mort à Venise, je ne sais…

*

Commandé des Birkenstock : toujours eu un faible pour les sandales de moine, ou de montagnard.

*

Les bibliothécaires reçoivent toujours des choses curieuses. Là, une carte postale représentant une miniature du musée Guimet, postée de Detroit par un spécialiste des Roms et un haut membre de l'association des roms, sinti, manouches etc. (ils ont l'air d'avoir autant de problèmes à se nommer que les Assyro Chaldéens Syriaques sans - et sans , )… 

Dans le casier, il y a aussi une grosse enveloppe, postée de Colorado City, avec, dessus, cet avertissement sinistre tamponné en grosses majuscules : RELIGIOUS MATERIALS ENCLOSED- Fundamentalist Church of Jesus Christ of Latter-Day Saints. Au moins, ils ne prennent pas en traître, les pseudo-Mormons. Dedans, trois brochures bavardes sur les avertissements du Lord Jesus aux nations, aux États-Unis, au Canada, le tout plus épais que le Nouveau Testament.

vendredi 10 juin 2011

La rumeur du silence


L'"heureux silence de l'extase" opposé au silence des monastères, au silence de règle, silence vertueux du recueillement, qui n'est peut-être qu'"insonorisation" et non vrai silence, … car "c'est en plein tintamarre qu'il faut prêter l'oreille au chuchotement imperceptible de Dieu".

En plus d'avoir perdu sa qualité de 'foi des pauvres gens et des opprimés', avec sa prise de pouvoir romaine, l'église de Rome perd alors son silence, en sortant de la clandestinité… et aussi, qui sait, peut-être ce même silence du Christ devant Pilate, "qu'est-ce que la vérité ?", devant  Hérode et devant ses juges, "ce que j'ai dit je l'ai dit". Le silence tout simple, pas le silence sacré comme "dans la chambre du mort". Il y a le silence de celui qui se tait parce qu'on le fait taire ; il y a celui du "renoncement", l'effort d'humilité et d'abaissement de la voix, parce que l'on fuit le bruit, mais choisir de se taire n'est pas le silence de celui que l'on fait taire.


…Je me trouvais un jour dans une synagogue de Safed, en Israël, avec d'autres voyageurs ; visiteurs discrets et plus ou moins christianisés, nous marchions sur la pointe des pieds pour ne pas troubler la méditation de quelques sages à la barbe blanche qui se trouvaient là, enfoncés dans leur livre. Le guide, comprenant que nous nous croyions à Notre-Dame de Paris, nous dit à peu près ceci : Vous pouvez parler, rire, chanter, ils ne vous entendent pas, ils ne vous voient pas, vous n'existez pas pour eux ! Ils sont absents, et vous êtes absents pour ces absents… Nous avions affaire à un silence qui ne pouvait pas être entamé par le vain bruit des paroles, à un silence plus fort que le bruit. Les règles du silence sont inséparables de la mystique chrétienne : mais pour les juifs la synagogue est un lieu de réunion où le silence est sans doute le secret de chacun. Au recueillement chrétien (et platonicien) peut-être nous sera-t-il permis d'opposer l'extase juive. Le recueillement, pour approfondir, fait taire le vacarme des paroles et des moteurs. Mais l'extase s'abstrait d'elle-même, par son propre pouvoir, du tumulte qui l'assiège, et le réduit à l'état d'insignifiance complète. Le vacarme est nihilisé, il n'existe plus ! Le silence de l'âme n'a pas besoin d'imposer le silence à ses voisins bruyants, à leurs machines parlantes, à leurs accordéons, à leurs vociférations…Heureux silence ! Spontanément cette âme irradie cette zone isolante autour d'elle. C'est en plein tintamarre qu'il faut prêter l'oreille au chuchotement imperceptible de Dieu. Ainsi Darius Milhaud, dit-on composait sa musique au milieu du vacarme de la foire de Montmartre, comme s'il était sourd au bruit assourdissant… De même qu'une attention passionnée au travail créateur peut anesthésier l'homme gêné par la souffrance, de même cette attention peut a fortiori rendre inutile l'insonorisation ! La religion pour les juifs est-elle même un silence : sa clandestinité fut d'abord un effet de la prudence puisqu'il a fallu la cacher ou la faire passer pour autre qu'elle n'est. Dans le christianisme, tout à l'inverse, la religion s'étale au grand jour ; l'Église romaine surtout, étant l'Église de la bonne conscience et de la belle assurance, est vouée à la célébration d'un Christ glorieux ; elle déroule sans complexes les pompes de l'apparence et d'une liturgie fastueuse. Car l'élan vers le suprasensible passe par le chemin de l'apparence sensible. La cathédrale de gloire domine toute la ville, et ses flèches s'élance vers le ciel. Mais dans le for intime du sanctuaire se cache la présence divine. Les mille flammes des cierges se sont éteintes, les mille voix des chœurs se sont tues. Les splendeurs qui tout à l'heure illuminaient le sanctuaire laissent dans l'ombre le sanctuaire de ce sanctuaire. Ici l'ascèse du silence chrétien prend tout son sens mystique. Quand il pénètre dans ce mystère, dans cette pénombre, l'homme baisse la voix, comme il baisse la voix comme il entre dans la chambre du mort. Deh ! parla basso ! Et pourtant sa voix ne dérangerait pas le mort…
(…)
Le repliement dans le silence exprime une exigence de pure spiritualité, un effort vers l'humilité et le renoncement. Cette exigence et cet effort sont particulièrement caractéristiques de l'esprit de la Réforme. Les juifs ne ressentent pas l'exigence ascétique et cathartique de la même façon puisqu'ils ont été en quelque sorte condamnés au silence par leur destin immémorial ; ils n'ont pas eu à se réfugier dans le silence, ils ont toujours été les juifs du silence…

Vladimir Jankélévitch, Béatrice Berlowitz, Quelque part dans l'inachevé, XXI, "La rumeur du silence".

mardi 7 juin 2011

Des adhésifs dans le monde moderne



 Des Adhésifs dans le monde moderne, Marina Lewycka

Dans ce roman-comédie, auquel la multiplication des personnages et des intrigues parallèles – mais, au fond, quelle est l’intrigue principale ? – donne un air de soap-opera, il y a quelques personnages ou fils conducteurs, souvent olfactifs : le premier est, sans aucun doute, Wonder Boy, un « malabar avec une tête affreuse et trois pattes noires », puant, violent, et obsédé sexuel, qui pisse à peu près partout et d’abord sur les pieds de la narratrice, ce qui ouvre l’intrigue ; il y a aussi, d’une puissance olfactive encore plus efficace, Canaan House, la maison de Mrs Shapiro, « quelque part entre le quartier de Stoke Newington et celui de Highbury », qui, en plus de loger son habitante humaine, sert d’asile de nuit comme de jour à Wonderboy sus-mentionnée, aux victimes félines de ses pulsions sexuelles et aussi quelques autres mâles congénères de même espèce, sept en tout ; comme Mrs Shapiro, en plus de collectionner les chats, ramasse tout ce qui peut se trouver dans les poubelles et dans les rayons produits périmés des supermarchés, avec un faible pour le poisson avarié, autant dire que la géniale bâtisse en ruines, avec ses « bow-windows victoriens », son « porche roman orné de colonnes torsadées soutenant de petites arches rondes », ses « exubérantes cheminées Tudor et une hallucinante tourelle digne de Dracula, dont un des côtés était agrémenté de fenêtres gothiques », en plus d’être ce que les agences immobilières appellent ‘demeure de caractère’, est un concentré de puanteurs décrit avec une telle fascination et esprit d’analyse par Georgie, la narratrice, que le lecteur, tout le long de l’histoire, en a plein les narines. Le souper aux poissons variés (et avariés) arrosé de vin blanc a de quoi vous dégoûter du cabillaud pendant 6 mois et est un grand morceau d’anthologie gastronomique…

L’autre fil conducteur – ou faudrait-il dire adhésif – de l’histoire sont les adhésifs, justement, toutes sortes d’adhésifs et de colles, réels ou symboliques, d’où le titre : ce qui colle et ce qui se décolle, ce qui prend et ce qui lâche, ce qui se ressoude ou non : les mariages, les liaisons extra-conjugales, les gouttières en fonte, les lavabos, les porte-brosses à dents…

Georgie Sinclair, épouse aimante de Rip Sinclair, mère de deux adolescents, Ben et Stella, un matin comme un autre, après une scène de ménage au sujet d’un porte-brosse à dents à fixer au mur de la salle-de-bain, se retrouve plaquée par son mari qui, vexé, part vivre non chez sa mère, mais chez son meilleur pote, lequel a une femme aussi, qui, bref… entre fureurs et adultères plus ou moins entrelacés, ce sont quelques mois initiatiques que l’on pourrait intituler « mes six mois de divorce en cours », entre larmes, intoxication alimentaire et dépravation sexuelle à l’aide de menottes-sparadrap (toujours les adhésifs …). Plus quelques flash back arrosés de larmes sur le début et la fin d’un mariage entre une fille de mineurs du Yorkshire laminés par l’ère thatchérienne et le fils d’une famille aussi cultivée que fortunée, et la constation rancunière et lacrymale que divorcerd’un salaud infame dont on est encore fort éprise et que l’on désire toujours, même, après 20 ans est une entreprise ardue.

L’autre intrigue est celle de Canaan House, aux relents de poisson et de pisse de chat. Mrs Shapiro, dont l’âge paraît mystérieusement osciller entre 90 et 70 ans, échappe tant qu ‘elle peut aux services sociaux et aux agences immobilières véreuses, attirées comme des requins assoiffés de sang par cette maison quasi à l’abandon et hors de prix et sans titre de propriété à opposer pour en défendre les murs … Georgie – qui, à part divorcer et taper des articles sur les polymères pour le journal Adhésifs dans le monde moderne, et se faire du souci pour son fils obsédé par l’Armageddon, n’a que ça à faire –, se lance dans une enquête de détective pour contrer les agents véreux Wolfe & Diabello (ce qui n’empêche pas certains ébats torrides avec le second), pour brouiller le flair des services sociaux concernant autant les remugles du logis de Mrs Shapiro que les zones d’ombres de son passé – qui est vraiment Mrs Shapiro ou plutôt qui est la vraie Mrs Shapiro, qui son mari Artem a-t-il aimée avant-guerre, qui a-t-il épousée à Londres et de qui est son fils, Chaim ?

Comme souvent dans les romans humoristiques britanniques, l’histoire est heureusement agrémentée par une foule de personnages loufoques et bien campés : Mark Diabello, l’agent immobilier à la jaguar noire, « à la voix sirupeuse et aux yeux mouchetés d’éclats noirs et or », Cindy Baddiel, l’assistance sociale compatissante, experte en relaxation, rose et rebondie comme un marshmallo ; Ralph et son père, Tatie ; des personnages aussi émouvants, tous porteurs d’un morceau d’Histoire en plus de la leur : les parents de Georgie, dont la vie résume la gloire et la fin des mines du Yorkshire ; Mr. Ali, le bricoleur palestinien, flanqué de ses deux neveux, les inénarrables Incapables, qui amènent dans leur caisse à outils toute la tragédie palestinienne en deux générations, afin de réparer une maison dont l’énigme se situe autant en Biélorussie juive que dans le Danemark occupé, et finalement dans les grandes heures du sionisme et des pionniers de 1948.

Il n’y a pas beaucoup de véritables méchants – même Wonder Boy a ses quart d’heure de tendresse et d’offrande de souris mortes, comme on le voit à la fin –, dans un happy-end, certes un peu surfait, emprunté au cinéma, où tout le monde a droit à son petit quart d’heure de conclusion et à la perspective d’une vie de couple heureuse.

« Des adhésifs dans le monde moderne » est un roman avec quelques ficelles narratives un peu convenues mais éprouvées et qui ont déjà fait recette dans ce genre de littérature, efficaces, et soutenues par toute une galerie de personnages attachants et drôles. Une histoire qui se lit d’une traite (on a envie de savoir à QUI appartient cette maison, finalement) et fait passer un bon moment.

dimanche 5 juin 2011


Vu Entre les murs, très bonne surprise, ce film dont j'avais lu tant de mal (démagogie djeun's, saccage de notre belle langue, larmes sur l'école républicaine, gna gna gna). En fait, drôle et attachant.

*

Terminé de lire M-M. Davy sur l'homme intérieur, la connaissance de soi. En fait, une compilation de toutes les écoles et spiritualités qui ont traité de ça, rien de neuf. Parfois un ton très didactique, l'homme de lumière doit faire, l'être ailé est ainsi et n'est pas ainsi… très coaching spirituel, "toutes les recettes pour devenir un éveillé", un peu comique. Mais, souvent, ce désert-là donne l'impression d'être aussi une nuit froide, glacée, quelque chose qui, finalement, ne donne pas envie.
*

L'Être et l'essence de Gilson, ça, pas de surprise, bonne lecture, comme Jambet, pas de surprise non plus, mais je connais tout cela. D'où l'envie d'explorer ailleurs. Mais il est vrai que j'aime autant l'ontologie que l'angélologie, ce qui n'est pas rien.

*

Écouté Tobie Nathan et sa théorie des rêves 'brouillon de nos lendemain' ; les rêves, finalement, c'est comme le yi king. Collecté des phrases très drôles à isoler, qui sonnent juste ou qui font rêver : "Quand on dit 'c'est symbolique', ça veut dire qu'on n'a rien compris" ; "les reptiles ne rêvent pas, sauf le crocodile, un peu" ; "les chats sont supérieurs à l'homme, car ils rêvent plus. Et je ne vous parle pas du lion, qui dort beaucoup !" ; "moins on naît fini, plus on rêve".

Conclusion : Nous tendons tous au même, comme les termites. Le rêve me reprogramme dans mon unité spécifique : mon destin.

*

Lu sur la toile un extrait très drôle du Journal de Julien Green :

"Je recopie un texte paru dans la semaine religieuse de Lille, le 4 juin [1976] dernier. Il donne une assez bonne idée du jargon prétendu religieux qu'on entend aujourd'hui. "Jésus leur dit : "Qui pensez-vous que je suis?". Ils lui répondirent : "Tu es la manifestation eschatologique du fondement de notre être, le kérygme par lequel nous trouvons le sens ultime de nos relations interpersonnelles". Et Jésus leur dit "Quoi?""
(Journal, 8 juin 1976)

Dans la vie on prend toujours le mauvais chemin au bon moment. Dany Laferrière.