samedi 30 juillet 2011


Maintenant le Livre noir de Pamuk m'ennuie. J'avais pourtant bien aimé ce livre, lu à Istanbul,  dans le même temps glacé et pluvieux que l'histoire. Jusque-là, c'était mon préféré de lui. Je me demande si La Vie nouvelle, que j'avais bien aimé aussi, me ferait le même effet.

Par contre, relisant le Proslogion d'Aselme, qui est un petit livre charmant et poétique, cela m'enchante, alors que la première lecture ne m'avait pas fait tant d'effet que ça. Je dois avancer en ontologie. C'est tout simplement délicieux à lire. 

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Café au gingembre. Aussi bon qu'à la cardamome. Peut-être meilleur.

Tagliatelles à l'encre de seiche, sauce tomate basilic, pétoncles et noix de saint-jacques, vin blanc, crème fraîche, gingembre.

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La clarinette dans Gnarly Buttons III, Put your loving arms around me. Un envoûtement. Et j'ai aimé ça, aussi :





Beijing Coma, très bon, un sacré roman. En même temps, ces récits d'une telle férocité sur la Révolution culturelle me font dire qu'on n'éprouve jamais assez d'amour envers ceux que l'on aime, en contre-partie, non pas pour gaver l'autre d'un trop-plein, t'aimer 'ras la gueule', jusqu'à t'étouffer, mais pour contrebalancer toute la haine du monde. 

'Les matins argentés sont toujours pleins de nouvelles résolutions' 
'Plus les gens disent que quelque chose n'existe pas, plus j'ai envie de partir à sa recherche.'

Naturellement, cela m'a donné envie de lire le Livre des monts et des mers. Traduction française épuisée, introuvable, disponible en anglais chez Penguin.

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Je poursuis l'araméen et je me rends compte à quel point la traduction du Notre Père en français est nase. Malkutha, c'est 'Royaume' et non 'Règne'. Je ne sais pas mais, pour moi, c'est différent, la règle, le lieu. Reçu les deux grammaires en anglais, pas simples comme des Assimil, mais déjà plus lisibles et pédagogiques.

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'Stupidity, however, is not necessarily a inherent trait.'
De tous les personnages de Twin Peaks, Albert Rosenfield est mon idole. Je t'aime, Albert. En même temps, discuté très sérieusement sur la possibilité que Sansa Stark n'aille pas finir quand même avec Willas Tyrell, à la toute fin des fins. Le Limier, c'est trop beau pour cette greluche ; il mérite mieux.

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Une fois par jour, écouteur aux oreilles, méditation, écoute et lecture d'une cantate de Bach. C'est ma lectio divina. L'heure peut varier dans l'après-midi, mais ce qui ne varie jamais, c'est que c'est aussi l'heure du Cornichon (ou Cornichonne), venu avec ses questions de Cornichon et ses besoins de Cornichon. Ou bien c'est le moment où Collègue vient tailler une bavette. Toujours. Des irruptions tranchant sur des heures de paisible et studieuse solitude. L'effet 'pause Bach' est fascinant sur les emmerdeurs..

Tournedos déglacé à la crème et à la moutarde aux figues et romarin, pommes de terre sautées.

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Essayé les enfants d'Aragog (c.a.d. la valériane reçue d'Iran) bouillis dans l'eau. Goût pharmaceutique et effet somniférique indéniable, non placebo, parce que je ne pensais pas du tout que ça ferait plus d'effet qu'une verveine ; mais soudain, j'ai senti un engourdissement électrique, comme une ivresse froide. Me suis couchée à 22 h, réveillée à 1 h, et bizarrement, assez réveillée. Rendormie jusqu'à 5 h, puis re-rendormie. Du coup, je ne sais si ça a des effets somnolence ou réveil.

samedi 23 juillet 2011


Apprendre un nouvel alphabet, c'est revenir en enfance. c'est comme écrire de la main gauche ; c'est lire de la main gauche, sourcils froncés, butant de syllabe en syllabe, tendue d'effort. Grâce aux leçons d'hébreu en ligne, je peux mieux avancer sur ma grammaire à la graphie pourrie d'araméen biblique. C'est toujours amusant de comprendre soudain une écriture, c'est comme déchiffrer un code secret.

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Toutes les fois qu'un désir nous semble trop beau pour être vrai, c'est peut-être là notre destinée. Il n'y a pas d'autre cheval à monter.

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Recherche google très affirmative qui atterrit sur mon blog : Lucien Jerphagnon est juif. Pis que ça, Madame, parpaillot.



Soupe aux trois poivrons, tomates, thym, curry, cumin, paprika, piment.

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Comme la plupart des sonates romantiques pour piano, celles de Beethoven vont très bien avec la pluie et non avec le clair de lune.

Cela faisait une centaine fois que j'avais dû passer devant, rue du faubourg-poissonnière, sans la remarquer et, surtout, sans la lire :



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Selon Lamarck, les oiseaux ne volent pas parce qu'ils ont des ailes ; ils ont des ailes parce qu'ils désiraient voler.

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Dans un colis de la valériane séchée (somolatib) qui ressemble à un nid d'enfants d'Aragog, du lavaşak et 7 pierres magiques, le tout embaumant le gingembre acheté à un boutiquier indien de Dubaï : "très bon zandjabil, Mister", dont la police anti-drogue a sûrement ouvert le sachet d'un coup de lame mais sans le refermer ensuite, sagouins. Du coup, en ouvrant, tout poudré autour de moi, mais c'est délicieux.


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Le terroriste d'Oslo serait un 'fondamentaliste chrétien'. J'espère qu'on aura le droit à plein d'analyses de doctes experts sur l'incompatiblité du christianisme et de la démocratie, la violence 'intrinsèque' de la Bible, etc, etc. Mais on aura probablement droit à 'oui, mais c'est quand même la faute aux musulmans parce que …'

samedi 16 juillet 2011


Relisant Jankélévitch, je tombe sur ce passage, à propos du temps passé entre l'innocence innée et celle retrouvée. Ce n'est pas tant pour la nécessité du repentir que ce passage me frappe soudain, mais cette frustration exaspéré devant un sucre qui fond si lentement, l'attente stérile et négative, comme c'est bien moi ! C'est moi dans tous mes rapports au temps. Ainsi je ne fais pas la différence entre le temps fécond qui mûrit, enracine et assure, et celle d'un train qui tarde. Ou plutôt, rien que cette idée de 'mûrissement', de 'patience' me met hors de moi. Je sais bien, parce que tout le monde le dit et le répète, que c'est la règle naturelle, la germination, l'enracinement, etc. En même temps, cela me met hors de moi et je me tourne vers le Créateur, furieuse : "Ne pouvais-tu pas faire le monde autre ? Un monde sans attente ? Où tout arrive plus vite à mesure qu'on le désire vraiment et puissamment ?". L'attente, le délai, comme une inutile brimade et, plus encore, quelque chose qui, moi, m'angoisse et me panique, comme d'autres vivent mal la distance, l'éloignement spatial.

Dire oui à la 'durée laborieuse', si ingrate, non, le temps n'est pas un sucre qui fond trop lentement.

"…car le temps est cet événement invisible, négligeable, mais radicalement différentiel que j'ai appelé tour à tour Repentir, Douleur, Courage, Mérite, Tentation. Au lieu de l'identification féconde on n'a plus alors que l'identité en surface : au lieu du mûrissement et de l'histoire, l'attente vide et négative ; le détour qu'on devrait économiser : comme par exemple d'attendre que les heures se passent, que le train arrive, que le sucre fonde. Ennuyeuse durée qu'il s'agit de tuer en la dormant ou, par la vitesse et la surenchère des records, de rendre toujours plus courte ! Si le temps n'est que cela, vive le passager au boulet d'Einstein, et la fusée stratosphérique. Mais si l'allure importe, et non la forme, cela ne revient plus au même de s'être soumis ou dérobé au stage de l'histoire. Invisible, la diaphora temporelle ne l'est pas tant que vous croyez ; quoique personne ne porte inscrit au bout de son nez qu'il séjourna, et combien de semaines, au purgatoire de la médiation, comme quelqu'un qui a fait ses périodes ou son temps de service militaire, il ne sera pas indifférent quelque jour d'avoir éludé cette anabase du repentir où l'on ne voulait voir qu'une corvée gratuite. C'est la promesse qui nous est faite avec le commandement de travailler. Le temps, pour n'être pas lisible, comme une signature, dans la morphologie actuelle de la personne, développera plus tard et peu à peu (c'est-à-dire encore dans le temps) des répercussions étendues, profondes, matérielles. Cela ne se voit pas, mais vous l'éprouverez quand même. En particulier, ce qui est fondé sur le temps résiste lui-même au temps, comme ayant puisé dans la durée laborieuse à laquelle il disait oui de quoi durer à son tour ; la pérennité récompense une évolution continue et graduelle dont pas une phase n'a été escamotée, pas une station brûlée. Et au contraire ce qui a grandi trop vite périra vite ; bâclé et précaire, récent et labile sont des corrélatifs, et la loi de régression ne signifie pas autre chose, comme presque chaque jour le vérifient tout ce clinquant, tout ce faux luxe dont nos techniques industrielles sont si prodigues. La pudeur qui décourage les galants trop pressés pour éprouver s'ils resteront fidèles et jauger la profondeur de leur sincérité, la pudeur qui est, dans l'opération amoureuse, le ralentisseur par excellence, représente donc bien le traitement préventif des malentendus : elle est, chez les femmes, le sentiment mis en état d'auto-défense et freinant la boulimie voluptueuse des mâles peu soucieux d'avenir et de foyer. Il nous dit, ce farouche regard : je veux savoir si vous m'aimerez laide et revêche pour vérifier que c'est moi qui suis aimée et non point la forme de mon arcade sourcilière ou ce grain de beauté sur la gorge. Le Pausanias du Banquet savait déjà cela : la longueur de temps est l'épreuve qui permet à tous les aspects d'une passion de se développer successivement, à tous les possibles de s'actualiser en détail, à l'authentique et au solide de se différencier du pseudo et simili sans équivoque ; s'il y a des coins d'ombre propices aux malentendus, il faudra bien qu'à un moment ou un autre le devenir projette sur eux la lumière. Le circuit du temps doit cesser d'apparaître comme un retard de gaieté de cœur accepté et qui se pouvait éviter sans grand dommage. La santé restaurée, par exemple, n'est pas la santé tout court, ni le pur et simple rétablissement du statu quo, comme lorsqu'il s'agit de défaire ce qui a été fait – défaire la guerre par la paix, le mariage par le divorce, etc… Et encore qui peut dire : telle épreuve fut inutile ? Il faut mériter sa santé, et c'est "le bon usage des maladies" qui nous l'enseigne. À blancheur égale, un esprit perspicace distinguera aisément la pureté incolore et la pureté purifiée ; pour un niveau donné de vertus, il se demande non pas ce qui est réalisé de sainteté en acte, mais ce qu'un tel état représente de chemin parcouru, ce qu'il a coûté de sacrifice et de renoncements. La justice proportionnelle ou, mieux encore, l'équité sont construites pour apprécier cette nature dynamique, relative, dialectique qui a nom Mérite. Surtout il y a un symptôme spontané et tout interne que la vérité non vérifiée, la pureté non purifiée, l'affirmation non confirmée n'imiteront jamais. Ce symptôme s'appelle la joie."
V. Jankélévitch : Du mensonge, 2, le Malentendu.
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rôti de magrets de canard, fourrés à la moutarde figue et romarin + branche de thym.

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Lecture de L'Univers chiffonné de Jean-Pierre Luminet. Dès les premières explications de ce que cela veut dire, un monde plus petit qu'on ne croit mais pour nous agrandi car se présentant comme une chambre pleine de miroirs, la parenté de l'image avec celle d'Ibn Arabî ou Haydar Amolî est amusante. Il est vrai qu'Ibn Arabî parlait des théophanies et que pour la plupart des religions, confondre Dieu et le monde est une abomination, mais comme le cheikh Muhi ed-Dîn était plutôt moniste, une telle découverte l'eût enchantée. Il est vrai aussi que pour Ibn Arabî comme pour Haydar Amolî, il y a un centre qui se reflète en tout et en qui tout se reflète, et non pas une multiplicité d'image reflétées.

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Django Reinhardt et, par la fenêtre du train, la pluie.

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Synesthésie. C'est très tard que j'ai appris, avec un grand étonnement que ce n'est pas le cas de tout le monde : les lettres, les mots, les chiffres ont une couleur ; de même les jours, les heures, les mois ; les noms. Mon nom est rouge et gris sombre. 3 heures de l'après-midi, c'est vert et ocre ; 5 heures, c'est doré et blanc, mais dix-sept heures, peut-être parce que le 7 est bleu, c'est bleu électrique et or.

Quand j'étais au collège, nous avions, comme tout le monde, un emploi du temps, avec des cases à emplir, que nous colorions. Ce ne fut jamais arbitraire, comme peut-être, les autres : le lundi ne pouvait être que rouge clair, le mardi bleu et sombre, le mercredi rose et blanc, le jeudi tout blanc, le vendredi rouge sombre et le samedi bleu électrique. Si j'avais voulu tout colorier, cela aurait été compliqué car les heures ont une couleur, mais aussi les matières : les maths sont bleu sombre, le français rouge, l'histoire jaune, la géographie verte, l'anglais bleu clair, l'allemand brun sombre et vert sombre, etc.

Je pense que ces visions colorées étaient plus puissantes dans l'enfance. Les couleurs des mots que je connaissais alors n'ont pas changé, rien ne change dans les couleurs, jamais, mais je ne suis pas certaine que les mots nouveaux, appris bien plus tard, ont la même force colorée qu'alors, il y a plus de gris, de blanc, de sombre (il est vrai que je donnais aussi une 'personnalité' aux lettres et aux mots, et que j'étais capable de jouer avec eux mentalement des heures durant, comme si c'était des playmobils ; cela m'est quand même passé, aussi).

Mais je me souviens de ma stupéfaction quand j'ai appris que ce que je croyais naturel n'était qu'une anomalie. Et en même temps, cela me semble épouvantable à moi, un monde où les mots sont incolores, aussi difficile à imaginer que me mettre à la place d'un aveugle de naissance.

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Still Walking. Film magnifique, tellement doux et beau, et délicat, cette sensibilité fine et cruelle, comme une aiguille à broder. 


jeudi 14 juillet 2011

ce qu'il y a de plus mystérieux, ce n'est pas la nuit profonde, c'est le grand jour à midi


"On dit par exemple que ce qu'il y a de plus mystérieux, ce n'est pas la nuit profonde, c'est le grand jour à midi, le moment où toutes les choses sont étalées dans leur évidence, où se dénude le fait même de l'existence des choses. Le fait qu'elles sont là est plus mystérieux que la nuit, qui éveille des pensées de secret. Un secret se découvre, mais un mystère se révèle et il est impossible de le découvrir."
Vladimir Jankélévitch, Penser la Mort.

Intéressante mise au point de Jankélévitch, qui réfute toute analogie entre secret et mystère, à contre-courant de l'opinion commune qui les assemble : 'faire des mystères, garder le secret ; ne pas tout dévoiler, tout révéler, laisser le mystère sur les choses, les émois, les faits'. Rien n'est plus mystérieux, au sens d'énigmatique, que l'être, l'existant, l'évidence de ce qui est au grand jour. Classique énigme : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? et ce qui est étonne et rend coi, plus que ce qui n'est pas. Paradoxe piquant à l'heure où il est d'une bonne tenue morale de dénoncer la transparence, le dévoilement, la révélation, le coming out général, au silence, au secret, à la pudeur, en imaginant que le mystère ne survit dans les seconds… 

Le Zahir masquerait le Batin ? Pour Sohrawardî, au contraire, ce n'est pas la vérité qui est cachée, la vérité est apparente, ce sont les yeux qui se ferment, ou se détournent devant le mystère (impuissance ou mauvaise volonté ? déficience de la pupille ou dérobade pleutre ?)  La banalisation des visages et des corps nus serait prévenue par les voiles de la pudeur ? Pour Levinas, c'est au contraire le visage de l'autre, révélé devant moi, qui est le plus grand mystère, la plus grande injonction à tout stopper, devant l'évidence énigmatique de la nudité : "Il y a dans l'apparition du visage un commandement, comme si un maître me parlait" (Éthique et Infini). Quant au voile que l'on voudrait apposer sur l'être,



– Eh quoi! n'est-ce donc que cela?
La toile était levée et j'attendais encore.

C. Baudelaire.

samedi 9 juillet 2011


Appris qu'une pluie de baisers en latin se disait osculabundus. Pas mal. On croirait un sort de chez Hogwart School.

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Encore échappé à un attentat sur mon petit orteil de la part du bouddha au chou vert, une 'idole' funeste qui traîne chez moi, au sol. 

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Dans Poèmes à Lou, Guillaume se partage équitablement entre pape et calife :

'Que je voudrais mourir dans le bel Orient 
Quand Croisé j'entrerai fier dans Constantinople'
et plus loin :
'Je goûte ta bouche ta bouche sorbet à la rose 
Je la goûte doucement 
Comme un khalife attendant avec mépris les Croisés'

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Il y a six mois, je foutais le feu à mon appartement, captivée par L'Auto-da-fé de Canetti, tout en écrémant de même ma bibliothèque. Là, je décide de la vendre toute, au fur et à mesure que je la relis. Parce que, au fond, de ces 800 livres : à quoi bon garder tous ces volumes que je ne relis qu'à des années d'intervalle… Faire le vide, le vide… C'est cela le thème de l'été : le Vide et non le feu. Je me demande si je vais me défenestrer, du coup, me faire cambrioler ou tomber dans un trou d'égoût.

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salade de tomates, chèvre, basilic.

'Et la porte des Poissons, ce sont les fils d'Ha-Senaa qui la bâtissent' (Néhémie, 3, 3)

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Donc, poursuivant mon écrémage de bibliothèque, je relis rapidement Janké, Le Je ne sais quoi, L'Ironie, et je décide de m'en séparer. Puis j'ouvre Le Paradoxe de la Morale et avant cela, dès les premières ligne de la 4' de couv', je sais que je vais le garder encore. D'ailleurs, cela m'a inspirée un post, toujours sur le thème 'l'homme co-créateur avec Dieu, l'homme devant dépasser 'son' dieu, en somme.

"Plus il y a d'être, moins il y a d'amour. Moins il y a d'être, plus il y a de l'amour. L'un compense l'autre. le problème scabreux de la vie morale ressemble à un tour de force, mais on réussit ce tour de force presque sans y penser quand on aime : c'est, répétons-le, de faire tenir le maximum d'amour dans le minimum d'être et de volume, ou à l'inverse de doser le minimum d'être ou de mal nécessaire compatible avec le maximum d'amour. 

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Sexe et pouvoir à Rome, Paul Veyne. Malgré le titre (probablement voulu pour 'accrocher') ça parle très peu de sexe, mais c'est drôle, captivant, succulent.

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'Soyez donc adroits comme les serpents, et candides comme les colombes', dit Jésus à ses disciples avant de les envoyer sur les routes (Matthieu, 10, 16).*

Adroits et candides à la fois, tout un programme.

Fait un très beau rêve, bien qu'un peu poignant, qui pourrait s'intituler L'Angoisse du Prince.

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Films que j'ai bien aimé :

La prise de pouvoir par Louis XIV.

Eureka.







Variantes : "Soyez donc aussi avisés que le serpent. Aussi candides que la colombe." (Bayard)
 ou : "Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes." (Segond).
ou : "soyez donc rusés comme les serpents et candides comme les colombes" (TOB).

mardi 5 juillet 2011

"Parce que tu as vaincu…"


"Toute perfection – si perfection il y a – s'inscrit fatalement dans le registre de l'immanence et des grandeurs moyennes. La chose parfaite est chose accomplie ou achevée, au sens statique du participe passé passif. Le dogmatique a décrété arbitrairement qu'il convenait de s'en tenir là : anagkê stênai ! L'idolâtre a désigné son idole comme le nec le plus ultra de toute comparaison et de toute recherche ; la recherche est donc finie avant d'avoir commencé ; et l'idolâtre se dit en contemplant l'idole : ne touchons plus à rien ; en voilà assez ! Au modèle lui-même, entre tous admiré, il ose dire, comme le photographe pendant la pose : surtout ne bougez plus, vous êtes parfait. Il est bien évident qu'un maximum ramené aux dimensions d'un quantum déterminé, assignable et univoque, n'a aucune signification morale ! Ce que nous cherchons n'est pas une totalité close, une totalité en acte au terme d'une totalisation : ce que nous cherchons est évasif à l'infini. Car notre point de mire est situé au-delà de tout horizon."
Vladimir Jankélévitch, Le Paradoxe de la Morale, II : L'évidence morale est à la fois équivoque et univoque. 1. Ambiguïté du maximalisme, excellence de l'intermédiarité

Bondi en relisant ces lignes, car voilà : c'est que je voulais dire, cette gêne quand on aligne les hyperboles, les seuils insurmontables, inclassables, infranchissables, Messie et Vierge sans péché, Prophète ou Imams ou immaculés, Buddhas, etc., et même, d'ailleurs, qu'est-ce qu'un Dieu "pur esprit, infiniment parfait", sinon une idole bien commode à envisager : d'accord, portons tous nos efforts sur le terrestre, l'ici-bas, l'humain, le face à face avec le prochain, car en haut du moins, tout est parfait, rien à redire, on signe une charte en blanc !

Mais :

Jacob resta seul. Or, quelqu'un lutta avec lui jusqu'au lever de l'aurore. L'homme, voyant qu'il ne pouvait pas le vaincre, le frappa au creux de la hanche, et la hanche de Jacob se démit pendant ce combat. L'homme lui dit : « Lâche-moi, car l'aurore s'est levée. » Jacob répondit : « Je ne te lâcherai que si tu me bénis. » L'homme lui demanda : « Quel est ton nom ? - Je m'appelle Jacob. - On ne t'appellera plus Jacob, mais Israël (ce qui signifie : Fort contre Dieu), parce que tu as lutté contre Dieu comme on lutte contre des hommes, et tu as vaincu. » Jacob lui fit cette demande : « Révèle-moi ton nom, je t'en prie. » Mais il répondit : « Pourquoi me demandes-tu mon nom ? » Et à cet endroit il le bénit. (Genèse 32, trad. AELF). *

Fort contre Dieu. Parce que tu as vaincu. "Ce que nous cherchons n'est pas une totalité close, une totalité en acte au terme d'une totalisation : ce que nous cherchons est évasif à l'infini. Car notre point de mire est situé au-delà de tout horizon." C'est peut-être là une des clefs. Dieu – ou le dieu en nous – étirable à l'infini, ne s'agrandit que sous la contrainte, la nôtre. Pour être co-créateur (comme l'entend Muhammad Iqbal) faut-il commencer par être un jouteur ?

Alexandre Louis Leloir, 1865
musée d'art Roger Quilliot, 
Clermont-Ferrand


Après tout, dans les romans de chevalerie ou de cape et d'épée, cela commence souvent ainsi : le héros, parfois un blanc-bec mais bien entraîné, part sur les routes, rencontre un adversaire, au tournant d'un chemin, le bat, l'autre se rend, "parce que tu as vaincu" et ainsi s'ouvre l'aventure, évasive à l'infini…


*Variantes :

– "Tu as affronté des dieux et des hommes, et tu as été le plus fort." (Nouvelle Traduction, Bayard)
– "Car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu as été vainqueur." (Bible Segond).
– "Car tu as lutté avec Dieu et avec les hommes, et tu l'as emporté." (TOB).

samedi 2 juillet 2011


J'ai 7 pierres divinatoires pour moi, venues des rives de la Caspienne, en bordure du Daylâm. Elles me sont destinées et l'ont clairement dit à celui qui les y a ramassées. Je les attends par courrier postal. La méthode divinatoire est simple, c'est un oui/non : la pierre noire est le cœur de la réponse. Il faut jeter les pierres après avoir posé sa question, et voir si la pierre noire est plus à gauche qu'à droite, et combien de pierres sont avec elles (si c'est un 5 + 1 ou un 6 + 1 c'est un gros oui ou un gros non, ou bien la réponse est mitigée. Normalement, le oui est à droite et le non à gauche. Mais il fut découvert, après plusieurs réponses déconcertantes par leur caractère inversé, que mes pierres à moi étaient : oui à gauche, non à droite.





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Trifle à la fraise : gaufrettes belges, mousse à la fraise, fraises, mousse tiramisu et ainsi de suite.

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Un âne tomba dans un trou profond. Son ânier, par pitié, voulut le tuer rapidement. Il jeta de la terre dans le puits pour l'étouffer.Mais au fur et à mesure, l'âne tassa la terre sous ses sabots et put ainsi sortir du fossé comblé. 

Conte rapporté par Rûmî. Mais la morale est de moi : on peut nager sur toute la merde de la vie qui nous tombe sur la tête.

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Ciboulette, basilic, menthe à ma fenêtre.

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Voyage au pays de Ze-Ka, dévoré 3 chapitres. Histoire passionnante, rythme enlevé. Un beau livre, en fait, même dans la police et le papier, même en tant qu'objet.

Dès mon arrivée, j'avais communiqué à ma mère l'adresse du camp et je lui avais demandé de m'écrire une fois tous les cinq jours. "Ne soyez pas ennuyée si vous n'avez rien à m'écrire – lui avais-je dit – ce n'est pas le contenu qui m'importe, mais un mot, un bout de papier venant de la maison." Ma mère fit plus que ce que je lui avais demandé ; elle m'écrivit tous les trois jours, et elle trouvait toujours de quoi m'entretenir.

Les colis n'étaient pas seulement précieux par leur valeur matérielle. Ils ne contenaient pas seulement des objets et des aliments. C'était souvent, provenant de plusieurs milliers de kilomètres, le salut de la maison natale, une preuve d'amour, un témoignage de fidélité. Chaque objet, soigneusement empaqueté, rayonnait de chaleur et de tendresse. Nous nous sentions de nouveau des hommes et nous découvrions en nous de nouvelles forces pour la résistance. Dans un colis, je trouvais une vieille boite de "thé anglais", en fer-blanc, qui, pendant vingt ans, était resté sur un rayon dans la cuisine de ma mère. La vue de cette boite rouge laquée, avec des geishas et des petits bateaux, me réjouit comme si j'avais retrouvé mon meilleur ami. Et la timbale en émail bleu ! Et mes chaussettes avec mes initiales ! Dans quelle atmosphère de serre, d'amour et de chaleur nous avions vécu jusqu'au jour où le hasard nous jeta sous le pouvoir d'hommes pour qui votre vie n'avait aucune valeur ! Était-ce vraiment le hasard, ou la vie dans les camps, au contraire, n'était-elle pas la véritable école des mœurs humaines tandis que le climat dans lequel nous avions vécu jusqu'alors n'était qu'une exception ?

La philanthropie au camp, c'est comme de l'eau de Cologne versée dans un abattoir.
Voyage au Pays des Ze-Ka, Julius Margolin.

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Orages et orages. Melon, crème de cassis et feuille de menthe fraîches. Salade de pommes de terre aux œufs de lump.

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Marcher dans cette fournaise avec Toumani Diabaté aux oreilles rend plus supportable la fournaise. Je m'imagine marcher au Mali, en pleine chaleur, et cela devient normal.

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Il y a des tarots de Marseille, des anges, du Seigneur des anneaux, des arbres, de tout : il faudrait faire un tarot des héros en littérature.

La Rose de Djam (série)

La Rose de Djam II :  La grotte au dragon C'est au cœur du pays yézidi que Sibylle laisse ses compagnons, pour s'enfoncer ...